‹ Manuel de philosophie moraleChapitre 1 sur 11 · BOULEVARD SA1NI-GERKAIM, N · texte numérisé non relu

BOULEVARD SA1NI-GERKAIM, N

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Ce livre est un sommaire des cours de morale faits à ia Faculté des lettres de Strasbourg et à la Sorbonne, et de divers écrits sur le même sujet 1 . Ce que nous imprimons aujourd'hui, nous l'avons enseigné depuis quarante ans, et dans ce long espace de la vie, grande xvi spatium, comme dit Tacite, au milieu de tant de changements, nous n'avons trouvé aucune raison siiflisante de changer. Noire morale, grande et petite, est restée la même au milieu de la vicissitude des hommes et des choses.

Nous avons cependant assisté îi bien des révolutions dans le domaine de la philosophie; caria, comme dans les empires, la face des choses se renouvelle à peu près périodiquement-, ne fût-ce que pour avoir du nouveau, et quoique ce nouveau soit toujours de l'ancien rajeuni au goût du moment; en sorte que la philosophie, qui devrait mener le monde, a tout l'air de le suivre dans ses Vii ri a lions; ce qui, on le comprend, nuit a son autorité et diminue son crédit aux yeux des peuples.

I. I.o philosophie, morale. S vol. in- 8; La morale de t' Évangile comparée aux dîners «yil«m« de morale, 1 vol. in-5; La conscience ou lu, fèglfi det actions hunwites, id.; La philosophie des

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Quand nous sommes entré à son école, il y a cinquante ans, Condillacy régnait, et le système de la .sensation transformée avait, comme de raison, pour morale ie sensualisme plus ou moins mitigé. Nous avons contribué à le démolir sous le drapeau et avec les armes de l'éclectisme, qtti aspirait au moins à une sphère plus élevée. L'éclectisme, en se germanisant, est devenu du platonisme dans sa meilleure tendance, et du scepticisme par sa petite naturelle à la suite do Kant; puis une sorte de philosophie de la nature sous l'inspiration de Schelling, et enfin quelque chose qui ressemble an panthéisme par son alliance avec Hegel. Du reste, il avait trop de bon sens pour suivre l'kegdianisme dans tontes les conséquences, et sans oser dire son dernier mot, se tenant en dehors du mouvement fatal qui entraînait de nouveau la philosophie au matérialisme, au nihilisme, il a laissé proclamer, sans protester, qu'il n'y a ni vérité ni erreur, que le néant est identique à l'être, le oui en équation avec le non r logique transcendante, devenue la métaphysique du siècle, et dont la morale a été la confusion du fait avec le droit, du vice avec la vertu, c'est-à-dire le réalisme.

Fils d'un matérialisme nouveau un peu pins savant que son devancier du dernier siècle, et qui emploie toute la science des faits naturels k prouver qu'il n'y a au monde que des phénomènes, le réalisme nie hardiment les principes du spiritualisme, du rationalisme, du kantisme et de la philosophie de la nature, les traitant de chimères de la pensée humaine, auxquelles ne correspond aucune réalité.

Vaincu il y a cinquante ans, le sensualisme prend sa revanche aujourd'hui en Allemagne comme en France; il tend h ressaisir le terrain dont il a été dépossédé, et qu'ont bien de la peine à lui disputer l'éclectisme à bout de forces et le spiritualisme rationnel découragé ou couvert de blessures. Instruit par l'expérience, le ma-

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térialismede nos jours, devenu plus habile et plus hardi, a reconnu que son adversaire le plus puissant n'est pas la philosophie, qui apeu d'influence sur les peuples, mais la religion, qui les domine par ses principes éternels; et pour su débarrasser de cetft opposition redoutable dans la pratique, il propose* nettement de faire de la morale en dehors de toute idée religieuse.

Nous l'attendons à l'œuvre, et nous verrons comment il s'y prendra pour fonder une morale éternelle et universelle sur des opinions et des autorités humaines. Celte tentative n'a guère réussi- pour la dogmatique à la réforme, qui a été réduite à supprimer le dogme par le désespoir de l'établir. Il en arrivera autant à cette prétendue philosophie sans religion aucune: sa morale sera de n'en pas avoir.

Nous n'avons pas besoin de dire que nous allons lranchement à rebours de cette tendance, et que notre intention est de combattre, autant qu'il est en nous, ce nouveau courant, qui a fait sortir la philosophie et avec elle la morale de son lit naturel et légitime. Noua n'avons jamais été partisan de Condillac, et il y a longtemps que nous ne sommes plus ni éclectique, ni kantiste, ni philosophe de la nature. Nous nous faisons gloire d'être philosophe chrétien, et nous avons la conviction que, si l'idée de Dieu est le fondement nécessaire et la sanction indispensable de la morale, le christianisme, qui a seul donné au monde la science de celle idée, en est'la perfection et le couronnement. Ce qui a produit deux morales, ou plutôt deux parties d'une morale unique, dont l'une, qui peut Être purement humaine ou naturelle, se déduit de la croyance en Dieu, ratifiant par son autorité les dictées de la conscience et de la raison, et dont l'autre, surnaturelle et divine, élève les âmes, par la foi en la parole révélée, à la participation de l'éternelle justice et de l'amour infini.

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Tel est le but de ce livre. Nous avons voulu faire une espèce (le catéchisme de morale, résumant toutes les questions importantes, et donnant seulement les explications les plus nécessaires. C'est pourquoi nous l'avons appelé un Mamiel, espérant qu'il passera dans les mains des maîtres et des disciples, et que, par sa brièveté et sa clarté, il aidera les uns dans leur enseignement de tous les jours et Içs autres dans leurs études préparatoires à leurs examens et à la science de la vie. Afin d'en faciliter la lecture et la compréhension, toute la doctrine a été réduite en quelques paragraphes, liés étroitement entre eux, et qui sont comme des sommités qu'on peut embrasser, d'un coup (l'œil, et autour desquelles se groupent les développements. Une longue expérience nous a convaincu que cette méthode, un peu aride dans la forme, est cependant la plus sûre et la plus commode dans Un enseignement sérieux. Après avoir consacré notre vie entière à cet enseignement, nous serions heureux de contribuer encore, si peu que ce fût, à ses progrès et à ses bienfaits par la plume, puisque notre voix, qui s'y est éteinte, nous a forcé d'en abandonner les fatigues et les joies.

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