LE PARTICIPE PRÉSENT
bulliam : bouille bulliente : bouillant
audiam : oie audiente : ojant
sapiam : sache sapiente : sac/iant
Le participe sapiente a été refait en *sapenle, d'où savant qui est resté participe jusqu'au xvie siècle concurremment avec sachant ; mais, contrairement à ce qui se passe d'habitude, c'est la forme avec le radical ordinaire qui est devenue exclusivement adjectif et substantif, et la forme à radical spécial qui est restée participe. Bien qu'on n'ait pas rencontré d'exemples très anciens de sachant, il est extrêmement probable que cette forme remonte à sapiente et n'a pas été tirée du subjonctif français.
Au subj. serge, de servir (§221, 6), correspond sergent, de serviente, que nous écririons aujourd'hui sergeant si le mot était resté comme participe ; mais on a refait le participe sur le radical ordinaire serv-. La plupart des participes se rattachant à la désinence -iente ont été ainsi refaits dès l'origine; nous disons faisant (*facente) et non fassant (faciente), mourant et non moirant (moriente), etc.
256. Les verbes qui avaient -eo, -eam, aux deux présents de l'indicatif et du subjonctif (y compris *voleo), avaient -ente, sans i, au participe présent ; leur participe doit donc avoir le radical normal : habente a donné avant, comme debente : devant. Mais le participe présent d'avoir a été refait sur le radical du subjonctif et de la ire personne de l'indicatif présent : ayant. Et pareillement on a eu vaillant1 à côté de valant (valente), veuillant (conservé dans bienveillant, malveillant, cf. § 23, 6) à côté de voulant (volente), puissant (d'après je puis, que je puisse) à côté de pouvant (potente). Sauf pour ayant, c'est la forme normale qui a prévalu comme participe, les formes refaites sont restées avec une valeur adjective, mais puissant avait
1. Dont la valeur participiale se voit encore dans la locution « n'avoir pas un sou vaillant » = n'avoir pas la valeur d'un sou.
la valeur participiale dans la locution « tout puissant » (= pouvant tout, omnipotens), que nous interprétons aujourd'hui par « tout à fait puissant ».
257. La flexion du participe présent commençant par une voyelle, c'est à ce temps (et à l'imparfait, qui offre la même particularité)1, que le radical du verbe se trouvera sous sa forme la plus complète, car la consonne finale du radical est tombée le plus souvent devant les flexions commençant ou constituée par une consonne. Ainsi la labiale finale du radical d'écrire, qui disparaît devant le s et le t de « tu écris, il écrit » et par analogie devant le r de « écrire », se retrouve dans écriv-ant. Cette consonne était un b en latin, mais elle était régulièrement devenue v devant voyelle. A noter que ce v, devenu final du mot à la ire personne de l'indicatif présent, s'était non moins régulièrement assourdi en / dans la vieille forme escrif.
a. — D'après les participes faisant, distrayant, — bien que Rousseau ait employé distraisant, forme évidemment analogique, — on voit que faire et traire n'ont pas la même terminaison de radical. En effet, l'un vient defac-ere, l'autre de *trag-ere, or la consonne g ne peut produire qu'un ye, tandis que c devant e donne régulièrement ye-{-s2. — Même différence, à l'origine, entre les radicaux de frire et de dire (frigere,
i . Il en est de même au pluriel du présent de l'indicatif et du subjonctif, mais avec des réserves pour les formes telles que faites, dites, dient.
2. Cette différence de radical s'efface au participe passé, où l'on a c appuyant partout : facto, tracto.