ESSENCE DE L'ORGANISATION VIVANTE
problème ; car iJ reste à savoir comoaent la composition s'est associée à la forme, ou la forme à la composition. Or la forme de la matière organique ne détermine pas primordialement le mode de ses actions ; car le germe affecte la même forme chez les animaux les plus divers, vertébrés et invertébrés : partout il se compose de la cellule de Tœuf, de la vésicule germinative et de la tache germinalive. D'un autre côté, la fooue des corps organiques n*est jamais déterminée que par leurs éléments ou par la combinaison de ces éléments. Reil lui-même en convient, puisqu'il dit (1) que la forme de la matière est déjà un phénomène qui dépend d'un autre, savoir de Taffinité des éléments et de ses produits. Il suivrait de là que, si la composition seule était la cause des forces organiques, la composition elle-même serait eu même temps le principe formateur. ]\lais comme la composition, dans les corps organiques privés des forces organiques, ne paraît pas différer, immédiatement après la mort, de celle qui avait lieu pendant la vie, Reil aurait dû admettre qu'il y a des matières plus subtiles encore, inaccessibles à l'analyse chimique, qui existaient dans les corps organiques vivants, et qui manquent dans les corps orgauic|ues morts.
Il doit certainement entrer, dans la composition des substances qui constituent le corps \ivant, un principe dans le sens de Reil , principe matériel, snbtil et encore inconnu « ou bi«i la matière organique doit être redevable à l'action de causes inconnues des particularités qui la distinguent Faut-il considérer ce principe comme un impondérable (2), ou comme ime force? C'est une question non moins difûcile à résoudre que des problèmes analogues soulevés en physique par plusieurs phénomènes importants; et la physiologie n'est point ici en arrière des autres sciences naturelles, car les propriétés du principe dont il s'agit sont tout aussi bien connus dans les effets des nerfs que celles de la lumière, de la chaleur et de l'électricité le sont en physique. En tout cas , sa locomotion est une chose certaine : ime infinité de phénomènes vitaux nous montrent qu'il se meut dans l'espace* iSous voyons que les parties roides par le froid, qui les a privées du sentiment et du mouvement, se raniment peu à peu à partir des limites de celles qui ne sont pas engourdies; cette communication est plus prononcée encore après (|u'oa a cessé d'exercer sur un nerf la compression qui avait donné heu à l'engourdissement du membre. La fibrine exsudée à la surface d'un organe, dans l'inflammation, s'anime et s'organise. La force organique agit au delà des limites des organes lors de la métamorphose de la matière animale dans les vaisseaux , lors de la transformation du chyme et de celle du chyle, qui acquiert de nouvelles pro-
(1) [mc, fi<., p. 17.
(2) En physique, par rindueiicc des idées métaphysiques qui régnaicui alors, ou admit des Huides hypothétiques, le fluide électrique, le fluide moguélique, le fluide calorique, le fluide ' lumineux , qui étaient chargés de représenter les phénomènes électriques, magnétiques, calorh)ues, lumineux, ollî?rt9 par les corps Mais qu'étaient de parei's fluides? et comment en prouver l'exislenee, pnisqiie leur raradère était de n>n «Toir aucun, c^est-à^dire d'élrc impondérables, intangibles et inviaibU*s ? à quoi servaienl-ils iinon h embarrasser, par leur présence et leurs qualités supposées^ toutes les spéculations réelles? Naturellement, la biologie, postérieure dans son développement, a hérité de celte manière de philosopher ; et elle aussi a voulu avoir son fluide impondérable, le fluide nerveux. Il est grand temps de se délivrer de celle conception non-seulement inutile, mais cucore nuisible, cl de coubidérer Tétai réel des choses, à savoir, des tissub et de:» propriélèb* £• I^
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priétés en suivant la filière des vaisseaux lymphatiques. £ile agit sur le sang à travers les parois des vaisseaux, et le maintient liquide, tandis qu'après sa sortie des vaisseaux il se coagule sous presque toutes les conditions, quand il n'est pas décomposé. Un liquide même qui s*est extravasé, ou qui s'est accumulé par TefTet d'une maladie, résiste plus longtemps à la putréfaction dans le coq^s vivant qu'an dehors, ce quï ne tient pas uniquement au défaut d'accès de l'air, puisqu'il arrive sou^Tnt, lorsque les forces baissent, que du sang et du pus se décomposent dans le corps. Ëuûn, on peut citer, avec Autenrieth, l'aptitude des parties animales qui fait que tantôt elles reçoivent et tantôt elles perdent de la force vitale, et que celleH:i s'accumule souvent avec rapidité dans un organe.
Quelque certitude que tous ces faits donnent de l'existence ou d'une force agissant souvent avec rapidité et susceptible de se propager dans l'espace, ou d'une substance impondérable, rien ne nous autorise à admettre l'identité de cette dernière avec les impondérables connus , avec les forces générales de la nature, chaleur, lumière, électricité. Loin de là, le moindre examen suffit pour faire rejeter toute idée d'un semblable rapprochement. Le magnétisme dit animal sembla d'abord répandre quelque jour sur ce sujet énigmatique. On crut que le frottement d'un homme par un autre, l'apposition des mains , etc. , produisaient des elTets remarquâmes, dépendant de la transmission d'un prétendu fluide zoomagnétique, que quekpies personnes s'imagiuaient même pouvoir accumuler à l'aide de certains appareils; mais l'histoire du magnétisme animal est devenue un déplorable tissu de mensonges et de déceptions (1) ; elle n'a montré qu'une seule chose, c'est combien peu la plupart des médecins ont d'aptitude irnur l'observation empirique, et combien ils sont loin de posséder l'esprit d'examen si généralement appliqué dans les autres sciences physiques. Il n'est aucun fait dans cette histoire qui ne soulève des doutes, et l'on n'a la certitude que d'une seule chose, le nombre inûni des illusions. La médecine ne fournit non plus aucun fait conciliable avec les merveilles du magnétisme animal , si ce n'est qu'on a souvent répété , sans cependant qu'il y ait encore de certitude h cet égard , que certains paralytiques avaient été guéris par l'immersion de leurs membres dans le sang d'animaux égorgés depuis peu, à (juoi on peut ajouter les contes si répandus sur le prétendn rajeunissement des vieillaixis et des cacochymes par )a fréquentation et la transpiration de jeunes enfants bien portants.
Conditions extérieures de la vie.
On a vu jusqu'ici que les corps organiques sont composés de matières qui présentent des combinaisons ])artirulières , inconnues dans la nature inorganique, c'est-à-dire , ternaires, quaternaires, ou même plus complexes encore. Ces combinaisons mi se produisent que dans les corps organiques, tant que ceux-ci sont actifs ou vivants. I^es corps organiques sont en outre formés d'organes, c'est-àdire de membres du tout, différents les uns des autres sous le rap|)ort de la qualité, et non seulement ils en sont constitués, mais encore ils les procréent |>ar leur propre force. La vie n'est donc pas une simple consi*quence de l'harinonie et de
(1) BuiU>lfi et DvBOiS) Hût, académique du mugnctnme animal, Paris, 1841) in-S.
CONDITIONS ËXTÈfilEliR£S 0£ LA \1E. 25
ractkm réciproque de ces membres ; elle commence à se manifester avec une force ou une suh^nce impondérable qui agit dans la matière du germe, entre dans sa composition, et communique à la combinaison organique des propriétés dont la mort ainèae TextinctioiL
JUais Faction ûe la force organique n'est point absolue. La composition et la force nécessaires pour la vie peuvent exister, et cependant ne pas se manifester par des phénomènes vitaux. Or cet état de repos de la force organique, tel qu'il a lieu dans le germe iecondé, mais non couvé de Tœuf, ou dans Tœuf végétal, tant ({u'il ne germe pas, doit dire bien distingué de la mort. Ce n'est point non plus la vie, c'est seulement une aptitude spéciale à vivre. La vie elle-même, la manifestation de la force organique, commence sous l'influence de certaines conditions, savoir, la chaleur, l'air atmosphérique , l'air dissous dans l'eau pour les œufs qui subissent l'incubation dans ce liquide, et l'afflux de substances nutritives humectéi^, par conséquent de la matière alimentaire et de l'eau, et ces conditions deuieurent nécessaires à la vie, qui ne peut se manifester qu'autant qu'elles subsistent.
L'œuf animal ou végétal ne demeure germe qu'autant qu'il reste parfaitement tranquille, sans nul conflit avec le monde extérieur ; pendant tout ce temps il est apte à se développer, et sa force créatrice le maintient; mais elle garde le repos vi ne se manifeste pas. Les œufs des animaux peuvent ainsi se conserver longtemps, pourvu qu'ils soient soustraits à l'influence de l'air et de la chaleur. La facilité de se développer se maintient durant l'hiver dans beaucoup d'œufs d'iuîiectes, et l'on voit des ceufe d'insectes appartenant aux contrées d outre-mer cclore dans les jardins de botanique d'Europe. De même, on assure que des graines de tx*aucoiip de plantes |rfianérogan)es conservent la faculté de germer pendant vingt aus sous l'eau, et jusqu'à cent ans dans la terre, hors de toute action de l'air atmosphérique (1). Treviranus parle, d'après Van Swiéten, de graines d'acacies qui ont germé au bout de quatre-vingts ans, et de haricots qui en ont fait autant au bout de deux cents ans : il cite même un oignon retiré de la main d'une momie d Égv'pte, qui avait peut-être vingt siècles d'âge , et auquel on parvint à faire |M)usser des rejetons (2). Mais dès que les influences de la nature extérieure entn*nt en jeu, le germe se développe, s'il en était susceptible, ou il pourrit, comme fait un organisme déjà développé , quand les conditions extérieures nécessaires à sou développement intérieur viennent à manquer, ou il tombe dans un état de mort apparente, comme durant le sommeil d'hiver, ou cnGn il meurt tout à fait. la force vitale latente du germe n'a donc besoin d'aucun stimulant extérieur jmur continuer de subsister en repos ; mais il en faut à la vie développée, à celle c|ui se manifeste.
I^ calorique, l'eau, l'air atmos|)liériquc et la substance nutritive, nécessaire à ia \ie, déterminent, en l'entretenant, des changements matériels continuels dans i(*s corps organiques ; ils se combinent avec ces derniers, dont en même temps certaines parties constituantes se décomposent et sont rejetées au deliors. On a donné aux impressions que produisent les conditions extérieures de la vie le nom d'iVic/iotion9, Oîpendant il faut bien les distinguer d'une foule d'autres incitations qui
1) Annales dessc. naL, 1. V, p. 5S0.
(3; Tacviram;», Enckeinungen und Gesetze des organischen LcbenSi p. à7.
ne sont pas nécessaires à la vie, et Ton ne doit jamais perdre de vue qu*elles déterminent la manifestation des phénomènes de cette dernière par des changements matériels, par des échanges de substances pondérables et impondérables, attendu qu'elles entretiennent continuellement la composition des humeurs, par exemple du sang, qui sont nécessaires au maintien de la vie. Le sang modifié par elles incite à son tour tous les organes, c'est-à-dire produit en eux des changements matériels organiques sans lesquels la vie ne saurait subsister, et un échange de substances pondérables et impondérables, phénomènes qu'accompagnent la décomposition de quelques unes des parties qui constituent déjà ces organes et leur rejet hors du corps. Les nerfs des animaux déterminent aussi des changements matériels dans les organes, et l'agent, vraisemblablement impondérable, qui réside en eux est un Incitant interne de haute importance.
On a donné le nom d'incitoàilité à la propriété qu'ont tous les corps organiques de subir continuellement, par l'influence des incitations qui viennent d'éu-c énumérées, certaines métamorphoses matérielles nécessaires à l'exercice de la vie. Ces incitations sont en quelque sorte l'impulsion extérieure qui détermine le jeu des rouages de la machine entière. Quelque peu convenable que puisse être la comparaison avec un mécanisme, la force qui, dans les corps organiques, crée le mécanisme nécessaire à la vie, n'est cependant capable de produire aucun acte sans cette impulsion du dehors, et sans de continuelles métamorphoses matérielles opérées avec le secours des incitants extérieurs de la vie. C'est pourqum Richerand a comparé , non sans raison , les phénomènes de la vie à ceux de la combastion et de la flamme. 1^ manifestation du feu ne dure qu'autant qu'ont lieu les combinaisons et séparations nécessaires à la combustion; l'oxygène se combine avec le corps qui bnlle , de la chaleur se dégage, et tant qu'il y a de Foxygèoe et des matériaux combustibles, les phénomènes de l'ignition durent Je sois fort éloigné de vouloir faire dépendre la vie d'une combustion; tout ce que je prétends dire, c'est qu'ici comme là s'opèrent incessamment certaines combinaisons et séparations de nfatières qui déterminent , dans un cas les phénomènes de la combustion et de l'ignition, dans l'autre les manifestations de la force organique ; c'est que les incitants de la vie sont, pour les corps organiques, la même chose que l'oxygène de l'atmosphère et les combustibles pour l'apparition du feu, sans toutefois qu'on appelle l'oxygène l'incitant de la flamme; c'est enûn que, si l'on n'admettait pas de changements matériels continuels provoqués par les incitants, si l'on refusait de croire à une succession non interrompue de combinaisons et de séparations de substances pondérables et impondérables, le terme d'excitant de la > ic serait vide de sens, ou même exprimerait une idée fausse. Seulement il ne faut pas perdre de vue que les changements matériels produits par les incitants de la vie n'engendrent pas de nouvelles combinaisons binaires dans l'organisme, quoiqu'il entre alors en action des substances de la nature inorganique, que les seules de ces combinaisons qui se forment, comme l'acide carbonique, sont le résultat d'une décomposition, et doivent être rejetées au dehors, tandis que l'oxygène, qui se mêle en partie au sang pendant l'acte de la respiration, change la nature do sang, <'t que le sang niodijîé doit délerininer, dans les organes doués de la force organique, des changements matériels tout différents de ceux qu'on peut se figurer dans un cor|H^ mort.