‹ Manuel de phonétique et de morphologie historique du francaisChapitre 56 sur 127 · Ye -\- r. Après la chute del'o atone de maior · texte numérisé non relu

Ye -\- r. Après la chute del'o atone de maior

peior, on a eu le groupe g consonne -f- r. L7 consonne, devenu appuyant, se joint naturellement à la voyelle qui précède, d'où maire, pire. Cf. § 7, c, 20.

112. Dentale devant 1. Dans les mots tels que vetûlo, spatula, la voyelle de la pénultième est tombée tantôt avant, tantôt après la sonorisation du t ; de là vetlo et spadla, où les groupes tl et dl offrent une certaine difficulté de prononciation, bien que nous les ayons aujourd'hui dans la prononciation courante de plusieurs mots (tels que matelot, madeleine}. Le premier s'est changé en cl, le second en //, de là *veclo et *spalla. On a eu naturellement un / mouillé dans le premier mot (§ 109); / appuyant du second mot s'est régulièrement vocalisé au xne siècle : espalle, espaule, alors qu'un mot comme le latin bella avait eu antérieurement son / redoublé réduit à / simple, d'où bêle, aujourd'hui écrit belle (§ 82). Ajoutez comme exemples :

situla, setla, secla, seille *rotulare, rodler, roller, rouler môdulo, modle, molle, moule

Rodlant (d'or, germ.), Rollant (conservé archaïquement), Roulant.

113. Si la dentale est appuyée, c'est / qui change. Le d étant appuyé dans *sclandalo persiste, mais alors / se change en r : esclandre (cf. § 117).

Même changement dans apostre, epistre, et par imitation dans chapitre, latin capitulo, où la dentale n'est pas appuyée ; ces trois mots ont été empruntés après l'époque de la sonorisation de p intervocalique.

112 PHONETIQUE

114. Lorsque la chute d'une atone amène le contact d'une continue dentale, — s sourd ou s déjà sonorisé, — et d'un r, il s'introduit entre les deux, comme son de transition, une explosive dentale, qui est dans le premier cas la sourde £, dans le second la sonore d :

*essere, es/re *co^ere (consuere), cosdre, coudre

*na^ere, naisse *muërunt, misèrent1 *dixënint, distrent l

Entre les sonores dentales n ou /, et r, on constate aussi un d de transition :

genero, gendre mo/ere, moldre, moudre.

11 faut admettre que dans puluere, soluere, Vu consonne s'était effacé devant la pénultième atone, d'où *pulere, *solere, et régulièrement polc/re, poudre, etsoldre, soudre (dans résoudre) ; car si Vu consonne de ces mots était devenu v, il est vraisemblable qu'on aurait en français pouvre et souvre. Cf. § 206, note.

Entre n et /, on constate un g* de transition dans le seul mot * spimi/a, espingle.

Il y a aussi difficulté de prononciation lorsque la labiale sonore m rencontre une des deux liquides, bien que l'amuïssement complet de Ve labial en français ait ramené ces groupes, dont la prononciation actuelle s'accommode, par exemple dans un m(e)lon, une fum(e)rie. Dans le passage du latin au français, on constate entre les deux consonnes, comme son de transition, l'explosive sonore labiale b :

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