‹ Manuel de phonétique et de morphologie historique du francaisChapitre 53 sur 127 · Ecrit à tort morceau · texte numérisé non relu

Ecrit à tort morceau

kPPUlTÀNTES FT APPUYÉES. >?, 102. [OI

GROUrES CONJOINTS APPUYÉS.

ostrea, huître *comn\ire, complir

caucvo, chancre congro, congre unquain, onqc (écrit onquè) //ngurt, lan^*e (écrit langue).

101. Nous venons de voir que le g devant e, i, et le d mouillé, lorsqu'ils sont appuyés comme lorsqu'ils sont initiaux, produisent la chuintante sonore je (hordeo, argento). Mais il faut excepter le cas où ils sont appuyés par n ; dans ce cas, ils se bornent à mouiller n: Burgnndia, Bourgo^we (cf. § 68, n. 1); pingente, peinant. A noter que le g devant a produit la chuintante même après n : longa, féminin de l'adjectif, v. fr. longe. Cf. § 37. Comparez longa avec l'adverbe longe, qui a donné lo'mg, la graphie ng représentant n mouillé, conservé dans éloigner1. "Dansingenio, fr. engin, le g a été traité comme une consonne initiale (après préfixe). Angelo et evangelia ont dû être introduits dans la langue alors que la loi de mouillure du n par g devante, /, avait cessé d'agir, cf. § 1 10, c ; d'ailleurs l'influence du latin d'église a pu entraver leur évolution.

102. On a coutume de dire que dans les formes telles que pascunt, pascente, il y a eu métathèse de s et de c.

1. Toutefois il n'est pas impossible que le vieux féminin français longe, comme longue, soit une forme analogique (d'après lare, féminin large), et il faudrait admettre alors, ce qui semble naturel, que le g mouille n aussi bien devant n que devant e, i.

102 PHONETIQUE

En effet pascunt, qui aurait donné « pasquent » a été traité comme *paxunt, avec s appuyé par un c qui se vocalise en i, d'où paissent. A rapprocher lois (lusco), ancien masculin de lousche. Mais la métathèse est inutile pour pascente ; comparez avec angustia, le c devant e et le / -f- ye appuyés produisent également le son lsy, les deux s se rejoignent et se confondent dans : payant, angoi^e, vaisseau (*vascello), f aisseau écrit à tort faisceau, et le ye va s'unir à la voyelle qui précède (§ 35). Pas de métathèse non plus pour se devant a, où le c appuyé devient chuintant : mnsca, mouc/;e ; les subjonctifs tels que paisse, finisse, sont de formation analogique.

103. Les dentales et les labiales appuyantes disparaissent (voy. § ioo, passim). Le p a été rétabli à tort dans l'orthographe de sept, baptême, cheptel (cf. § 28). Parmi les dentales, s appuyant est tombé devant s comme devant une autre consonne, mais on a continué à écrire ss pour éviter une confusion avec s intervocalique prononcée £. Ailleurs, s devant consonne n'a disparu de l'orthographe qu'au xvme siècle ; mais s appuyant était tombé de la prononciation, sauf devant les sourdes p, c*, t (pe, ke, te), dès avant la conquête de l'Angleterre par les Normands (1066). Devant^, ke, te, s se prononce encore dans les mots français passés en anglais (beast, beste ; spy, espier ; squire, escuyer), mais il était tombé en français dans le courant du xme siècle.

Remarque. Il faut noter toutefois le maintien de s appuyant dans jusque, de deusque, bien qu'on trouve, auxnr*

APPUYANTES ET APPUYEES. § 104. 103

siècle, la graphie juque. Ce mot a dû être rapproché instinctivement du vieil adverbe jus (deursum) avec lequel il n'a pas de rapport, et subir l'influence analogique des locutions puis que, près que, lors que, où s persistait parce qu'il se faisait entendre à la fin des adverbesputs, près, lors. L'amuïssement ultérieur de s à la fin des adverbes aurait pu se propager à s intérieur des locutions soudées * ; et de fait on constate pour ces locutions au xvne siècle une hésitation qui s'étend à jusque : puisque ou puique, jusque ou jûque, etc. La prononciation avec s maintenu a prévalu d'autant plus facilement que l'évolution sémantique de puisque et de presque avait éloigné ces mots des adverbes puis et près, que lors tombait en désuétude en dehors d'alors et de pour lors, dès lors, et qu'aucun adverbe ne correspondait à jusque. « Parce que » prononcé parsque a pu favoriser aussi le maintien de s dans les locutions conjonctives. La prononciation prêque est attestée au xvie siècle. Nous hésitons encore entre tandis'que et tandi(s)que. (La préposition dès, n'ayant pas d'emploi adverbial, n'a pu se prononcer dès' à la pause ; la prononciation ancienne notée dess que représente en réalité dès ce que).

En dehors de ces locutions conjonctives, les mots où s se prononce devant consonne sont des mots d'emprunt entrés dans la langue postérieurement à l'amuïssement de s appuyant, par exemple rester, à côté d'arrêter qui est d'origine populaire.

104. Le ye appuyant se maintient, et même se dédouble dans *meylate (pour medietate), moitié ($ 7, e).

Les palatales explosives c*, g* mouillent / qui suit (^ 84), et le g* mouille n (§ 79).

Devant les autres consonnes, les palatales appuyantes produisent un ye, qui se joint aux voyelles voisines :

1. Au XV11* siècle, puis et que pouvaient encore être séj>ar. '■> : puis <l<>nr ijur.

traclare, tra/t/er ; laxare (Wsare), la/ss/er. Sur le changement de -ier en -£r, voy. § 193. Il faut toutefois noter les exceptions suivantes :

a. — De deux palatales identiques, l'appuyante, c'est-à-dire la première, disparaît sans produire de^: vacca, vache : sacco, sac. Il faut réserver le cas où le second c est devant e ou i, car on doit sans doute à l'action du premier c de ecce le changement de Ye qui précède en i dans eccilla, /celle ; ici les deux consonnes ne sont pas identiques, la seconde est an c\ voy. § 69 (devant a, comme dans vacca, le c appuyé ne s'est mouillé que plus tard). Cependant occidere = ocire.

b. — Le c appuyant disparait encore quand il est suivi de plusieurs consonnes, par exemple :

i° \ec devant t -\~ i en hiatus, Vi en hiatus seconsonnifiant en ye : factione, factyone, fa'^on, fa^on ; lectione, le^on ; coctione, * coupon (devenu cuisson sous l'influence du verbe cuire) : punctione, ponton (devenu poinçon sous l'influence de poindre) ; *districtia* rlétre^e (à côté de distric/o, destrezï, détroit) directiat, drewe (à côté de directe*, droit). — Dans *pectorina, peZ/rine, poitrine, le c à pu se vocaliser avant la chute de Yo atone. Dans ce mot comme dans poitrail, il faut d'ailleurs remarquer que c'est le groupe conjoint tr qui suit le c ; notez l'opposition de ces formes et du vieux verbe otroyer, de *auctoTi%are.

20 le c contenu dans Yx du préfixe ex, français es, é, et de la préposition de-ex, français dès, parce que, dans la presque totalité des cas, cet x est suivi d'une

CONSONNES MÉDIALES. § 105. 105

consonne : extendere (ea/endere), e^/endre, étendre. Dans exire, où on ne sentait plus le préfixe, comme Ta; est suivi d'une voyelle, le ye se dégage et on a Assit oissir (exit, où IV est tonique, donne régulièrement ist (^ 3i) d'où plus tard issir substitué à oissir). — La forme ordinaire du préfixe a été introduite dans essaim (examen) et essayer (*exagiare), où, phonétiquement, on devrait avoir un ye.

Un x quelconque, suivi d'une autre consonne, se réduit aussi à s : *juxtare, jouster, jouter.

c. — Un changement très particulier est celui du g appuyant dans saqma, *smaraqda, où il se transforme en un / qui se vocalise en u : saume, some, somme (de « bète de somme »), et èmer au.de.

Nous avons traité à part (§§ 98, 100) le cas des groupes terminés par une liquide ou unu/, c'est-à-dire des groupes formés de deux consonnes conjointes (§ 60) précédées d'une autre consonne : mtrdX1 enjre; *matraj7ra, marâ/re ; membro, membre, etc. ; la médiale est appuyée et se maintient.

105. Les autres groupes latins de trois consonnes sont rares ; nous constatons la chute de la consonne médiale de groupe dans redemiptione, rançon, dans prompto, iproni, comme écrivaient Racine et Mme de Sévigné, et sa vocalisation, avec métathèse, quand c'est un d dans pinxisli, vieux français pemsis, dans sancto,

samt. La première consonne du groupe est traitée comme appuyante, et la dernière comme appuyée. Le prétérit primitif des verbes en eindre, aindre, oindre se conjuguait ainsi : je peins (pinxï), tu peinsis, ilpeinst, nous peinsimes, vous peinsistes, ils peinstrent. Pour l'intercalation du t à la 3e personne du pluriel, voy.

Il s'est produit de nombreux groupes de plus de deux consonnes par suite de la chute de voyelles atones ; nous en parlerons dans le chapitre suivant, où nous verrons que, dans les groupes difficiles à prononcer, ou bien il peut s'introduire une consonne nouvelle, ou bien l'atone se maintient assez longtemps pour protéger la consonne précédente, voy. notamment § uo, c.

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