‹ Manuel de phonétique et de morphologie historique du francaisChapitre 48 sur 127 · CONTINUES · texte numérisé non relu

CONTINUES

*ey

sy (t-\-i en hiatus) devient \y : ra/zone, raVone, ramone.

s devient 1 (§ 65) : cau^a (avec s forte), cau^a.

Nous notons s sonorisé par ^ pour en préciser la valeur, mais on continuait à écrire s.

(/devient v : Ste/ano, *Este?/ano (vieux fr. Estiévene1) ( v reste v : la^are.

c7 (devant e ou f), transformé en V, devient \y : raremo, raVemo, ra^-emo.

Même remarque que ci-dessus pour la notation de s sonorisé.

C gy (devant e ou /*) était devenu y : pa<re(n)se, payese ( i consonne (y) reste y : ma/ore (mayorc).

1. D'où Estirvc, dialectal, et Esticnne ; on a le v dans les dérivés Thévenon, Thévenin,

CU.L>AT. MANUEL DE PMO t'.Ugil. 7

LM'LOSIVES

c* (devant a, o, il) devient g* : pacat, pa^at ; se<;uro, se<mro

g* (devant a, o, u) reste g* : pla^a, *a^usto. t devient d : na/ivo, nadivo d reste d : sujat.

p devient b : sapere, sa/>ere

b avait déjà commencé à se changer en la continue correspondante : défère, défère.

Ainsi, à partir de la fin du vie siècle, il n'y a plus, comme consonnes intervocaliques, que des sonores.

94. En général, les sonores continues sont restées telles jusqu'à nos jours : nous faisons entendre dans chose la même consonne intervocalique que dans cauza (dans ramone, ra\yemo, le \ est resté tel jusqu'au vme siècle l, puis on a eu raison, raisin 2) ; nous faisons entendre dans laver le même v que dans lavare, dans moyeu le même y que dans *moyolo (pour modiolo).

Notons seulement que le ye (issu de g devant e, ï) s'efface souvent (§ 96, c). Parmi les mots qui avaient un ye primitif, la langue n'a gardé que ceux où ce ye

1. Dans les mots où, à ce moment, il est devenu final par suite de la chute de l'atone, il est redevenu sourd, conformément au § 137 : vOce, vOdzye, vôils (écrit voiz, car en vieux français la lettre z représente le son 's), puis vois, aujourd'hui écrit voix. L'évolution, commencée plus tôt, s'était aussi terminée plus tôt dans les mots où cette consonne provenait de l -+- ye : on trouve tout de suite la graphie palais pour palalio.

2. Notez que le c (ke) intervocalique devant les voyelles e, i non consonnifiées aboutit ainsi à i -f- z (écrit is: racemo, raisin).

CONSONNES INTERYOCALIQUES. § 95. q3

était suivi d'une voyelle qui ne se prononce plus, il n'en reste plus trace que dans Faction qu'il a exercée sur la voyelle précédente, et graphiquement dans 17 des mots raie (nom de poisson), mai, latin « raia, maio ».

95. Quant aux sonores explosives, au cours du vine siècle, elles se sont changées en la continue correspondante: b en vl, d en un son identique au th sonore anglais, que le manuscrit des Serments de Strasbourg représente par db, g* en y. C'est un nouvel effet delà loi du moindre effort, on n'a plus à interrompre la sortie de l'air entre les deux voyelles pour produire l'explosive.

Sa^ere (issu de saper e) est devenu sa-yere, comme debere était devenu devere.

Su^fat et naiivo (issu de nativo) sont devenus sud/;at, nadhivo.

Pla^a et pa^at (issu de pacai) sont devenus playa, payât.

En résumé :

p a passé à b, et b primitif ou secondaire k v* t — d, et d — — à dh

? — ***><*£* — — ky\

i. Le 6 qui existait dès le latin classique était devenu u avant le changement de p en 6.

2. Un 6 intervocalique maintenu dénote un emprunt savant ou une origine méridionale, et, si le mot est méridional, le 6 correspond nécessairement ;i un p latin (le 6 latin est devenu v en provençal comme en français) : abeille (forme française aveille) nous vient, par le provençal, du latin apicula.

3. Il s'agit ici du (j* entre a. e, i, — et a. Pour le g* devant labiale et entre labiale et a, voy. ci-dessous, 3°. Quant à c et g

Notons cependant :

i° que la labiale intervocalique, au lieu de devenir v, a disparu souvent dans le voisinage d'une voyelle labiale, voy. § 96, a.

20 que le dh (issu de d ou / intervocalique) est tombé au xne siècle : sudhe, sue ; naj/;if, naïf1. Tl est tombé plus anciennement devant u des flexions verbales atones, par exemple dans potui, podhui, poi, prétérit du verbe pouvoir, à moins qu'on n'explique ces formes par l'analogie (cf. § 2 ho, à).

3° qu'avant le ixe siècle, le g* (primitif ou issu de c*) était tombé généralement devant labiale, et entre labiale et a, sans dégager de ye : seoiro, se^uro, seiir ; lo<;are, lo^are, louer. Sur les effets divers qui résultent de l'hiatus ainsi produit, voy. §§ 39-42. Voy. aussi §§ 39, n. 2, et 96, d.

On a vu aux §§ 39-^2, que la chute des consonnes intervocaliques, dans les cas indiqués ci-dessus, a eu souvent pour conséquence la disparition de la voyelle qui précédait, d'où le participe passé u (écrit eu, *habuto) à côté de av-oir (habere), et pl-u, à côté de plais- ait.

96. Observations. — a. — Il y a contradiction entre nouello donnant nou-v-eau, et ouicula donnant ou-aille, bien que, dans les deux mots, Va consonne du latin soit voisin d'une

devant e, i, ils avaient produit, dès l'origine, des continues (§

1. Lorsque, dans un mot français, la dentale intervocalique du latin se trouve maintenue, la forme est savante ou empruntée à une langue ou à un dialecte du midi, ainsi en est-il du suff. -ade (= fr. -ce).

CONSONNES OTERVOCALIQUES. § 96. 9 5

voyelle labiale (§ q5, i°) comme dans pauore, pe-eur. Lorsque Vu consonne disparaît, il est vraisemblable qu'il n'a pas passé par le son vé. Et de môme, lorsque le/ ou le b intervocaliques (le b primitif ou venant du p) disparaissent dans le voisinage d'une labiale, il est probable qu'avant de tomber ou de se fondre avec les sons voisins, ils sont devenus u consonne (iv) et non vé : *debuto, dewuto, de-ù ; scrofella, scrowella, écrou-elle ; *saputo, sabuto, sa?outo, se-ù (à côté de quoi on a sapone donnant sauon). On peut aussi voir dans seù une forme analogique, parce que le p intervocalique est devenu tardivement 6. Sur les particularités du traitement des voyelles quand la labiale intervocalique s'efface, voy. §§ 39-42.

b. — Sur le changement tout à fait exceptionnel de la dentale de -atica, -edico, en r, voy. § i36, d.

c. — Le g intervocalique devant e, i, qui normalement donne ay, y, était tombé dès le latin populaire dans viginti, qnadraginta, etc., voy. §§ 3, c, et 7, a.

Leye, provenant du (jfy intervocalique (§§ q3, g4) a disparu dans regina, où il s'est fondu avec Vi tonique: reine, puis reine. Il n'a pu agir sur la voyelle tonique de *sigello, puisqu'elle était entravée (£ 20), mais la voyelle précédente reste elle-même intacte dans seel, plus tard seau, écrit sceau (£ 4 2, b, note).

Dans page(ri)se, on attribue au même ye le changement de a semi-tonique en ai et de è tonique en i : pays. Il y a aussi contradiction, pour le g* après a, entre pagano, païen (pa-ien), et pagare (àe pacarè), payer (pai-ier). Il semble que l'a semi-tonique libre, suivi immédiatement du ye, doive rester intact: aïeul, glaïeul, païen. Nous disons payer, vraisemblablement sous l'influence de il paye, où l'a est tonique, et rayon est fait sur rai. Notre prononciation de pays paraît être un compromis entre la forme primitive pa-ïs et l'ancienne contraction pais, en une syllabe, analogue à gaine de gaine.

PHONETIQUE

d. — Conformément à ce qui est dit § g5, 3°, le latin acuto a donné régulièrement eil (comme *placuto : pleii, plu, participe passé du verbe plaire), et cicuta: cetïe. Aigu, ciguë et quelques autres mots analogues sont des formes moins anciennes, encore obscures. Dans le mot savant second, introduit alors que securo était déjà devenu seiïr, \e c* intervocalique, qu'on continue à écrire1, s'est changé dans la prononciation en la sonore g*, comme longtemps auparavant securo était d'abord devenu segur.

Groupes conjoints intervocaliques.

97. En principe, dans les groupes conjoints intervocaliques, la seconde consonne se maintient, et la première est traitée comme si elle était isolée entre deux voyelles :

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