‹ MANUEL DE PHILOSOPHIE MORALEChapitre 21 sur 52 · Que concluez-vous de là · texte numérisé non relu

Que concluez-vous de là

Que pour conserver sa liberté morale, l'homme doit subordonner ses sens ou la sensualité à la raison, en sorte qu'il puisse vaincre toujours et partout les attraits qui le portent à désirer des plaisirs sensibles et brutaux et montrer que sa volonté ne se détermine que par la raison ou par des attraits que la raison approuve (i).

(1) Nous ne pouvons développer ici toute la pathologie morale ; on consultera avec fruit sur cet important sujet, la Médecine des passions par M. Descuret. Nous citerons seulement ici une réflexion de cet estimable écrivain :

« Une vérité dont il n'est que trop facile de se »» convaincre, c'est que, dans les pays mêmes les » plus civilisés, l'on voit encore aujourd'hui les ♦» masses obéir plutôt aux besoins inférieurs «♦ qu'aux besoins supérieurs, comme si l'homme »» n'avait pas une autre destinée que la brute. « D'où nait ce mal ? De ce qu'une éducation « sagement progressive ne vient pas de bonne »» heure donner à l'homme un corps sain et »» robuste, des sentiments généreux, un esprit »» droit et cultivé ; de ce qu'une éducation à la » fois physique, morale et intellectuelle ne lui ^ apprend pas à mettre en harmonie ses Jriples

63. Quelles sont les tendances naturelles de la sensibilité ou plutôt de la sensualité?

La sensualité porte principalement à l'amour : 1° de la nourriture, 2" d'un sexe pour l'autre et 3° de la gloire.

Ces tendances ne sont pas mauvaises de leur nature. Les désirs qu'elles inspirent, ne doivent pas être extirpés du cœur humain, mais réglés.

Ces désirs deviennent immoraux, lorsque leur but est uniquement sensuel, et non lorsqu'ils tendent à atteindre un but approuvé par la raison.

64. 1° La tendance à rechercher la nourriture se rapporte originairement à la conservation de V individu. C'est là son but naturel.

La nourriture et la boisson sont lés moyens établis par la Providence pour la conservation du corps, et comme le corps n'est fait que pour Tame, les moyens de le

" besoins, comme être animé, comme être socia- " ble, comme être intelligent. »♦ (Descuret p. 17 édition de Liège 1844). Nous verrons à la fin de ce Manuel la nécessité de la Religion pour atteindre ce noble but.

conserver doivent aussi se rapporter a la dignité de Tame.

Avoir la satisfaction du corps uniquement en vue, uniquement pour fin, en prenant de la nourriture, serait donc un acte immoral. II faut manger pour vivre, comme dit le proverbe, et non vivre pour manger.

L'excès dans le boire et le manger est d'autant plus immoral qu'il nuit plus à la santé du corps, ou qu'il dégrade davantage la dignité de l'ame. Cet excès ou ce vice s'appelle intempérance.

Lorsque l'excès dans la boisson va jusqu'à détruire momentanément l'usage de la raison, et à produire Vivresse, outre l'immoralité monstrueuse qu'il contient, cet excès occasionne souvent les plus graves désordres, dont l'homme ivre est responsable, quand raisonnablement il a pu les prévoir.

L'habitude de prendre immodérément des boissons spiritueuses, constitue Yivrognerie.

« L'ivresse n'est donc qu'un état maladif, » au lieu que l'ivrognerie est toujours un

» vice, un vice dégoûtant et honteux, qui » dégrade l'homme au point de le foire )) descendre beaucoup plus bas que la » brute» (1).

65. Comment appelez-vous la vertu opposée à la gourmandise et à l'ivrognerie?

C'est la tempérance ou la sobriété qui consiste dans l'usage modéré des aliments et des boissons destinés à entretenir la vie. La sobriété est regardée par tous les moralistes, comme la mère de la santé et de la sagesse. Cette vertu, en entretenant l'harmonie des organes, contribue au perfectionnement de l'intelligence et devient le meilleur préservatif contre les maladies et les vices, dont elle étouffe les germes, tandis que l'intempérance en favorise toujours le funeste développement (2).

66. 2<^ Le penchant d'un sexe pour Vautre se rapporte originairement à la conservation de r espèce f c'est-à-dire, à celle du genre humain. C'est là son but naturel et providentiel.

(1) Descuret, p. 181.

(2) Ibid., p, 182. Voyez là des exemples.

Les soins que réclame Téducation des entants, la protection due à la femme qui devient mère, et le respect que mérite partout la dignité humaine, exigent absolument que le penchant pour le sexe ne trouve sa satisfaction que dans l'union légitime de rhomme et de la femme, qu*on appelle mariage.

Lorsque Fhomme, entraîné par l'attrait de la sensualité, satisfait ce penchant uniquement pour le plaisir, sans avoir en vue le but prescrit par la raison, il agit d'une manière immorale, abdique en partie sa noble liberté, et ne se montre plus que comme un être purement animal ou comme une brute. Celte satisfaction honteuse s'appelle impureté ou incontinence.

11 n'y a point de crime qui soit plus opposé à la liberté morale que l'impureté.

Elle étouffe la raison et détruit tout ce qui caractérise la nature humaine. Sous l'empire de cette malheureuse passion, les facultés intellectuelles s'affaiblissent, se dépravent et deviennent incapables de saisir la vérité. La volonté perd sa force, son

énergie et presque toute sa liberté, et reste servilement soumise au plaisir des sens.

Les sentiments naturels de pitié et de bienveillance l'ont place à Tindifférence, à la jalousie^ à la haine, h la cruauté. Souvent même le corps perd sa vigueur et sa santé, et s'achemine lentement vers une décomposition triste et prématurée.

67. La raison ne condamne-t-elle que rhabitude de l'impureté?

La raison condamne non-seulement l'habitude, mais tout acte par lequel l'homme n'agit que par sensualité et comme une brute.

D'ailleurs, il n'y a point de crime qui passe plus vite en habitude.

Les plus petites étincelles négligées se convertissent bientôt en llammes et consument tout ce qui mérite l'estime et l'amour d'un homme libre.

Ainsi, quand même une actidn impudique ne serait pas un péché en elle même, elle en serait un, parce qu'elle expose l'homme au plus grand péril de perdre toute sa dignité personnelle.

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