GROUPES CONJOINTS
90. Les groupes de consonnes qu'on peut rencontrer au commencement d'un mot latin se composent d'une explosive ou d'un / et d'une liquide. Ils se maintiennent sans changement. Ce sont : cl, gl, cr, gr ; — /)/, bl, pr, br\ — tr, dr, (//, dl n'existent pas) ; — /?, fr. — Il faut ajouter les groupes cw, gw, (écrits qu, gu)\ qui se réduisent à c*, g*.
1. Ce sont dos proupes de lettres, mais représentant en réalité des sons simples analogues à ceux que nous écrivons 's, 'ch.
PHONETIQUE
Exemples : claro, glande, cvine, grande clair gland crin grand
crasso a donné gras, probablement sous l'influence de grosso. On constate dans quelques autres mots, sans raison apparente, le changement de cr initial en gr.
iplorat, blasphémât, y>rato, bvacbio pleure blâme pré bras
très, dvacone
trois dragon
On attribue à une influence celtique le changement de tr initial en cr dans craindre, du latin tremere, à côté de trembler (^tremulare). On aie changement inverse, pour cr appuyé dans Monte-Mercuri donnant Monmarcre , Montmartre (§ i5, I, exe. de Ye).
flore, îvuetu
fleur fruit
Le groupe fl s'est réduit à f par dissimilation dans flebile, fr. /aible. — Le groupe fr s'est changé en fl dans îragrare, fr.yîairer, sans doute aussi par dissimilation, car une confusion avec flagrare, « brûler », est peu vraisemblable.
quare (qware) est devenu ^ar (écrit car) quando (qwando) — ^ant (écrit quand) quinto (qwinto) — qint (écrit quint) *gwanto, d'origine germanique, est devenu : ^ant.
Quinque (kwinkwe) et quinquaginta étaient devenus, par dissimilation, cinque (kinque) et cinquaginta, d'où : cinq et cinquante, à côté de quint et quinze, venus de quinto et quindecim, où la seconde syllabe ne commence pas par qu.
De même quisque unus, devenu cisque unus (kiskwe unus) a produit régulièrement cesquun, qui s'est fondu avec chadun, cha-un, venant de kala unum (locution formée avec
CONSONNES INTERVOCALIQUES. § 92. 89
la préposition grecque katà), d'où: chacun. La fusion peut remonter à une forme latine *cascunum.
91. On trouve aussi dans le latin classique, au commencement des mots, des groupes de consonnes commençant par s : spm#, scw/o, stabulo. Mais le latin populaire disait : espina, escuto^ estabulo. On a donc dans ces mots une appuyante, s, et une appuyée, py c ou t (voy. § io3). Toutefois, dans spasrnare, le premier s était tombé par dissimilation, d'où *pasmare, pâmer.
Enfin quelques mots grecs passés en latin et en français commençaient parps, pt ; \ep est tombé dans psalmo, saume, etptisana, tisane (mot d'emprunt). Le premier de ces mots s'est écrit ensuite psaume, mais, tout en écrivant ainsi, Vaugelas prononçait encore saurne.
CONSONNES INTERVOCALIQUES
92. Il faut se rappeler que le t forme avec l'j en hiatus une consonne intervocalique nouvelle (§ 68 bis) : V, qui se confond avec le produit de cy devant e, i. Sur c -f- i en hiatus, voy. § 71.
D'autre part:
a. — Très anciennement le d intervocalique est tombé devant / en hiatus, par exemple dans modiolo, medietate, devenus *moyolo, *meytate. Le premier de ces mots avait ainsi en latin populaire un ye intervocalique ; le second n'avait plus, avant l'accent, de con sonne intervocalique, le d et la voyelle atone étant
tombés, et le jy et le/ formant alors un groupe d'appuyante et d'appuyée. Sur les mots en -dio entrés tardivement en français, voy. § i36, d.
L'z en hiatus après la dentale s devient bien ye, mais n'est pas traité comme appuyé, il agit seulement sur les voyelles voisines, s reste intervocalique : basiare, baisier, baiser (dans *disiunat, s est appuyant, Yi consonne est initial après préfixe : desjune, § 208).
b. — Pour les consonnes labiales devant e ou i en hiatus,
ou bien elles sont devenues appuyantes devant chuintante, par exemple dans simio (singe), sapiat (sapche, sache), abbreviare (abrégier), § 68.
ou bien la labiale, — mais seulement quand c'était un u consonne primitif ou issu du b (§ 95), — s'est effacée devant ye, particulièrement lorsque ce ye était suivi d'un 0: *aviolo, aïeul (comme modiolo : moyeu); habeo, *avio, *aio, ai ; debeo, *devio, *deio, dei, doi (aujourd'hui dois § 202). Quant à « je sai », correspondant à sapio (à côté de sache venant de sapiam), c'est sans doute une forme analogique, car le p intervocalique n'a abouti à v que bien plus tard (§ 9 5).
c. — Une consonne intervocalique peut disparaître par dissimilation ; c'est ainsi que sont tombés : le second i consonne de*ieiuno,*ieiunat, d'où jeun, jeûne', le second v de vivenda, d'où viande ; le second b de habebam, debebam, d'où la flexion -eie (puis -oie, -ois, -ais) de tous les imparfaits et conditionnels, au lieu de -eive, § 229.
CONSONNES INTERVOCALIQUES. §93. 91
Consonnes isolées.
93. Au cours du vic siècle les intervocaliques sourdes (v. § 64) deviennent sonores, ce qui est un effet de la loi du moindre effort, car on n'a plus alors à interrompre les vibrations du larynx entre les deux voyelles. Naturellement les sonores se maintiennent. — Nous ne donnerons comme exemples que des formes où la seconde voyelle s'est maintenue en français ; pour les intervocaliques devenues finales, voy. §§ i 39-1 44-