‹ MANUEL DE PHILOSOPHIE MORALEChapitre 2 sur 52 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

11 y a douze ans que j'offris au public un petit Recueil historique, dogmatique et moral des premiers éléments de la doctrine chrétienne (i). Désirant vivement communiquer à l'enfance des idées religieuses, et non simplement des mots, je crus qu'il était important, pour atteindre plus sûrement ce but, de suivre une méthode historique, et naturellement progressive. J'employai donc toute mon attention à recueillir, à coordonner et à lier ensemble, d'une manière naturelle, les vérités chrétiennes, que l'on enseigne au premier âge. J'eus soin de procéder, autant qu'il était possible, du connu à l'inconnu, ^idée en idée, de manière que, dans mon petit recueil, il est

(1) Depuis la fin de 1834 jusqu'en 1846, il y eut huit éditions de ce recueil : la première fut tirée à 5,000 exemplaires ; la deuxième et la troisième à 8,000; la quatrième à 10,000 et les quatre dernières à 12,000.

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assez visible que « la vérité qui précède, » amène celle qui la suit, et qu'un chapitre » est comme l'introduction et l'achemine^ » ment de celui qui vient après. >> Cette méthode n'était pas nouvelle. Elle est aujourd'hui généralement suivie.

Plus tard, chargé d'enseigner la religion et la morale dans un établissement d'instruction publique, je crus bien faire, après avoir exposé les principes et les preuves ordinaires de la vraie Religion, de donner un cours de morale proprement dite aux élèves les plus avancés dans leur éducation classique ; et c'est en faveur de cette classe si intéressante de jeunes gens, que je rédigeai le petit Manuel de philosophie morale, que j'offre aujourd'hui au public.

Dans le premier âge, les vérités morales et religieuses développées ou déposées dans les intelligences par la parole du maître, n'ont point d'autre fondement que la confiance ou la foi à l'autorité qui les enseigne. Mais, lorsque l'esprit prend un libre essor, qu'il se développe, et s'étend par l'étude et la réflexion, la pensée se replie naturellement sur elle même, pour se demander compte de ses opinions et de ses croyances.

11 ne faut pas vouloir arrêter ce premier élan de Tintelligence. Ce serait en vain. Il faut seulement travailler à le diriger, et pour procéder avec méthode et avec fruit, rien ne me parait plus utile que d'inviter la pensée, qui commence à se replier sur elle même, à descendre souvent dans les profondeurs de Tâme humaine, pour y écouter, dans le silence des passions, la voix intime de la conscience, qui n'est que l'écho de la voix de Dieu. Plus le jeune homme apprendra à se connaître, en interrogeant les plus nobles instincts de sa conscience, plus il verra clairement tout ce qu'il y a de spontané, de généreux et de sublime dans son âme spirituelle et immortelle, et plus il se sentira naturellement porté à estimer et à aimer la dignité de la nature humaine.

Ces premiers sentiments, produits par la réflexion, le conduiront logiquement au désir sincère et eflScace de conserver et de perfectionner en lui même et dans ses semblables cette haute dignité, par laquelle l'homme est l'image de Dieu sur la terre.

Sous ce rapport, la philosophie spiri-

tualiste du 19^ siècle a rendu de véritables services à la science et à rhumanité. En rappelant sans cesseYhommehVohservation intérieure, elle lui a fait constater la certitude des faits de la conscience, et a puissamment contribué à bannir le grossier matérialisme du 18® siècle. Elle a inspiré à l'homme, avec le goût d'une étude plus profonde, l'estime de sa propre dignité et l'amour de la vertu. C'est beaucoup, mais ce n'est pas assez.

Il appartient à la philosophie chrétienne de faire un pas de plus : de descendre plus profondément dans l'homme intérieur, et de lui montrer, au fond de son propre cœur, à côté de sa déplorable faiblesse, le besoin, la nécessité d'une religion positive et révélée, qui rétablisse l'harmonie entre ces facultés natives, en lui communiquant les forces nécessaires pour suivre, sans contradiction, les ordres et les conseils de la raison, et pour accomplir tous les devoirs que la plus saine morale lui impose.

De cette manière, c'est par le cœur que l'homme se trouvera attaché à la foi et à la religion, et c'est par le développement

complet des facultés morales que cet attachement sera rendu profond et inébranlable.

Lorsque l'âge orageux des passions violentes sera arrivé, le jeune adolescent pourra d'autant plus facilement résister à leur choc impétueux, qu'il sera, pour ainsi dire, appuyé fortement des deux mains :

de Tune sur TËvangile, de l'autre sur sa conscience. Et si, après une lutte sublime, il vient à être ébranlé et renversé dans le torrent, on peut espérer qu'il ne sera pas entraîné et perdu à jamais dans un océan de vices, de crimes et de désordres : les profondes racines que la morale aura poussées dans sa conscience, ne seront jamais entièrement arrachées : elles ne tarderont pas à repousser avec vigueur, des pensées de confusion et des remords sincères, qui, comme autant de tiges et de rameaux, reprendront leur direction naturelle, et porteront le jeune homme à relever la tête vers le ciel, et à retrouver sa foi avec sa dignité et son amour pour la vertu.

Tel est le vœu le plus ardent de notre

cœur; tel est le but unique vers lequel tendent et tous nos efforts, et tous les mots qui composent ce petit Manuel de philosophie morale.

Je sais bien que ce petit ouvrage seul ne suffit pas pour compléter l'éducation religieuse et morale de la jeunesse, et qu'il est indispensable, surtout de nos jours, de présenter à cet âge si exposé aux influences mortelles de l'incrédulité, une démonstration directe, formelle et complète du christianisme.

A cet égard les ouvrages ne manquent pas, et Ton n'est embarrassé que pour le choix.

Mais j'ai cru qu'un petit manuel de morale proprement dite, dans lequel les principes de cette science seraient développés avec méthode et simplicité, pourrait occuper une place utile dans l'éducation publique, vu, surtout, qu'aucun traité de ce genre n'existe jusqu'à présent dans la langue française.

Pour remplir cette lacune, j'ai profité des travaux d'écrivains allemands, dont toutefois je suis loin d'adopter toutes les opinions»

1« J'tti conservé la division de la morale fondée sur la division des trois grandes facultés de Fâme humaine (connaître, vouloir, sentir), parce que cette division est bien fondée, et qu'elle est si généralement adoptée qu'on ne peut guère s'en écarter sans tomber, sous ce rapport, dans un isolement complet.

Mais je n'ai admis ni cette apparence d'athéisme pratique qui règne dans l'enseignement d'une certaine morale, où il n'est jamais question de Dieu ; ni cette espèce de scepticisme qui ne trouve d'appui que dans la raison pratique. Dès le principe, j'ai reconnu que la voix de la raison est la voix de Dieu en nous, et que c'est là ce qui lui donne principalement sa force obligatoire. Partout, la certitude des principes de la morale se trouve fondée sur des principes théoriques incontestables.

2^ Je n'ai pas admis non plus d'une manière exclusive, le /)wmme de la philosophie critique. J'ai avoué (p. 25) que l'estime et l'amour de l'humanité peuvent être fortifiés par l'attrait d'un plaisir honnête et consciencieux, 0!i par l'espoir du bonheur,

sans cesser d'être un motif louable d'un acte véritablement moral. J'ai dit aussi (p. 98) que la Religion donne à la morale des motifs plus nobles et plus efficaces que l'humanité seule.

30 En parlant de la liberté morale, je n'ai pas dit, comme la philosophie critique, que la sensualité détruit complètement la liberté au point que l'homme qui se laisse entraîner par ses passions, n agirait plus librement. J'ai dit que, dans ce cas, l'homme abuse de sa liberté, qu'il se rend volontairement esclave de ses passions et de ses habitudes, et que, sous ce rapport, il ne se montre plus en être raisonnable, guidé par la raison, ni en être noblement et moralement libre, (p. 53)

Enfin j'ai ajouté que la Religion catholique seule communique la grâce et la force nécessaires pour accomplir toujours et partout les préceptes de la plus saine morale.

Toutefois, cette dernière vérité n'empêche pas qu'il ne soit très important de développer avec soin les sentiments naturels, nobles et généreux du cœur humain.

Ce développement est devenu d'autant plus

nécessaire, de nos jours, que la foi chrétienne s'affaiblit visiblement dans un grand nombre de jeunes geis, et que, dans ce cas, le défaut d'une éducation rationnelle et morale, laissant ces jeunes intelligences sans règle et sans frein, les exposerait à tomber plus bas que la brute : tandis que, si le sentiment de la dignité humaine était profondément développé dans ces jeunes cœurs, il leur serait, pour ainsi dire, impossible de perdre entièrement le goût de la vertu et l'amour de l'humanité ; ils s'arrêteraient avec hoiTcur au bord de l'abîme, et reviendraient plus facilement à la foi.

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