‹ Manuel de phonétique et de morphologie historique du francaisChapitre 31 sur 127 · ACTION DES NASALES · texte numérisé non relu

ACTION DES NASALES

nasalise la voyelle qui précède (voy. § 75), qu'elle soit tonique ou semi-tonique, mais les voyelles se sont généralement ouvertes par l'effet de la nasalisation

IV ou è devient d'abord è nasal, mais bientôt après a nasal, dès la fin du xie siècle, se confondant ainsi avec Ya nasalisé : vent prononcé comme avant. Exemples : pëndere, pewdënte, pâdre, pàdâ ; vêndere, vâdre ; fïndere, fàdre. — L'ï de mïnor avait eu le temps de se dipbtonguer avant de se trouver entravé par la chute de Yo atone ; de là meindre, moindre, au lieu de mendre prononcé mandre, à moins qu'on n'admette la réaction de melns sur mendre, cf. § 5o, note.

Remarque. La fréquence de la position du préfixe et proclitique ïn devant consonne a fait traiter l'ï de ce mot comme celui de ïnde. Les deux mots aboutissent à en, prononcé an. Sur la chute de la dentale de inde, voy.

l'f devient è nasal : quïndecim, kè%e ; *quïrcquanta, cekàte.

Yô ou 0 et Y au deviennent b nasal : monte, mot ; md/ztanea, môtagne', *ùndecin,ô^; Catalaun(i)s, Chalôs. — ■ Exceptionnellement 0 semi-tonique devient a nasal dans : *dow(i)cella, vieux français dâcèle (sur demoiselle, voy. § 7, c, i°, Rem. 1) ; *da///(i)niario, dâger (à côté de dom(i)nione, dôjo), cf. dame, § £7.

Vu devient eu nasal : lûn(ae)die, leudi.

En se reportant au tableau des sons vocaliques clasés d'après leur degré d'ouverture (§ 9), on se rendra compte que les voyelles latines, lorsqu'elles se nasalisent en français, s'ouvrent, prennent un son plus

ouvert, immédiatement ou ultérieurement, é ou è passe h à, ô à ô (p nasal), i h è, u à gft. Nous verrons ( §§ l\h et 45) l'importance particulière de cette remarque.

Sur Vo entravé de somno, bom(i)iie, voy. § /jo,, a ; sur IV entravé de fem{i)na, voy. § \$, b.

La nasalisation des voyelles résulte de l'abaissement anticipé du voile du palais, qui va être nécessaire pour prononcer la consonne nasale ; comme nous le verrons plus loin, la consonne nasale appuyante s'est prononcée fort longtemps à côté de la voyelle nasalisée.

44. Devant une autre nasale, la voyelle nasalisée s'est dénasalisée au xvne siècle, mais en conservant le son plus ouvert qu'elle avait pris par l'effet de sa nasalisation, de telle sorte que ardem-ment (ardan-ment) se prononce aujourd'hui « ardament », solen-nel « solanel » ; printen-nier, où le nom se lie au suffixe par «, est devenu et s'écrit printanier.

Emmancher , emmurer, etc., ne sont pas arrivés à se prononcer « amandier, amurer » parce qu'on y sent le préfixe en, cf. ennuyer, § 46.

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