Exposez d'abord l'état de la question
Nous avons vu que la dignité de la nature humaine consiste dabord dans rintelligence de riiomme, ensuite dans la liberté de sa volonté.
Le témoignage intimede notre conscience (dernier critérium de toute certitude) nous alloste pleinement cette liberté, sans laquelle il n'y aurait ni vice, ni vertu, ni société.
L'homme doit donc conserver et développer sa dignité d'être libre ou d'être qui veut librement ce qu'il veut.
L'homme veut librement, lorsque la déterminaison de sa volonté vient.de luimême, c'est-à-dire, de lui-même comme sujet qui veut, et que cette détermination ne lui est pas imposée par quelque chose qui est hors de lui-même, par quelque chose qui n'est pas lui-même.
La faculté de déterminer notre volonté s'appelle liberté.
Sans doute, la volonté ne peut jamais être forcée de vouloir une chose malgré elle. La violence extérieure n'atteint jamais les actes intérieurs de la volonté, et la concupiscence elle-même n'ôte pas la liberté à moins qu'elle n'ôte l'usage de la raison (p. 34).
Mais la vraie liberté a une ennemie redoutable dans la sensualité, qui sollicite, incline, attire la volonté par les appas des sensations agréables, ou qui la repousse, l'effraie et l'arrête par l'appréhension des sensations désagréables.
Lorsque Thomme se laisse entraîner par la sensualité h un acte que la raison condamne, il abdique volontairement sa qualité d'être /i6re, pour agir comme une brute, ou plutôt il descend plus bas que la brute, qui est toujours guidée par un instinct naturel, qui lui tient lieu de raison.
Au contraire, lorsque l'homme déploie la force de sa volonté pour résister à la sensualité et atteindre un but proposé par la raison, il se montre vraiment noble et ad-
mirablcment libre; il s'élève au-dessus des sens et déploie la dignité humaine dans toute sa grandeur.
61. Mais celui qui se livre au crime ne fait-il pas en cela même un acte de liberté?
Sans doute, on doit convenir, rigoureusement parlant, que l'homme qui se livre au crime agit librement , et qu'il fait en cela un déplorable abus de sa liberté. Mais n'est-il pas évident que, dans ce cas, l'homme qui agit contre sa conscience et qui étouffe la voix de la raison, pour suivre la concupiscence qui l'entraîne, fait réellement un acte de faiblesse, de lâcheté ou de méchanceté et non un acte de cette noble liberté, de cette force morale qui constitue en partie la dignité humaine et qui excite souvent l'admiration et les applaudissements du genre humain
D'ailleurs, l'homme qui obéit à la sensualité, en étouffant la voix de la raison, ne tarde pas à contracter des habitudes vicieuses, qui affaiblissent tellement sa volonté, que bientôt il devient le vil esclave de ses passions et perd insensiblement
toutes les plus belles prérogatives de la nature humaine.