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FORMATION DE GROUPES DE CONSONNES CONJOINTES

107. La chute des atones peut amener la formation de groupes conjoints, intervocaliques (cf. § 97) ou appuyés (cf. § 100).

Il n'y a aucune difficulté pour les groupes composés d'une dentale ou d'une labiale et de r :

credere, creidre, croire ; perdere (groupe appuyé), perdre lepore, lièvre ; rumpere (groupe appuyé), rompre robur, rouvre ; scri^ere et bibere, d'abord escnvre et

bo'wre vivere, vitre ; sitliur (groupe appuyé), soufre.

On constate une vocalisation de la labiale dans le proclitique super, soure, sour, sur. Cf. § 108.

108. Pour les groupes labiale et l} les exemples suivants sont réguliers :

*stupiàa, éteuble tabula, table

-abile -able

Mais dans les deux mots populo et populo, dont l'un n'existe plus que sous la forme du dérivé peuplier, \ep est conservé devant / : peuple (on a poblo dans les Serments de Strasbourg).

D'autre part, à côté ftéteuble on trouve une forme

CLtDAT. MANUEL DB PHONÉTIQUE. 8

I û8 PHONÉTIQUE

éteule, et à côté de tàble\a forme taule, tôle] ces formes supposent, avant toute chute de Vu atone, une vocalisation de la consonne labiale intervocalique (cf. § 3g).

GROUPES FORMÉS PAR C*, g*, ET 1 OU I\

109. Mouillure de / par c* g* après voyelle : macula, maille ; coagulai, caille ; vig(i)lat, veille. — Les groupes formés par c*, g*, et / ou r, se maintiennent quand ils sont appuyés : avunculo, oncle ; ungula, ongle ; ancora, ancre ; Bulgaro, Bouore.

Exceptions : i° dans le groupe sel, le c tombe : masculo, masle, mâle ; misculat, mesle, mêle.

2° Dans certains mots latins, qui ne sont pas restés sans interruption dans la langue, qui ont passé du latin dans le courant populaire après que la transformation de cl, gl intervocaliques en l mouillé était au moins commencée, mais qui peuvent cependant être fort anciens, le groupe gl s'est conservé, le groupe cl n'a subi que la sonorisation du c en g ou s'est maintenu tel quel : régula, règle ; *abocïilo ou *a(T)boculo, avuegle, aveugle ; saecùlo, seculo, siècle, (aboculo et secalo sont entrés dans notre langue avant la diphtongaison d'è et à toniques ; mais si ces mots étaient restés dans la langue sans interruption entre le latin et le français, on aurait aveuil et sieil, comme œil et vieil). Ajoutez: seigle, de*secâle; jougleur*, de joculatore; marreglier (devenu marguillier § 3o, exe.) de malriculario.

i. Deux causes ont pu transformer jougleur en jongleur: un rapprochement avec jangleur, d'origine inconnue, qui signifiait « bavard, médisant », ou plutôt une confusion de lecture entre u et n, alors que le jougleur, au sens ancien, n'existait plus, et que le mot avait passé de l'emploi populaire courant à l'emploi historique qu'on en faisait d'après les textes écrits. Sous sa nouvelle forme, jongleur, avec un sens restreint, est redevenu populaire.

3° Pour régula, on trouve deux formes héréditaires à côté de règle : reille et mile. Voici comment s'explique mile : le g* est tombé comme intervocalique devant labiale, et Vu atone a formé diphtongue avec l'é fermé tonique, de là reule, puis riule, et, par métathèse, mile. C'est exactement ce qui s'est produit pour la transformation de tegùla en tuile, cf. $ 4o. On trouve aussi en très vieux français le mot saeculo représenté par seule, qui serait vraisemblablement devenu suile, s'il était resté dans la langue. En présence de deux formes comme ruile et reille, il n'est pas nécessaire d'attribuer à l'une d'elles un caractère dialectal ; on peut très bien admettre la coexistence au même point de régula, aboutissant à ruile, et de la forme contractée régla, aboutissant à reille.

GROUPES FORMÉS PAR Cy OU gy, ET 1 OU I*.

110. a. — Si vigxlat ne s'était pas contracté très anciennement en vigîat, le gy intervocalique devant i aurait disparu sans mouiller /, ce qui s'est produit dans fragile, fraile, aujourd'hui écrit frêle. Dans gracile, le cy intervocalique a subi son changement normal en is (§ o4, note 2), d'où graisle, gresle (cf. § 120). Le même traitement, dans dicëre, ducère,facère, *cocere(pouv coquere), aurait amené l'intercalation d'un / entre s et r, et ces infinitifs auraient été en -stre: distrei au lieu de dire, cf. § 11 4. Et de fait on rencontre beneïstre, correspondant à benedicere, à côté de la forme beneïr (puis h'nir'), due à l'analogie des inchoatifs en -ir. Les infinitifs dire, faire, dnire sont sans doute des formes analogiques d'après frire, traire, destruire, qui viennent defrigère, *tragëre, *strugere, où l'on a un gy (et non

1 . Ou disdre, si l'atone était tomlx'r après la sonorisation de s.

IIO PHONETIQUE

un £y)intervocalique. Nous verrons, § 25y, a, que *strugere, au participe présent, a subi à son tour l'influence analogique de ducere : destruisant d'après duisant.

b. — Dans vincëre, surgëte, plangëre, la chute de Ye pénultième atone a arrêté la transformation de cy, gy appuyés, au degré ty, dy (§§ 70, 72) ; de là veintre (plus tard veiner e, vaincre, d'après les formes du verbe où on avait c* devant voyelle labiale, *vincuto, vencu), sourdre, plaindre. De même dans carcëre, chartre, au sens de « prison », conservé par la locution « tenir en chartre privée » , et dans *torqere, torchère (pour torquerè), tortre, devenu tordre par assimilation aux verbes en -dre. Foudre, de *fulgere, est semblable à sourdre.

c. — Il est possible que la production dans angelo d'un n mouillé, semblable à celui de plaindre {plangëre), cf. § 79, ait été empêchée par la difficulté de joindre n à /, même à l'aide d'un son de transition. Dès lors le^y a continué son évolution jusqu'à la chuintante, et la difficulté de joindre la chuintante à / a maintenu longtemps la pénultième atone ; de là notre ancien proparoxyton angele, réduit ensuite à ange, cf. §§ 119, 129, i3i, i33 bis. Le mot latin angelo peut encore avoir été emprunté postérieurement à la mouillure du n de plangëre, mais à une époque où la prononciation savante du latin n'avait pas encore déplacé l'accent.

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