ACTION DU S APPUYANT
55. Folles, fols (par à), est devenus fous (prononcé d'abord fours), et ultra, oltre, par ô, est devenu outre ; mais ô entravé à lui tout seul aurait produit ou dans ce dernier mot (§ i5, III) ; de même dans pulsare, pousser (il n'y avait aucune raison d'introduire une/ dans pouls, substantif verbal de pousser).
56. Le / appuyant s'est fondu avec Vu long qui le précédait, et il a disparu sans exercer aucune action sur l'i long : nûllos, nuls, nus ; fîlius, filz, fis (ainsi écrivait Montaigne ; la consonne / a été rétabli e dans l'orthographe pour différencier ce substantif, sans aucune utilité, de la forme verbale fis, tandis qu'on écrit régulièrement un tis, et non un lils, sans craindre une confusion invraisemblable avec tu lis).
Action du s appuyant.
57. Le s appuyant, en disparaissant au xme siècle, a changé Va qui précédait en â (paste, pâte), Yè en ê (teste, tête), Yb en ô (coslc, côte), bien que Ys n'ait disparu de l'orthographe qu'au xvme siècle. Le même effet a été produit beaucoup plus tard par la chute du s final, mais seulement sur Y a et Yèi ; comparez Y a de chat et celui de tas (ta), Yè de billet et celui de succès (succê). Jadis Y a et Yè des mots en -at et en -et se pro-
i. L'o tonique sonne aussi ô, mais devant n'importe quelle consonne finale muette : nous prononçons pot comme repos ; il en est autrement dans la Suisse française et dans la partie de la France voisine de la Suisse, où pot se prononce pu.
nonçait aussi à et é au pluriel, mais l'assimilation s'est faite avec le singulier.
LV semi-tonique est devenu/ au lieu de c dans estendre,
étendre, espà. épée. etc. C'est sous l'influence de il
et de tiU qu'on écrit et que souvent on prononce
au lieu de « revêtir, têtu » : on a surtout
ê semi-tonique quand la voyelle tonique qui suit est
autre que J. ;', u : r frétant, mêlons* il mêlait.
Il y avait chute de s appuyant dans la réduction de s redoublé en ; simple (on a continué à écrire Y s double, pour la différencier de Y s intervocalique prononcée ~e) : c'est ainsi que grasse se prononce « grâ-se », à côté de « fa-se » (par a ouvert bref) du verbe faire, où il n'y a jamais eu deux s prononcés, on a dit d'abord fa'se et on écrivait face. De même fosse se prononce « fo-se », à côté de crosse (cro -se), jadis croce, qui a toujours son à ouvert.
Effacement de l'e labial dans la langue moderne.
58. Nous avons vu les sources si variées de Ye labial français : il peut provenir d'un a atone, d'une voyelle atone quelconque après un groupe de consonnes difficile à prononcer (ou même sans groupe à la fin du mot. dans la formation savante : lycée, futile), d'une voyelle semi-tonique quelconque dans les conditions que nous avons indiquées : enfin il peut s'être introduit après un groupe de consonnes i roman », sans correspondre à aucune lettre latine, par exemple dans pei(p)r donnant i pire
i/e DEVFNT MUET. " 5 S 67
Quelle que fût son origine, on peut dire, sous certair nres, que nous ne le faisons plus entendre
(d'où - muet), sauf dans la prononciation
rs. qui est devenue une prononciation factice. Ronsard demandait qu'on pût ne pas le compter dans le v e qui prouve que déjà la prononciation cou-
rante le négligeait. L'abbé dOlivet écrivait en : v « nou^ ma David Bt 4 un bal et une bc
un . ■ jamais un av g :e nais-
sance ne soupçonnerait qu'il y eût une orthographe différente pour ces dernières syllabes, dont "la deviner, absolument la même. »
I. — Dès l'ancienne langue. IV labial final s'effaçait par élision1. On ne l'écrit ] s ni une voyelle, dam l'article et le pronom //î, dans les pronoms /;-. ne,
se, ce, dans le pronom et la conjonction qiu\ dans la préposition de. Ailleurs on l'écrit sans le prononcer.
II. — A la fin du moyen âge. on commence à ne plus faire entendre 1":- labial après une voyelle. Pe^
le xvir* siècle, on ne ffl \ns eauu (aqiir.
le xvir. on trouve « que tu sois de « que tu
i . C'est la seule voyelle qui s'elide aujourd'hui : il ira pour il j ira est proprement une contraction, s'il peut être considéré de Même et remonte d'ailleurs au temps où la conjonction conditionnelle avait la forme .<tr. Si Partiel* et pronom féminin la prend la forme T devant voyelle, c'est par analogie avec le masculin (nous disons : cela étonne, et n . >nneV
a. La voyelle du pronom U ne s'élide plus aprî s le verbe, parce que. dans c- . e a pris l'accent tonique : « porte-le à la
68 PHONETIQUE
soies » (*sias), « jechantoi, je chanteroi », à côté de « chantoie, chanteroic » ; nous savons qu'à la 3e personne du singulier de ces temps, Ye labial avait disparu bien plus anciennement, par reflet d'une analogie (§ 7, a, i°). Il est tombé aussi à la 3' personne du pluriel, mais on a continué à l'écrire pour éviter l'équivoque qu'offrait une graphie telle que chantoint, qu'on rencontre quelquefois au xvie siècle.
On avait aussi un e labial après voyelle dans les formes suivantes: i° au futur et au conditionnel des verbes terminés par éer, ier, ouer, uer, ayer, oyer, uyer, et dans les dérivés en -entent, erie, 2° au présent de l'indicatif et du subjonctif de ces mêmes verbes1, singulier et 3e personne du pluriel, 3° dans les participes et les adjectifs féminins en -ée, -te, -ue, dans les adverbes en -ment qui s'y rattachent, et dans les noms en -ée, -te, -ue, -oue, -eue, -aie, -oie, -uie. Partout, Ye est devenu muet, et on l'a souvent supprimé avant l'accent tonique, en mettant ou non un accent circonflexe sur la voyelle qui le précédait : agrément, dévotement, gaîment, vraiment, poliment, etc.
Au témoignage de l'abbé Rousselot, les voyelles suivies d'un e muet final sont quelque peu plus longues que si elles étaient seules. Mais aller jusqu'à rétablir Ye labial à la fin des vers est une affectation désagréable ; Voltaire écrivait déjà en 1735 : « Est-ce que vous n'êtes
1. Dans les formes des verbes en -ayer, -oyer, -uyer, et les mots en -aie, -oie, -uie, Ye labial était originairement après la consonne ye, et nous avons quelquefois encore double prononciation, « il pe(é) ou il p"cy(e), il pera ou il pcy(e)ra », mais seulement pour les verbes en -ayer ; avec l'une ou l'autre forme, Ye est muet.
î/e DEVENU MUET. § 58. 69
pas las de ce chant uniforme et de ces eu perpétuels qui terminent, avec une monotonie d'antiphonaire, nos syllabes féminines? » Rien ne justifie d'autre part le scrupule qiii empêche la plupart des poètes de faire entrer dans le corps du vers les mots ainsi terminés, à moins d'une prétendue élision (l'élision d'un son qui n'existe pas !). On admet les formes de l'imparfait et du conditionnel en -aient ; pourquoi hésiter devant « les futaies, les joies, la voie lactée » ?
III. — LV labial après consonne se prononce plus ou moins nettement dans les vers. 11 est muet dans la prononciation courante1, sous certaines réserves dont voici les principales (cf. Note complu) :
a. — Il se maintient habituellement dans la première syllabe des mots prononcés isolément : venir, retour , denier, peser, etc., sauf toutefois quand l'amuïssement amène un groupe de consonnes comme on en trouve au commencement des mots : p{e)luche, p{e)loton, b(e)louse (écrit auj. blouse).
b. — En vertu de la loi dite des trois consonnes, Ve labial se prononce après deux consonnes quand il est suivi, dans le même mot ou dans le mot voisin, d'une troisième consonne. On prononce isolément
i. On s'imagine souvent le faire entendre, parce qu'on pense à la graphie et qu'on prend pour un son voralique le bruit mémo de la consonne dans la détente ; mais en réalité, comme le disait l'abbé d'Olivet, nous prononçons de la même manière bal et balle, et aussi sept et Celle, un os et la noce, etc.
éparsiè) comme mars, mais on dit « éparje dans l'air » ; « c'est just(e) », mais « ju^/e ael I jugement » ; port(e), mais porte ^ochère ; de même prej/ement, tandis qu'on dit len£(e)went, parce que dans cet adverbe il n'y a qu'une consonne avant Ye, Yn est seulement le signe graphique de la nasalisation de la voyelle.
c. — Quand plusieurs syllabes se suivent, dont la voyelle est un e labial, il y a tendance à en prononcer un sur deux, et on commence ordinairement par le premier : je n(e) te l(e) demande pas. Si la série des syllabes à e labial commence par ce que, le premier e prononcé est celui de que : c'est c(e) que r(e)demande sa lettre. — Sur e passant à è, §§ 18, exe; i5, II, n.
à. — LV se prononce dans trouverions, trouveriez parce que, en le supprimant, on aurait le groupe vry* dont la difficulté est si grande que, dans les mots tels qu'ouvrier, elle amène la formation d'unz voyelle {ouvrier, devenu ouvri-yer, voy. § 3o, exe). C'est pour la même raison que Ye se maintient aussi dans chandelier, batelier. Ainsi Ye labial, précédé d'une consonne, se maintient devant les diphtongues ion, iè, quand il en est séparé par une liquide : il chant(e)rait, mais nous chanterions ; mul(e)tier, mais râtelier.
CLASSEMENT DES CONSONNES d' APRES LEUR SITUATION.