Au xne siècle, le / appuyant s'est vocalisé en un
u qui forme diphtongue avec la voyelle précédente : altéra, altre, puis autre, prononcé d'abord awtre, ensuite owtre, enfin être à partir du xvie siècle. La forme proclitique al (= à le) devant consonne est devenue au. Dans le pluriel aïs (= à les), / était tombé très anciennement devant la flexion s (§ 82), d'où as, refait en aus, aux, sur le singulier.
54. Capillos, chevels, est devenu cheveus (prononcé d'abord chevews). Bellos, bels, est devenu beaus, et bello, bel, devant un substantif commençant par une consonne, est devenu beau (prononcé d'abord beazv, beô au milieu du xvie siècle, et bientôt après bô comme aujourd'hui). Quand nous trouvons bels et chevels dans les anciens textes, nous les prononçons instinctivement l'un et l'autre par è, mais il est certain qu'ils ne devaient pas se prononcer de même : IV de chevels, qui provient d'un é fermé (i bref) du latin populaire, devait se prononcer moins ouvert que celui de bels (en latin bellos par è ouvert), cf. § i5, II.
Dans les formes proclitiques, qu'on trouve devant consonne, del (de le), el (en le), IV semi-tonique représente un é fermé du latin populaire, celui des prépositions de et ïn. En se combinant avec l vocalisé devant la consonne initiale du mot qui suit, il a produit eu ou ou, puis u : dèu, don, du ; pour el on rencontre aussi eu, ou, u, mais la forme ordinaire, dans nos anciens textes, est ou. Sur eu, ou, d'une autre origine, devenant aussi u, voy. § 19, c. — Dans les pluriels dels (de les), els (en les), / était tombé très anciennement devant s de flexion (§ 82), d'où : des, es (dans bachelier-ès-lettres1, etc).
1. Si le mot es était resté usuel, on prononcerait é, comme on prononce dé pour des.