‹ Manuel de phonétique et de morphologie historique du francaisChapitre 11 sur 127 · Voyelles nasales du français (voy. § 5o · texte numérisé non relu

Voyelles nasales du français (voy. § 5o

â, a nasal, écrit an, en.

ê, è nasal, écrit an, ain, in, parfois en (examen), ô, o nasal, écrit on.

«ïi, eu nasal, écrit un.

l6 PHONETIQUE

11. Les voyelles n'ont pas été traitées de la même manière quand elles étaient libres et quand elles étaient entravées. Une voyelle est dite entravée quand elle est suivie de plusieurs consonnes : le latin parte se prononce par-te. Va est entravé; dans le latin pare Va est libre parce qu'il n'est suivi que d'une seule consonne, qui s'appuie sur la voyelle suivante, on prononce pa-re ; mais il est libre aussi dans le latin pâtre, qu'on prononce pa-tre. On peut donc dire qu'une voyelle est libre quand elle est suivie d'une seule consonne ou de deux consonnes dont la seconde est un r. Les voyelles suivies de deux consonnes dont la seconde est un / sont traitées comme entravées, bien que quelques cas aient paru douteux.

Il est remarquable que la voyelle tonique qui précède la consonne finale d'un monosyllabe latin est toujours traitée comme libre, bien qu'elle fût réellement entravée quand le mot suivant commençait par une consonne et dans la prononciation à la pause.

L'entrave est dite romane quand elle ne s'est produite qu'après la chute d'une voyelle (alors même que cette chute daterait de l'époque latine), par exemple dans vir(i)de. Mais en aucun cas l'atone de la finale des paroxytons n'est tombée à temps pour empêcher l'évolution de la tonique comme voyelle libre.

L'i et Pu du latin populaire, î et û du latin classique.

12. L'ï s'est conservé sans changement, qu'il fût tonique ou semi-tonique, libre ou entravé :

i ET U LONGS. § 13. 17

Rïpa, rive, hzberno, iver1 ; -ïre, -ïto : -ir -i, (partir, parti) ; villa, vile (écrit auj. ville, § 99).

C'est seulement au xvie siècle que s'est réalisée sous la forme d'un ê nasal (§§ 10 et 43) la nasalisation de IV entravé par n (prince) ou suivi de n final (vin).

Exceptions. L'i semi-tonique a subi une dissimilation 2 dans quelques mots où la voyelle tonique était aussi un i: dïvîno, devin ; dîvîsat, devise. Sur mïsïsti, mesis, meïs, voy. § 238. — Premier, au lieu de « primier », de prïmario, n'est pas encore expliqué, non plus que l'ancien français se proclitique = si latin ; se est redevenu si, peut-être sous l'influence de s'il, prononcé s'i devant une consonne.

L'i tonique, devenu en hiatus avec la voyelle semi-tonique qui précède, s'est contracté avec cette voyelle: vagïna, gaïne, gaine; regïna, reïne, reine; ajoutez le mot d'emprunt traditre, traître, puis traître, cf. § 42, c, note 3.

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