‹ Manuel de philosophie moraleChapitre 7 sur 11 · DIVISION DES DEVOIRS · texte numérisé non relu

DIVISION DES DEVOIRS

et de pourvoir à ses besoins. Pourquoi? sans doute parce que ma conservation m'est utile à cause des avantages ou des jouissances de la vie. Mais est-ce la le fondement du devoir? L'intérêt ou le plaisir n'obligent pas la conscience ; c'est une affaire d'instinct ou de prudence, voilà tout. Mais, reprendon , la nature l'exige ; elle vous pousse à vous conserver. Qu'est-ce que cette nature dont on parle î Est-ce mon corps ou la force vitale qui l'anime, la loi physique qui le régit? Mais ce corps est à moi ; cette force dépend de moi, et comme être intelligent et libre, je lui suis supérieur et j'ai le droit de lui commander. Si donc moi, dans ma propre sagesse, et de ma pleine liberté, je ne veux plus vivre, si je parviens à étouffer l'instinct naturel qui m'y porte, ne sois-je pas en droit de briser mon existence, si cela me plaît? et si mon avantage seul m'impose le devoir de ia conserver, qui peut m'empôcher de me l'ôter? Si je ne dois tenir à la vie que parce qu'elle me platt, je n'ai plus de raison de la garder, quand elle me deviendra pénible. C'est un fardeau dont je puis me délivrer ; le devoir a cessé avec l'avantage ou le plaisir de vivre. Il est impossible de trouver ici un élément d'obligation morale.

Mais qu'une autorité supérieure intervienne, et le caractère obligatoire va reparaître. Cette existence m'a été donnée par Celui qui m'a créé. C'est donc a lui qu'elle appartient foncièrement, puisque je dépends de lui. Je n'en ai donc que la jouissance ou l'usufruit, à la charge de lui en rendre compte un jour; car il mel'a donnée pour un but, dans la vue d'une distinatîon. C'est le talent confié au serviteur et qu'il doit faire valoir avec usure. Nonseulement je ne dois point la dissiper ou ia détruire; mais encore je ne puis, sans prévarication,

la laisser inutile, stérile; car elle m'aélé accordéo pour qu'elle fructifie. N'étant point en ce monde par ma volonté, je n'ai pas le droit d'en sortir par elle- Je manque alors à la Providence et à ma vocation, je substitue ma volonté propre à la loi que je dois accomplir, et par conséquent, j'entre dans une voie de désordre et de malheur. Ici, la raison du devoir est à la fois claire et solide, et celui qui la comprend, sachant pourquoi il doit supporter l'existence, même pénible, ne songera jamais à se l'ôter, non par devoir envers lui-même à qui elle n'appartient pas, mais par obéissance à lu volonté divine, qui la lui a confiée et lui en demandera compte.

On en peut dire autant du devoir de cultiver son esprit et de développer ses facultés. L'inslinct de l'intelligence nous y porte, et nous aimons naturellement les avantages et la gloire de la science. Hais ces motifs ne fondent point le devoir; car alors, ceux en qui cet instinct est faible ou qui n'ont point de goût pour l'étude toujours plus ou moins pénible , seraient dispensés d'exercer leur esprit, et pourraient se reposer sans scrupule dans la paresse et l'ignorance. Cependant, c'est un devoir pour tout homme de s'instruire autant qu'il dépend de lui et que sa position l'exige; car Celui qui lui a donné l'intelligence veut qu'elle soit développée, puisqu'il reçoit par elle la lumière pour discerner la justice et la pratiquer, en un mot, pour devenir ici-bas ce qu'il doit être en raison de sa nature et de sa fin. Si donc je dois exercer mon esprit, travailler, étudier, faire des efforts pour acquérir des connaissances et me mettre en rapport avec la vérité, ce n'est point pour ma gloire, mon avantage ou mon bon plaisir, bien que ces molifs accessoires ne

Page 1