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LE SUBJONCTIF PRÉSENT

Pour le verbe seoir, on doit avoir théoriquement /, — comme à la ire personne de l'indicatif présent (S 2o3, <z), — au singulier et à la 3e personne du pluriel du présent du subjonctif (que je iriassiè), mais ei, puis oi, aux deux premières personnes du pluriel : que nous nous assoyons. Le singulier et la 3e personne du pluriel ont été refaits, par analogie, en -iêe et en -oie. Mais Vaugelas conjuguait encore « que je m'assie, que tu t'assies, qu'il s'assie ». Et l'j s'était introduit ailleurs: s'assir, il s'assira.

221. Gomme exemples de radical spécial du subjonctif correspondant au radical spécial de la Ier personne de l'indicatif présent, nous citerons :

je muir que je muire, que tu maires1, etc. (de mourir)

] oi — oye, etc. (d'ouïr)

je vail — vaille -

je tressait — tressaille

je/az(fals) — face (fa'se)

je puis — paisse1, (cf. § 216).

On a eu naturellement aussi, pour plaire, taire, gésir, nuire, les formes place (placeam), tace (taceam), jace (jaceam), noce (noceam), remplacées par des formes analogiques. De même, nous disons sente au lieu de sence (senliani).

Correspondant à « je doign » et « je doins » du verbe

1. Aux deux premières personnes du pluriel, on devait avoir ;i L'origine oi au lieu de ni («5 33) : que nous poissions (« puissions » par analogie), (pie nous moirions.

•1. La in' et la a€ personnes du pluriel du subjonctif de valoir ont été refaites sur les mêmes personnes de l'indicatif présent : val-ons, d'où oal-ioiU, valiez, au lieu de vaiUons, vaillicz (le subjonctif de prévaloir a été entièrement refait). Cf. voulions, g a 30, aote.

donner (§ 2o3, c), on a les subjonctifs : que je doigne, que je doînse (voy. aussi §§ 216, 223); à «je preign », du verbe prendre (§ 2o3, c) correspond: que je preigne, encore employé au xvne siècle; à je vois (notre actuel je vais) correspond: que je voise (cf. § 216) ' ; àj'assoiï(§ 2o3, 6): que j'assoille (sur le radical absolu-, voy. § 206, note).

a. — Les premières personnes habeo, debeo, étaient devenues aio, deio (§ 92, 6), d'où :« j'ai; je dei, doi », et au subjonctif: que j'aie, que tu aies, etc. (§ 216); que je doie, que tu doies, etc. Le subjonctif de devoir a été refait sur les radicaux dev-, doiv-, du pluriel de l'indicatif présent.

Videam a normalement ei, puis oi, à toutes les personnes

b. — Sapio, du verbe *sapëre, savoir, a été assimilé à aio, deio, d'où saio : je sai, mais le subjonctif sapiam a subi son changement phonétique normal (§ 100), d'où : que je sache, que tu saches, etc.

Mordeam a donné régulièrement « que je morge », et ardeam: que j'arge (du vieux verbe ardoir). Serviam et dormiam devaient donner : que je serge, que je dorge ; mais, dès les textes les plus anciens, ces formes sont remplacées par des formes analogiques2, alors que d'autres verbes prennent des formes du subjonctif en -ge étrangères à leur conjugaison primitive (voy. § 223).

222. D'autres particularités peuvent provenir du fait que le radical se termine par un g appuyé ou par un c, qui subissent un traitement différent d'après la nature de la voyelle qui suit3.

1. Pour les deux premières personnes du pluriel, il n'y a pas de formes venant de vadere, pas plus au subjonctif présent qu'à l'indicatif présent.

2. Nous avons conservé comme substantif le participe présent archaïque de servir : sergent (serviente).

3. Le g non appuyé tombe uniformément : le radical li- de /(/

LE SUBJONCTIF PRÉSENT. § 222 b. 233

a. — Ainsi dans surgunt, où il est devant labiale, le g latin doit rester dur, il doit devenir chuintant devant l'a du subjonctif (§ 100); la phonétique donne: je sourc, il sourguent, et que je sourje (aussi sourjant au part. prés, et il sourjoit à l'imparf.) ; mais le d de l'infinitif sourdre (§ ig5, c) s'est introduit dans tous les temps. Les subjonctifs des verbes en -aindre, -eindre, -oindre, devraient être en -ge (§ 101); mais le n mouillé du participe présent et de l'imparfait s'y est introduit. Le c appuyé des inchoatifs *conoscal, *impliscat devait également devenir chuintant, mais ces subjonctifs ont été aussi refaits par analogie (§ 2o5).

6. — Dans les verbes *exsucare, conducere, le c non appuyé qui se trouve après voyelle labiale doit se vocaliser en ye devant consonne, tomber devant a ou voyelle labiale, produire je -h s devant e. Dans tout l'indicatif présent du verbe exsucare (et d'ailleurs dans tous les temps de ce verbe autres que le subjonctif présent), le c final du radical est devant o ou devant a et doit par conséquent disparaître : j'essu, tuessues, ilessne, nous essuons, vous essuez, il essuent (et essuer, essuanty; ce verbe se conjuguait donc comme suer, puisque le d intervocalique de sudare s'amuït, plus tard mais non moins complètement que le c intervocalique entre labiale et a, o, u. Mais au subjonctif, le c de exsucare est devant e, d'où les formes : que )'essuis, que tu essuis, qu'il essuist, etc. La diphtongue ui, empruntée au subjonctif, a été introduite dans toute la conjugaison de ce verbe, et le subjonctif a été refait comme il est dit § ai 5.

Le verbe ducere n'appartenant pas à la première con jugaison, dans ce verbe et ses composés le c ne se trouve devant labiale ou a qu'à la première personne du singulier et à la 3e personne du pluriel de l'indicatif présent, et au présent du subjonctif; de là : je condu, il conduent, que je

(légère) est devenu lis- par analogie avec disant, disait; le subj prés, aurait dû être : que je lie, que nous hyons.

2Ôl\ MORPHOLOGIE

condue, que tu conclues, qu'il conclue, etc. Ailleurs, on 2 tantôt ui(conduire, il conduit, §§ iio, a, 126), tantôt uii (conduisant, conduisait); or, partout où on avait u, on s introduit par analogie d'abord ni, puis uis : que je conduie, que je conduise. — Dans le verbe dicere, le ye que peul produire le c se confond avec l'î voyelle qui précède, mais on a eu d'abord I sans s partout où la flexion commence par labiale ou a : je di, il dienl, que je die, que tu dies, qu'il die1, etc. ; plus tard seulement, par assimilation : ils disent, que je dise, etc.

c. — Pour necare elprecare, qui appartiennent à la première conjugaison, les choses se passeront au subjonctifcomme pour * exsucare, ci-dessus, sauf que la conjugaison se complique ici d'un radical à voyelles alternées : i tonique, ei, oi semi-tonique (§ 210). Nous aurons donc: « tu nies (la ire pers. a sans doute été d'abord je nieu, § 20/1, 6), il nient » et, tout à fait à l'origine, « que je nis (necerri), que tu nis, qu'il nist, que nous neisons, etc. ; que je pris, que tu pris, qu'il prist3, etc. » La communauté primitive de formes pour les verbes français venant de necare et de negare (§ 210) n'existait donc pas au subjonctif présent; le g ne produisant jamais de s (voy. ci-dessus la note du commencement du paragraphe), le subjonctif de noyer au sens de « dire non » , notre actuel « nier » , devait se conjuguer : que je ni, que tu nis, qu'il nit, que nous noyons, etc. Locare et jocare devaient être traités comme necare et

1. On connaît le fameux « quoi qu'on die ». Musset écrit encore dans la chanson de Fortunio :

Mais j'aime trop pour que je die

Qui j'ose aimer, Et je veux mourir pour ma mie

Saus la nommer.

2. Ailleurs, le c, entre e et a, change e en / tonique et en ci semi-tonique, sans s.

3. Il en résulte qu'au présent du subjonctif, les verbes proier (prier) et proisier (priser) devaient se confondre.

l'impératif. — § 224. 2o5

precare : que je luis, que je jais, etc. Tous ces subjonctifs ont été refaits de très bonne beure.

223. Nous avons vu, § 221, que la phonétique amène parfois au subjonctif la désinence -ge. C'est par une reformation analogique qu'en dehors de ces cas il faut expliquer les subjonctifs tels que: que je donge (cf. § 221), que je torge (du verbe tordre, § 110, 6) ; que j'alge, que ]auge, du verbe aller, à côté de « que je voise » (correspondant à je vois, § 204, c) et de « que j'aille » (§ 216). On trouve aussi : que je prenge, du verbe prendre, mais peut-cire n'est-ce là qu'une notation de preigne (§ 221).

L'impératif.

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