‹ Manuel de phonétique et de morphologie historique du francaisChapitre 70 sur 127 · Sur l'a; de vieux, voy. § i56, b, note · texte numérisé non relu

Sur l'a; de vieux, voy. § i56, b, note

CONSONNES FINALES MODERNE». § 161 Cl. l§*]

161. Il est intéressant de suivre les hésitations de la langue, soit entre la forme du singulier et celle du pluriel, quand les deux nombres sont usuels, soit entre la forme intégrale et la forme analogique avec consonne amuïe quand le mot s'emploie exclusivement ou principalement au singulier.

a. — Pour os, le singulier os', très employé, s'est maintenu, et le pluriel o-s'' a perdu son s en même temps que les autres pluriels, des d. Mais la forme du singulier commence à empiéter sur celle du pluriel, on entend prononcer « des os' » ou « des os », sauf cependant dans les locutions consacrées : n'avoir que la peau et les o, il ne fera pas de vieux 6, être trempé jusqu'aux d.

On a dit « un porc', des porfcs) », puis il y a eu tendance à l'unification, soiten faveur depor, soiten faveur de porc', c'est cette dernière prononciation qui semble prévaloir aux deux nombres. De même, l'hésitation entre un cep\ des cep'Çs), et un cè(/j), des cè(ps), entre un cerf, des cerf '(s), et un cer(f), des cer(fs), se résout en faveur de la forme avec consonne finale prononcée, surtout pour le premier de ces mots. Au contraire, le pluriel des ner(s) a fait prévaloir un ner(f), sauf dans la locution « avoir du nerf », où le mot est toujours à la pause, et dans l'acception métaphorique (par exemple « le nerf de la guerre »), où le mot est toujours au singulier. Serf, qui n'appartient plus à la langue courante, se prononce d'après l'orthographe. Le mot fait, au sens d'événement, — un fait de guerre, un fait certain, un fait probant, — est sollicité par deux analogies contraires, celle du pluriel fai( ts) avec consonne amuïe, et celle des acceptions du mot où il s'emploie toujours au singulier et très souvent à la pause: c'est un fait', en fait', par son fait'.

Le Dictionnaire Général indique à tort san comme prononciation unique du mot sens. C'est au contraire sens"1 qui est de beaucoup le plus usuel, en raison de l'emploi particulièrement fréquent du singulier. On dit : « être de

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sens' rassis, le sens'' de la vue, le sens'' d'une phrase, se diriger dans le même sens' », et le pluriel avec s amuïe a été refait sur le singulier (cf. os, ci-dessus) : les surprises des sens', les sens9 d'un mot, rayonner dans tous les sens\ On hésite seulement entre sens' commun et l'archaïque sen(s) commun, entre bon sens'' et bon scn(s) d'après sen(s) commun. Pour les mots fils et lis, une double question se pose : i° comment ces noms sont-ils arrivés à se terminer par s aux deux nombres ? 2° comment la forme avec s prononcé a-t-elle prévalu sur la forme avec s amuï ? Fis (que nous écrivons fils, cf. § 56) et lis, — d'abord fiz et Hz, — étaient au moyen âge les formes du cas sujet singulier et du cas régime pluriel ; les deux autres cas se terminaient par un / mouillé. Mais le premier de ces mots était bien plus souvent employé au cas sujet singulier qu'au cas régime parce que les noms désignant des personnes jouent plus souvent que les autres le rôle de sujet, et parce que le cas sujet servait à la fois de nominatif et de vocatif (cf. ci-dessous, b, et § i5o,au mot vieux); le second était constamment employé au cas régime pluriel dans la périphrase, bien plus usitée que le mot simple, «fleurs de lis ». Il en est résulté qu'au moment de la réduction des cas, f(l)s l'a emporté, comme cas unique du singulier, à côté du pluriel identique ; et qu'à côté du pluriel lis on a extrait de la locution fleur de lis un singulier identique. Au xvie siècle ces deux mots étaient de ceus qui se terminaient par un s au singulier comme au pluriel. Pour tous les autres mots offrant cette particularité, la forme avec s amuï a prévalu en raison de diverses circonstances : pour mois à cause de l'emploi fréquent au pluriel (§ i56, 6), pour vieux à cause de l'emploi fréquent devant le substantif, pour maitre-queus parce que nous prononçons instinctivement ce mot, qui n'appartient pas à la langue courante, comme les autres mots terminés par -eux. Mais fils et lis étaient si souvent employés au singulier qu'ils y ont maintenu leur forme avec s prononcé, et, au moment de la chute du s de flexion, on a dit: un fis\ des fi(s), un lis*, des

CONSONNES FINALES MODERNES. § 161 1>. l5o,

li(s). La prononciation lis' s'est rétablie au pluriel (cf. os, § i6i,a), sauf, disent Littré et l'Académie, dans la locution fleurs de lis, si bien que le mot lis ne se prononcerait aujourd'hui sans s que dans la locution môme d'où provient cette consonne. Pour fils, Thurot constate que, du xvie au xvme siècle, on a hésité entremis' et fi1, et il ajoute. « l'usage est encore partagé aujourd'hui. » Fis' l'emporte, mais il est impossible d'admettre qu'un mot d'un usage aussi courant ait pu, comme on l'a dit, subir l'influence de l'orthographe, et que la prononciation fi ait été à un certain moment générale.

b. — Un mot comme pus, employé exclusivement au singulier, devait conserver sa consonne finale ; mais d'autre part il était sollicité par l'analogie des mots en u sans consonne finale ou avec consonne amuïe ; on prononçait encore pus' au xvne siècle, c'est p«(s) qui a prévalu. Même hésitation entre chaos' et chao(s), maïs' et maï(s), ours' et our(s). La forme intégrale a prévalu pour maïs et ours, la forme analogique pour chaos ; nous hésitons encore pour encens.

Au xvne siècle, on prononçait Jésus'' et Jésu(s)-Criï2 ; la seconde forme, si employée, où s final de Jésus était tombé devant la consonne initiale du mot suivant, a iait prévaloir partout la prononciation JésuÇs), et Jésu-CrW est devenu Jésu-CriÇl) par assimilation avec les noms communs en it\ Christ, où l'on prononce le s et le t, est une forme savante. Le cas sujet des prénoms tels que Charles, Jacques, l'avait emporté sur le cas régime Charle, Jacque, parce que les noms de personnes s'emploient plus souvent comme sujet que comme complément, et Vaugelas recom-

i . Le grammairien Domergue appuie d'un singulier argument la prononciation fis' : « cette prononciation, plus marquée, me parait convenir mieux à l'intérêt que ce mot réveille ». A rapprocher de l'explication de Littré pour le pluriel idéals, § 157, 6, note 1.

a. Dans la prononciation populaire de Christ, s était tombé au xiue siècle. La forme tout à fait populaire de Christ serait Crêt, comparez chrétien, § 7, d.

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mandait do faire sonner le s final ; mais celte consonne, alors que le s de flexion s'effaçait partout, ne pouvait guère se maintenir, surtout après un e labial ; d'ailleurs elle était régulièrement tombée déjà devant la consonne initiale du nom de famille, elle a complètement disparu de la prononciation. Tous les noms propres de personne et de lieu, qui n'ont pas de pluriel, devaient en principe conserver leur consonne finale et nous prononçons encore Bourc' (Bourg), Arras', Reims', Sens', Gaston Paris', etc. Mais beaucoup de ces mots ont perdu leur consonne par analogie avec les noms communs de même terminaison ou avec d'autres noms propres terminés par voyelle (le nom de la ville de Paris rapproché des nombreux noms de villes en y). En présence d'un nom propre qu'on n'a pas entendu prononcer, on hésite entre les deux prononciations possibles, avec ou sans consonne finale.

L'orthographe ne distinguant pas entre -il final non mouillé et -il mouillé, la confusion entre les deux prononciations a pu se produire pour les mots sur lesquels l'orthographe a prise, c'est-à-dire qui ont un caractère plus ou moins savant ; c'est ainsi que cil, peu usuel, a perdu sa mouillure malgré le dérivé dessiller, et aussi péril (remplacé par danger dans la langue courante) malgré périlleux. Pour un mot rarement employé comme babil, nous hésitons entre babiy, babi, et babil par /non mouillé, d'après la triple analogie gril(= griy), sourcil (== sourci) et péril. Cf. § i5g.

Les mots exotiques tabac, almanach, et le mot d'origine savante estomac se sont introduits dans l'usage populaire avec une prononciation hésitante, dont il reste trace dans l'usage actuel, bien que l'assimilation avec les noms en -ai, avec consonne finale amuïe, soit presque complète.

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