CONDITIONS EXTÉRIEURES DE LA VIE
Ces couditHins générales de la vie, ces incitations qu'on pent apjielér intégrantes^ sont communes aux végétaux et aux animaux. 1^ lumière est Indispensable surtout aux plantes; elle est moins immédiatement nécessaire aux animaux , quoique sa soustractioD produise les scrofules et le rachitisme; un grand nombre de ces derniers, particulièrement les entozoaires, en ibumissentla preuve, et son absence u*est nuisible aux organismes animaux qu'en tant qu'elle modifie les autres conditions de la vie. I^es conditions indispensables à la vie des animaux sont non seulement l'ingestion de nouvelles substances, mais encore, et surtout, celle de matières déjà organisées, taudis que ks végétaux se nourrissent de matières organisées en parties réduites en cooibinaisonB binaires, et qu'ils convertisBent ces combinaisons binaires en combinaisons ternaires. Du reste, il y a nécessité absolue de matière nouvelle, de chaleur, d'eau et d'air atmosphérique, pour que les êtres organiques .se développent, continuent de vivre, et croissent
Ou s'est beaucoup trompé en mettant les incitations vivifiantes au même rang (|ue d'autres incitations qui n'entrent pas essentiellement dans la composition des corps organiques et n'en augmentent point les forces. Une incitation mécanique qui modifie l'état d'une membrane sensible, par exemple la pression , détermine bien un 'phénomène de vie, la sensation , mais elle ne vivifie pas, elle n'accroît point les forces organiques; au lieu que les incitations absolument nécessaires à la %ie contribuent essentiellement à la formation môme de la matière organique. Les aliments ne sont pas uniquement des incitants pour les corps organiques; ils ont eux-mêmes l'aptitude à vivre; ce sont des incitants qui vivifient, et qui peuvent être vivifiés. L'homme, dans l'état dosante, ne peut guèt« s'en passer plus d'une semaine sans que la conséquence soit mortelle; mais on a vir des reptiles jeûner pendant plusieurs mois, ce qui est surtout connu à l'égard des serpents et des tortues. L'eau, qu'elle entre comme telle dans les combinaisons organiques, ou que celles-ci en admettent seulement les éléments, est indispensable aussi à la manifestation de la vie, parce que les parties animales ne peuvent vivre sans être ramollies par die. L'air atmosphérique est une condition si nécessaire aux phénoini*nes vitaux, que la vie des animaux supérieurs ne saurait subsister un seul instant t»ans la respiration, sans les modifications que la respiration apporte au sang, et sans Finfluence de ce sang modifié sur les organes. Il pent arriver que les aliments manquent pendant un certain laps de temps, comme chez les reptiles ; il peut se faire que les organes soient plus ou moins longtemps à recevoir du sang des substances nutritives nouvelles ; mais le changement que le sang produit dans les organes par la respiration ne peut être Interrompu que très peu de temps chez les reptiles, et que durant quelques secondes chez l'homme. Enfin, la chaleur, importante surtout dans les commencements de la vie animale, où le nouvel être ne peut encore en produire lui-même, et généralement indispensable à tous les êtres organiques, végétaux et animaux, parait entrer aussi dans la composition des êtres organiques ; car les actions organiques exigent une température déterminée dans chaque animal et dans chaque végétal; nous savons aussi que les actions chimiciues de combinaisons binaires exigent une certaine températiu*e, qu'elles absorbent une quantité déterminée de calorique pour la fbrmation de combinaisons nouvelles. Sous l'influence de toutes ces conditions, substance alimentaire, eau, air atmosphérique et chaleur, l'être organique se dé\eloppe spontanément de son germe, |)arce qu'il
:t8 PROLÉGOMÈNES.
!^ opère alun» une décompoëition oooUnuelle de la matière organique existante, ei que leg phénomènes vitaux sont eux-mêmes, en grande partie, les résultats d*nne formation continuelle de matières nouvelles, d'une décomposition continuelle des matières présentes, en un mot de changements incessants dans la matière organique. Il n*cst pas encore bien démontré que Télectricité soit nécessaire au développement de la vie.
Mais la manière dontf les êtres vivants dépendent des divers incitants de la vie n*est pa9 la même partout Vf. Edwards a ob^rvé que les animaux à sang chaud qui >ienueut de naître ont plus besoin de la chaleur que les adultes, et qu'ils ne peuvent vivre sans eUe, tandis qu'ils supportent bien plus longtemps d'être tenus sous l'eau sans re^rer (1). L'animal adulte est lié k une certaine température par les conditions vitales de son espèce, ce qui fait que certains départements géographiques lui sont assignés pour y déployer pleinement ses facultés.
Les animaux à sang froid sont ceux qui peuvent se passer le plus longtemps des incitants. Les mollusques, les insectes, les scorpions, les serpents et les tortues vivent des mois entiers sans nourriture, tandis que l'homme bien portant peut à peine supporter l'abstin^ice pendant une semaine sans périr de faûm. Divers insectes vivent plusieurs jours dans des gaz méphitiques, par exemple les larves d'œstres, d'après les expériences de Schroeder van der Kolk. On a tenu des mollusques durant vingt-quatre heures sous le récipient de la machine pneumatique sans qu'ils mourussent Les reptiles vivent très longtemps sans respirer, quelques lieures dans l'eau privée d'air, suivant Spallanzani et W. Edwards, dix à vingt heures dans l'eau imprégnée d*âir; des grenouilles auxquelles j'avais enlevé les poumons vécurent encore trente heures. Cependant les nombreux récits de crapauds et autres animaux qu'on prétend avoir trouvés vivants dans des blocs de marbre, dans des arbres, ne sont très probablement que des contes, quoique Hérissant et Edwards aient vu vivre pendant quelque temps des reptiles qu'ils avaient ensevelis dans du plâtre ! Edwards s'est convaincu que le plâtre est perméable â Pair atmosphérique; de sorte que , quand on plongeait la masse dans du mercure, les reptiles ])érissaieut aussi promptement que si on les eût tenus sous l'eau (2).
La complication de l'organisme accroît la dépendance mutuelle des organes. De là vient que les animaux simples survivent plus longtemps aux lésions que ceux des classes su|)éricures. I..es animaux inférieurs sortent beaucoup plus facilement de l'état d'asphyxie. Spallanzani, Fontana, Schultze, ont vu des rotifères desséchés repi*cndrc vie, même au bout d'un long espace de temps, quand on les mettait dans l'eau. Steinbuch et Bauer ont fait la même remarque sur les vibrions des graines malades du froment et d'une espèce d'Ayrostis, lorsqu'ils humectaient ces graines au bout de plusieurs années. Malgré les plus graves lésions , les reptiles donnent encore pendant longtemps des signes de vie, et l'on sait combien l'incitabililé tarde à s'éteindre dans les muscles et les nerfs de ces animaux. La vie est
(1) EDWâADS, DeCinfiHcnee des agents physiques sur la vie, Puris, 182^. Comp, Lcgallois, Expériemees sur le principe de Ut vie, dans Œuvres complètes^ Paris, 183 A, 1. 1 , p. i et saiv.
(3) Koy. roavrage précité de W. Edward». Comp, aussi Bvciu«amd dans Fboiuep^s ^otiiem , t. XXXIll.
CADUCITE: DES (X)RPS ORCANIQUES. 29
plus leuace aussi chez los jeunes animaux, vraisemblablement ^ cause de leur plus ^ramle simplicité (1 ).
Caducité des corps orguiiiqucs
\x^ corps organiques sont périssables : tandis que la vie, avec une apparence d*imnK>rtaHté, passe d*un individu à un autre, les individus eux-mêmes périssi^nt ; mais quand tous Iesim1i\idus meurent, une espèce végétale ou animale disparaît, comme le prouve la géologie. I^ force organique s*écoule , en quelque sorte , d(*s parties qui produisent dans d'autres de production nouvelle, taiidis que les anciennes périssent Autenrieth a dit (2) : « Ceux des corps organiques qui pousi> sent sans cesse de nouvelles racines, comme les plantes rampantes par leurs sto- I» Ions, et certains arbres par leurs branches, sont les seuls qui ne meurent |)as. » (Ihez ceux-là, un moment arrive où le nouveau rejeton est à la fois partie inté- » grante de Fancien corps organique et nouveau corps organique subsistant de soi- » même. Mais là aussi Tancien tronc périt toujours, et la force vitale ne continue 0 plus d*agir que dans le nouveau rejeton, qui, à son tour, s'allonge également » d'un côté, tandis qu'il meurt de l'autre. Ce qui a lieu simultanénK*nt dans cette » circonstance, c'est-à-dire la mort d'un côté, et la formation, de l'autre côté, » d'un nouveau corps qui continue de vivre, anive séparément chez l'homme et » ch(*z les animaux parfaits. L'enfant se détache de la mère, comme nouveau » corps apte à vivre , avant que celle-ci meure, et la mère meurt un jour, tandis A que l'espèce semble être immortelle. » La question de savoir [)ourquol les corps organiques périssent, et pourquoi la force organique passe des parties productives, qui meurent, dans les jeunes produits vivants de ces corps, est une des plus ardues de la physiologie générale; nous ne sommes pas en état de résoudre l'énignK*, et tout ce que nous pouvons faire, c'est d'exposer la succession des phénomènes. Ou nv satisferait personne en répondant que les influences inorganiques usent la vie |M*u à peu, car alors la force organique devrait commencer à diminuer dès le début (le Texistence d'un être; or ou sait qu'elle est encore tellement parfaite au tem|)s de la virilité, qu'elle se multiplie alors par formation de germes. 11 doit donc y avoir une tout autre cause, plus profondément cachée, qui amène la mort de l'individu, tandis qu'elle assure la pro|>agation de la force organique d'un individu à un autre, et rend par là cette force impérissable.
On pourrait dire aussi que la caducité croissante des corps organiques |)ar les progrès de l'âge tient à l'accumulation en eux de certaines substana^s décomposées, dont l'affinité chimique se met en équilibre avec la force viule. Mais, daus cette
(1) Pai TU de» foetus de lapin, qui avaient été tirés de la matrice, vivre un quart d^lieure sous le récipient de hi machine pneumatique. Legolloisdit que, quand on cherche à tuer des animaux, un, cinq , dii , et ainsi de nrite, jasqn^ù trente jours après la naissance , en les plongeant sous Teau , leur eole? aat le coeur, ou leur oavrant la poitrine, la dorée de la sensibilité se ncconrcit Umis les cinq jours, de sorte qu'elle est , par exemple, d'un quart d'heure après la naissance , et de deux minutes et demie seulement le trentième jour. 11 a (ait la même remarque sur la durée de la circulation après la section de la moelle épinière ou l'amputation de la t^te ; mais tous ces phénomènes s*expliquent complètement par l'axiome, que plus les parties d'un tout ont pris de développemeaC , plus elles doitent être dépeMiantes les unes des antres.
fi) Physiotoffiff t. 1, p. ii2.
SO PROLÊGOMkNES.
hypothèse aus», la force organkjiie devrait diminuera partir du commencement mCme. Ainsi Dutrociiet attribue la \icillesse à raccumulation croîasante de Toiv-
grne dans le corps animal ; mais cette prétendue accumulation ne repose sur aucune preuve. Tout ce qu'il nous est permis de faire, c'est de montrer la connexion dw phénomènes avec le développement. Si Ton compare le germe d'un être organique avec l'état de celui-ci dans Tâge le plus avancé, on voit que le tout, qiii, d*après Kant, est la cause de l'existence de toutes les parties, consiste presque unique^ ment, h cette dernière époque, dans le conflit de ses diverses parties et de leurs forces, de môme qu'un mécanisme ne subsiste que par l'action mutuelle de ses rouages; ^ns le germe, au contraire, la force qui renferme la cause de la production de toutes les parties est encore indivise : le princi])e organique s'y trouve en (pielque sorte» h l'état de concentration extrême, Taptitude à se développer y est aussi grande que possible, et le développement réduit à ses moindres proportions, lorsque la force organique a agi pendant quelque tem))s, et que l'organisme s'est développé jusqu'au point d'atteindre l'âge de la jeunesse, nous avons sous les yeux, non plus une chose simple, avec la force indivise du tout, mais une chofie multiple, avec des forces divisées. Mais plus la force du tout est divisée, plus l'organisme semble perdre l'aptitude à ^re animé par Tinflueuce des incitants généraux de la vie; plus l'affinité, si l'on peut parler ainsi, dimiime entre la matière organique et les incitants, qui allument la vie à l'instar d'une flamme, de sorte que, quand le développement est achevé, quand la vie immortelle a besoin d'être garantie, il y a nécessité de la production d'un germe qui, par cela même qu'il possède la fiM-ce encore indivise, a également encore, pour ainsi dire, la plus grande affinité pour les incitants de la vie, affinité dont l'intensité diminue à mesure que l'organisme se développe. Ceci ressemble à une explication, et cependant n'est an fond qu'un simple exposé de l'enchahiement des phénomènes, dont on ne peut même pas assurer qu'il soit exact.
Abordons maintenant la seconde question, celle de savoir pourquoi la matière est continuellement périssable pendant la vie d'tm être organique, et pourquoi elle a besoin d'être remplacée sans cesse par de nouvelle matière organique. (le cas a lieu beaucoup moins chez les végétaux que chez les animaux ; du moins ne l'y obser\e-t-on guère que dans la mort graduelle des anciennes feuilles : c^r, ainsi que Tiedelmann en a fait la remarque, les tissus ime fois formés sont longtemps sans subir aucun changement de matériaux constituants. Chez les animaux, au contraire, il y a changement continuel de substance. Cependant Tiedelmann attribue cette différence b ce quil existe, dans le règne animal, des déploiements de force qui produisent des changements dans le substraium matériel des organes comme semble le faire l'action des nerfs (1).
Sniadecki (2), qui s'est occui^é spécialement de ce problème, donne l'épithète de viviAables aux matières qui peuvent servir à la nutrition des corps organiques. Mais l'aptitude de ces matièrei à être vivifiées est tout à fait générale ; elk^ est égi^ lement susceptible de revêtir toutes sortes de formes, tant que des influences déterminées n'agissent pas sur efle, et par cela même elle n'a jwint de forme précise.
(i) Trailé de physiologie, trud, par A -J.-L. Joordaii. I^riti 4894 , 1 1 , p. 399. '
(2) Théorie der organiseken lf>M>ii. Nurranberf» 4821.
CADUCITÉ DES CORPS OBT.AMQUES. « 34
1^ maticTe organique tend donc d^iine manicTe générale fi la vie et à Torganisation. Mais dès qu'une certaine portion de cette matière tombe sous la puissance d*un individu quelconque, la force individuelle imprime une certaine direction à sa tendaincc générale : de là viennent la configuration individuelle et locale, le genre et le nxxle de la vie. Toute organisation particulière est donc le résultat de deux tendances : Tune générale, qui réside dans la matière elle-même, et en vertu de laquelle certaines substances tendent à la vie et à Torganisation en général; l'autre particulière, qui réside dans les individus, et qui détermine Tespèce de cette vie, la forme de cette organisation. Par conséquent, la particule de matière vivifiable qui a subi en partie ou en entier reflet d'une certaine force individuelle, et qui jouit proportionnellement de la vie, doit, attendu qu'elle n'a pas pour cela cessé d'être vivifiable, tendre, en raison même de cette propriété, à continuer de vivrez et de prendre toutes les autres formes organiques, celles-là seules exceptées qu'elle pos-* sède déjà. Donc si on la compare avec une matière vivifiante totalement inorganisée encore, et qui, comme elle, tend à revêtir toutes les formes, elle doit, de toute évidence, paraître moins vivifiable que celle-là. Cette diminution de son aptitude à iHre vivifiée doit être égale à la tendance qu'elle avait à revêtir la forme particulière dont elle se montre douée, parce que cette tendance particulière est déjà satisfaite et pour ainsi dire saturée. Suiadecki conclut de là que l'aptitude à vivre de la matière dans les individus est, pour ceux-ci, en raison inverse de la force organique dont la matière a déjà subi l'influence, ou que la matière qui arrive dans k*s êtres oi^aniques, et que les uns, les animaux, prennent à l'état de combinaiiton organique toute faite, tandis que les autres, les végétaux, la convertissent préalablement en combinaison organique, perd, à proprement parler, autant de son aptitude à être vivifiée qu'elle acquiert de force individuelle, qu'en conséquence elle, perd la capacité de recevoir une forme donnée dans la même proportion qu'elle revêt cette même fomie. Donc, dès qu'elle devient complètement organisée», et qu*elle subit la totalité de la force individuelle, elle perd toute aptitude à vivre par rapport à cet individu ; alors la force organique n'a plus aucun pouvoir sur elle,. Plie devient non vivifiable et inerte au milieu du corps vivant, et elle n'est plus bonne qu'à être rejetée bors du corps. Voilà comment Sniadecki explique le cliangemcnt continuel des matières organisâmes dans les corps organiques.
Cette explication une fois admise, rien assurément n'est plus facile que de se rendre raison des phénomènes généraux dans les corps organiques, comme Suiadecki l'a fait avec une surprenante simplicité et d'une manière très conséquente. Mais on peut révoquer en doute la justesse des propositions sur lesquelles elle re- {MMe. Suivant Sniadecki, la seule chose essentielle, dans les cor(w vivants, est b force organique et non la matière organisée, la force organique se manifeste aussi longtemps qu'elle organise, c'est-à-dire tant qu'il n'existe pas de matièreorganisée ; celle-ci elle-même n'en possède point , ne peut servir à rien , et n'est bonne qu'à être expulsée. iMais, dans cette hypothèse, les matières excrémenlilielles devraient porter le caractère d'une organisation parfaite, et être réorganisables par d'autres êtres organiques et par leur force organique : c'est ce qui n'a pas fieu. Les excréments les plus généraux sont l'urine et l'acide carbonique rejeté par la respiration. Or ces matières ne sont plus organisables par les êtres du règpe . animal, ce sont des substances animales décomposées. Il serait bien plus ooi
3'i • PROii:(;oMkNES.
nable d'admettre que ce qui est organiné |)ar un coq)s organique participe à la force organique en proi)ortion de ce qu'il acquiert d'organisation. La force organisatrice est divisible dans beaucoup d'êtres organiques simples, lorsque la matière organisée vient à être divisée. Ceci conduit à un princi|x* totalement oppoM ^ celui de Sniadecki , qui prétend que la matière perd de l'aptitude à vivre eo proportion de la vie qu'elle acquiert Nous , au contraire , nous disons que la matière est vivante proportionnelk^noent à ce qu'elle a reçu de force vivifiante , qu'elle est vivifiante en raison directe de la vie qui l'anime déjà , qu'elle manifeste sa force vivifiante sur d'autres matières, mais seulement avec le concours de certains incitants, qui, en se combinant avec les parties organisées, expulsent d'autres substances. Quand certains incitants pénètrent dans le sang, par exemple durant la respiration, et qu'ils agissent ensuite sur les parties organiques, l'aflSnîté entre certaines partie de la matière organisée et l'incitant du sang devient plus grande que celle des parties de la matière organique entre elles. La vivification de la matière organisée par un mode qui s'accompagne d'élimination , la rend de nouveau apte à recevoir des substances nutritives ; mais , à mesure qu'une matière devient animée , elle acquiert l'aptitude à animer et organiser elle-même d'autres matières; elle ne devient pas un excrément, mais elle prend part à la force organisatrice de la matière déjà existante.
La cause qui fait que des matières organiques sont continuellement décomposées et rejetées au dehors, chez les corps organisés, peut, au premier coup d'oril , être rapportée à la circonstance suivante. La conversion des aliments en substance nutritive peut donner lieu à l'élimination de certaines matières, qui contiennent un excès d'éléments incapables de servir. Ainsi les végétaux , quand ils convertissent l'acide carbonique et l'eau en une combinaison ternaire , en matière végétale , laissent échapper l'oxygène excédant Chez les animaux, les principales matières excréméntitielles, celles dont il n'y a plus aucun moyen de tirer parti, sont l'acide carbonique et l'urine. A la vérité, les animaux éUminent tout autant de matière qu'ils en reçoivent ; mais une partie de ce dont ils se débarrassent constitue les excrétions véritablement hors d'état de servir, tandis que beaucoup de choses ont des destinations particulières, ou sont accidentellement entraînées au dehors , comme le mucus intestinal et peut-être aussi la bile. Les matières excrémentitielles qui sortent de l'intestin , se composent elles-mêmes en partie des aliments qui ont été ingérés ; mais l'acide carbonique et l'urine , outre qu'ils émanent des parties organiques elles-mêmes, ne sont absolument propres à nen. A la vérité, l'urine change de nature suivant la nourriture , de sorte qu'évidemment elle entraîne aussi certaines parties inutiles des aliments , avant qu'elles soient totalement organisées. Mais les parties constituantes de ce liquide ne changent cependant pas chez des animaux qui ne reçoivent aucune nourriture, et qui, comme certains reptiles ophidiens ou chékmiejis, jeûnent pendant des mois entiers. Il est donc certain que l'urine entraîne des parties inutiles, qui sont par elle soustraites aux substances déjà organisées des animaux , et que l'exercice de la vie met h matière hors de service. De même, les chrysalides des insectes, au temps de leur métamorphose, quand elles ne prennent absolument rien, produisent cependant des subsUnces excrémentitielles par leurs vaisseaux de Malpighi , et nous savons que ces vaisseaux sécrètent de l'acide uriqne. Do même encore l'embr^tin des
CAlU'CITf: DKS CORPS ORCANfQrES. • 35
animaux swptVioiirs produit iino o\fr^»lion partir iilièro par les corps de "NVolff, avant que les reins soient entrés eu fond ion.
Quant h ce <{ui concerne le conflit descx>rps animaux avec Tair atmosphérique, nous n*avons |)oiut encore pu nous fonner une théorie rationnelle des causes de ceUe liaison si nécessaire à la vie ; mais Thypothèse suivant laquelle la respiration fournirait les éléments qui manquent à la formation de la matière animale, ou entrarncrait au dehors ceux qui sont su|)erflus pour cette formation , est aussitôt réfutée par le fait que la plupart des animaux reçoivent la substance animale toute formée déjà, que les reptiles respirent , consomment l'oxygène de Tatmosph(>re , et expirent de Tacide carbonique , alors môme qu'ils restent des mois entiers sans prendre aucune espèce de nourriture.
lies sulxstauces que l'exercice de la vie élimine constamment, même quand il n'y a pas ingestion de matières alimentaires, c'est-à-dire l'acide carboniqtie, Tnrée et l'acide urique, sont incapables de noumr d'autres animaux. L'aride carbonique est déjà une combinaison binaire produite par la décomi)osition de la matière animale ; qnant à l'urée , elle se rapproche beaucoup d'une combinaison lïinaire , ou peut-être même en est -elle déjà une ; du moins se convertit-elle tK*s aiséau*nt t*u cyanite ammonique , ainsi que l'a fait voir W (phler. C^omme ces deux cxcrétioas continuent alors même que le corps animal ne reçoit pas d'aliments , il sensuit nécessairement que la vie entraîne ))ar elle-même une décom{H)sitioii continuelle de substance déjà organisée. Kt les choses ne pourraient non plus être autrement , s'il est vTai , ce que j'ai prouvé précédemment , que la force or- ^ique ne se manifeste , dans un animal , qu'autant que certains incitants déterminent, dans les parties vivantes, de continuelles métamorphos(*s matérielles, dont les phénomr*nes vitaux ne sont que des manifestations, comme le fou est la manilestation de la métamorphose matérielle qui s'cfTectue dans l'acte de la combustion. L'impulsion est donnée par la respiration aux métamorphoses matérielles; le sang, continuellement changé par cette fonction, })rovoque, à son tour, des chanl^meuts continuels dans l'organisme ; les parties déjà subsistantes des organes bissent échapper les produits généraux de la décom|)osition, Tacide carbonique et les principes constituants de l'urine , tr^'S riclu^ en azote , l'urée et l'acide urique ; iH cette décomposiU(m de la matière organicpie, ([ui accom|)agne l'exercice de la \ie, rend néc^^ssaire l'afllux de nouvelles matières nutritives qui subissent l'action do h force organisatrice, lîne prtie organique ne montre des phénomèilcs de vie it n'organkse d'autres matières qu'autant que son repos vient à être troublé par des manifestations nouvelles de l'affinité organique entre le sang et les prîncîjies constituants des organes , d'où s^ ensuit la décomposition de certaines parties de ces mêmes organes, qui sont Remplacées par l'action de la force organique sur do nouvelles substances nutritives.
Sourcrs de la niatîèrG organique et dès forces organiques.
Les aliments des animaux sont des matières déjà douées. d'une compOHition oi>;â*
^«e, qui proviennent du r(*gne animal et du règne végétal» Ceux des végétant
W aussi des substances provc^nant d'autres vég<*taux ou d'animaux , et non entiè-
''"wrt décomposfHH; , mais dont le.*i plantes ne s'emparent qu'après qu'elle ont été
3/4 0 PaOLÊGOMl^.NES.
rc*duiU\s 011 combinaisons binaires, en carbonate ammoniquc. Les aliments des plantes sont l'acide carbonique, Tamoioniaquc et Teau. PriesUey, Ingenbousz, Senebier et Saussure ont prouvé que Tacide carbonique nourrit les végétaux ; les feuilles et les parties vertes de ces êtres l'absorbent , et exhalent du gaz oxygène, ce (|ui , joint à l'absorption de l'eau , fait que la plante augmente en [)oidL Les feuilles ont le i>ouvoir de s'emparer de l'acide carbonique et d'exhaler de l'oxygène, alors mî^mc qu'elles sont séjKirées du végétal vivant (1). Si les plantes, quand on les iK)urrit uniquement d'acide carbonique , prosj)èrent i)eu , fleurissent et fructifient rarement, c'est, suivant la remarque de Liebig, parce qu'elles ont besoin aussi de sels et d'une combinaison azotée , l'ammoniaque , |)our se développer et IMuir former di\ erses de leurs |)arties. On a admis ))endant longtemps que l'humus et Facide humique , qui se forment dans la terre par la décomposition des substances végétales , sont la principale matière alimentaire des végétaux. Liebig a renversé c-ette croyance par son Iraité de chimie organique ^ ouvrage qui a causé une réforme totale dans la science chimique , et qui est devenu non moins important pour la physiologie animale. Le fait qu'une quantité considérable de carbone est soustraite chaque année à une forêt, à une prairie, sous forme de bois et de foin , mais que cette quantité est continuellement restituée , et que même le sol devient plus riche en carbone par l'augmentation de l'humus, démontre déjà que l'acide carbonique est la véritable soiu*ce du carbone des végétaux ; cet acide est en partie exhalé par les animaux, en partie dégagé ])ar la décomposition dcsnut iéres animales et végétales ; les feuilles le prennent dans l'air, où vivent les animaux , où s'effectuent les combustions et les putréfactions , et les racines le puisent dans le sol, avec l'eau. Quant à la source de l'azote des plantes, c'est, d'après les recherches de IJebig, l'ammoniaque à laquelle la décom])osition des matières animales donne naissance. L'azote de l'air atmosphérique ne saurait jouer un rôle dans le travail assimilateur des végétaux et des animaux , puisque les o|)érations chimiques les plus violentes ne sont |)as capables de lui faire contracter combinaison avec aucun élément autre que l'oxygène. Une ])ropriété rurale bien conduite, qui trouve en elle-même les moyens de s'entretenir sans avoir recours à des apports du dehors, augmente continuellement, d'après Liebig, la somme d'azote quelle l)0ssède sous forme d'Iiommes, d'animaux « de grains, de fruits, d'excréments. Chaque année , les produits de cette économie prennent la forme de céréales et de bétail. L'accroissement de la quantité d'azoU; ])ar les plantes ne peut avoir sa source que dans Tatmosphère ; l'ammoniaque produite j)ar la décomposition de millions d'hommes et d'animaux est celle de cet azote ; Talcah existe à l'état de
(1) Schiiltz a prélolidu naguère que Tacide carbonique n'est presque pas décomposé parles pl.tnteit, el que l'oxvf^ne exhalé par relles-d , sous Pinfluence des rayons solaires, n'n pas cet ncldc pour ori(;ine, mais qu'il lire sa source des composés orf^niques conlenusdans les sucs de$ végétaux, comme les acides tartrique et oxalique Boussingault, qui a répété ces expériences, a vu que de5 Teuilles rruichcs, mises en présence de Tacide carbonique, occasionnent un dégagement abondant de gaz oxygène, landis qu'elles n'en produisent qu'un insignifiant quand on ki plonge, soit dans l'eau pure , soit dans diverses dissolutions. En confirmant ainsi ce qu*on sa.fak défi, il pense que la différence des résultats obtenus par ScliuKz tient à la grande fadlité «Tec laquelle les feuillet t'altèrent, car H a remarqué qu'au bout de quelques heures s'opère on 4(gi* gement d'acide carbonique qui n'est plus le résultat d'une exhalation normale, mait le d'une décoœpoMtion coanneorante, ( iVoie du tmd, )
SOURCES DE LA MATIÈRE ORGANIQUE ET DES FORCES ORGANfl^UES. 35
gaz dans Talmosphèrc , cl, cliaquc fois que la vapeur aqueuse se réduit eu eau., hii-ménie se condense tout entier ; la pluie Tamèuc sur terre , et en effet toute eau de pluie contient de Tammoniaque.
Le fait que les végétaux se nourrissent , non de combinaisons organiques déjà existantes , mais de combinaisons binaires , acide carbonique , ammoniaque , eau , <[u*i]s convertissent en matière organique , est de la plus haute importance |)our la physiologie générale des êtres organiques. Il nous montre comment la nourriture des animaux se conserve , et nous dévoile Tintime connexion de la nature organique avec la nature inorgani(iue. Les animaux décomposent sans cesse une grande quantité de matières organiques , (|ui sont au moins incapables de leur servir, et que les végétaux seuls convertissent en combinaisons organiques utiles à la tie animale. Gomme la combustion et autres modes de décomposition réduisent continuellement une masse énorme de matières végétales en combinaisons binaires et en éléments, les aliments des animaux et végétaux vivants iraient toujours en diminuant , ai les plantes ne possédaient pas réellement le pouvoir de reproduire de la nutière organique avec des éléments et des combinaisons binaires. Donc , d'après tout ce qui précède , on ne peut pas admettre qu'il n*y ait d'autre matière organique que celle qui a existé tout d'abord , et que celle-là circule sans cesse dans le monde végétal et le monde animal , en passant d'un être à un autre. La décom- |)osition incessante de corps organiques suppose l'aptitude des plantes à former de nouvelle matière organique avec des combinaisons binaires et avec des éléments.
Maintenant la force organique se multiplie dans l'accroissemenl et I9 prqiagation des corps organisés (car d'un être il en nait beaucoup d'autn>s, et de ceuxci bien d'autres encore), tandis que, d'un autre côté, la force organique des corps qui meurent semble s'anéantir. Mais comme la force organique ne se borne pas à passer d'un individu dans l'autre ; comme une plante , après avoir procréé annuellement les germes d'une multitude de nouveaux produits de même espèce qu'elle, peut encore rester productive, eu d*autres termes apte à la même production, la source de l'augmentation de la force organique parait résider aussi dans l'organisation de matières nouvelles, et, cela accordé , puisque les plantes forment (le nouvelles matières organiques avec des substances inorganiques sous l'influence de la lumière et de la chaleur, ou devrait leur attribuer le |Kmvoir d'accroitre aussi la force organique aux dépens de causes inconnues du monde extérieur, tandis que les animaux peuvent aussi la reproduire à l'aide des aliments , sous l'influence des incitants de la vie , et l'individualiser par la propagation. Nous ignorons complètement si, dans l'exercice de la vie, outre la décomposition continuelle de substances, il y a aussi déperdition de force organique, et, dans le cas de l'affirmative, comment cotte perte s'opérerait ; mais ce qui ])arait certain, c'est que, quand les corps organiques meurent,' la force organique se résout en des causes ntlurelles générales, d'où elle semble être régénérée |)ar les plantes. Si Ton refusait de croire à la multiplication de la force organique par des sources inconnues du monde extérieur, dans les corps organiques existants, il faudrait admettre que son apparente multiplication infinie dans l'accroissement et la propagation n'esl qn'uae évolution de germes emboîtés les uns dans les autres, ou su|)|)06ex, ce qui serait incompréhensible, que la division de la force organique qui a lieu dans la pro|)agatîon n'affaiblit pas son intensité ; mais il resterait toujours celait
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<luo la moi*t dos corps organisés rend coatinuellomont une rortaino quantité do force organique inactivc, ou la résout en ses causes physiques générales.
I)K i;01\GAMSx>iE ANIMAL ET DE LA VIE ANIMALE.
Analogies et diflërcoces des Tégélaux et des animani. -
Déreloppement, accroissement , excitabUité , propagation, caducité, sont les phénomènes généraux do tous les corps organisés et les conséquences de Forganisatioii. Mais les animaux possèdent d'autres propriétés , qu'on peut a}^Ier animales^ par opposition aux propriétés organiques ou générales. Les principales de ces propriétés sont celle de sentir et celle de se mouvoir volontaireitient A h vérité, on ne saurait refi/ser tout à fait le mouvement aux végétaux i car leur organisation s'accompagne de mouvements imperceptibles. II y a chez eux dos sucs cfui circulent ; ils se tournent vers la lumière ; leurs racines s'allongent pour aller gagner un meilleur sol ; quelques uns grimpent le long des corps qui peuvonl leur senir de soutien ; leurs étamines s'inclinent vers le pistil au temps de h fécondation , et mOme beaucoup de plantes , les acacies surtout , montrent dans leurs pédoncules un mouvement sollicitable par des excitations ; phénomènes qui répètent la loi générale que les parties organiques douées de certaines propriétés irritables les manifestant de la même manière , malgré la grande diversité dos excitants. En effet, les influences mécaniques, galvaniques et chimiques, l'alcool, les acides minéraux, Téther, l'ammoniaque, les changements de température, l'action de la lumière, produisent le même résultat (i). Enfin, le sainfoin oscillant, outre l'influence générale de la lumière sur le mouvement de sa foliole médiane, en exécute encore un continuel d'élévation et d'abaissement de ses deux petites filioles latérales, sans que ces phénomènes exigent d'incitations extérieure Quelques uns même des végétaux les plus inférieurs, comme les osciilaires, se balancent continuellement à la manière d'un pendule.
I^s mouvements des filets d'étamines et des pédoncules ont trop d'analogie avec l'irritabilité dos muscles pour qu'on ne compare pas les deux phénomènes l'un avec l'autre. Lindiey et Dutrochet ont reconnu que l'irritabUité, chez les acacies, a pour siège la substance corticale d'un renflement situé aux articulations des pidoncules , et qu'on n'observe que chez ceUes de ces plantes qui soût irritables. Tout mouvement cesse après l'ablation de cet organe ; la section de la moitié supérieure du bourrelet permet encore le redressement, mais rend l'abaissement impossible. Dutrochet croit, d'après cela, que l'élévation et l'abaissement résultent de courbures en sens inverse dans l'écorce du renflement. Ainsi une feuille se dresserait quand l'écorce de la moitié inférieure du bourrelet deviendrait plus convexe que celle de la moitié supérieure , et s'abaisserait lorsque la courbure de l'écorce augmenterait dans la moitié inférieure. Les feuilles se dressent aussi et s'api^iquent les unes contre les antres dans ce qu'on appelle le sommeil des plmtes. Cette situation paraît être le résultat du défaut d'excitation de la part de
(4) TncTiiiMfrK, BMof/if, t. V, p. Î0I-2ÎP.
A^AL0G1ES ET DlFFÊREiNCES IIES VÉGÉTAL \ Kl DES AMMAUX. 37
la lumière sur la £acc supérieure des feuilles, eu sorte que le côté opposé, moins dépeodant de la lumière, obtiendrait alors la irédominance.
Il y a donc, chez les végétaux, des organes analogues, soit aux muscles des am* maux, soit aux parties de ces derniers, qui sont susceptibles de s*ériger par un afllux de liquides.. Mais les mouvements animaux ne résultent pas uniquement d'actions du stimulant sur des parties irritables ; ils sont encore provoqués, dans des parties mobiles, par des déterminations internes qui partent d'autres parties non mobiles, les nerfs. Dutrochet (1) a bien vu que quand il dirigeait le foyer d'un verre bi-convexe sur une seule feuille d*acacic , l'impression se propageait peu à peu aux autres feuilles et bi*anches, et il considère les fausses trachées comme les organes conducteurs de l'impression ; mais on pourrait également attri^ buer ce rôle aux simples cellules végétales, et, chez les animaux aussi, il y a des |)hénomèiies de communication d'états qui, totalement indépendants des nerfs, résultent du conflit entre les molécules des tissus, qu'on peut com})arer aux cellules végétales.
La faculté locomotrice des animaux a encore cela qui la distingue, que certains iikouvements organiques ne dépendent pas seulement de l'organisation harmoniquo (lu tout, mais s'exécutent en vue d'un but déterminé par un organe unique, cehii des manifestations de l'âme, c'est-à-dire qu'ils sont volontaires.
D'uu autre côté, il ne faut pas confondre l'excitabilité avec la sensibilité. Les xégétaux sont excitables , mais ils ne sont pas sensibles : un nmscle séparé du cor|)s est encore irritable, mais il n'est plus sensible. Or, on ne peut admettre le s(*utiuient cliez les végétaux, qui n'ont pas la conscience d'eux-mêmes. .Manifestations de sentiment et mouvement volontaire sont le seul trait caractéristique des animaux les plus simples. Les animaux composés ont souvent la fonne rameuse d'un végétal et un même tronc implanté dans le sol ; mais les facultés individuelles de 'eliaque pcrfype, les mouvements volontaires de chacun des animalcules qui reposent sur le tronc commun, témoignent seulement qu'il y a là une organisation animale luidtiple , et n'anumicent rien de végétal. Les mouvements des iufusoires sont libres et volontaires. Si donc, à l'égard de certains êtres organiques simph^s, les rfNHiges et plusieurs alcyons, on paraît être dans le doute de savoir s'ils sont de nature végétale ou animale, l'absence de tout mouvement volontaire, soit dans lensemble, soit au moins dans quelque partie, doit décider la question, et mieux vaut rapporter le corps aux productions marines végétales qu'au règne animal. Il est vrai qu'on peut objecter que, suivant Grant (2), l'embryon des éponges exécute (les mouvements, an moyen de cils, comme celui des polypes et des coraux ; mais nous n'avons pas de caractères suffisants pour distinguer les embryons d'épongés des infusoires marins, et d'ailleurs des mouvements pareils ont déjà été vus plus d'une fois dans les embryons de véritables végétaux, tels que les algues. Trentepohl a observé ce phénomène sur \Ectosperma clavata, et G.^R. Treviranus sur la Conferva limom (3). Naguère encore, IJnger l'a étudié, avec toutes les transitions possibles (^), sur VEctosperma clavafa, et il parait que les corpus-
(1) Mémoire sur les végétaux et les animaux , Paris, 1837, l. I.
(3) Kdimk philos. Journ,, vol. XIII , p. 382.
(3) Biologie y t. IV, p. S3Â.
ih) Noo, aet, nat. cur,, t Xill , part, ii , p. 789.
cules, d'abord mobiks, se transforment en des algues semblables à celles dont ib pro\enaient, comme le pense aussi Treviranus, qui ne croit pas, comme Yaucher, qu*il ait pu y avoir là d'îBusion causée par des infusoires (i). De même, les zoocarpées de Bory-Saint- Vincent représentent des filaments articulés d*oà sortent des corpuscules reproducteurs mobiles, qui redeviennent des végétaux, dont ce naturaliste fait, ainsi que des arthrodiées, un groupe intermédiaire entre les animaux et les plantes. Les mouvements des œufs des zoophytes au moyen de cUs ne peuvent point être considérés comme volontaires. Les vibrations des cils qui garnissent les branches de quelques animaux inférieurs sont le même phénomène. D*après les recherches de Nitzsch (2), quelques infuaoires végétaux et animaux auraient beaucoup d*aflBnité entre eux. Ainsi la Baciliaria pectinaiis se comporterait tout à fait comme des liantes , et d'autres espèces du même genre comme des animaux. Khrenberg, au contraire, a positivement déniratréia nature animale des badHaires, et il n'admet pas de pareille affinité entre les deux règnes. Il ajoute aussi que les mouvements actifs des algues ne doivent pas éveiller l'idée d'animalité ; jamais il n'a vu les semences mobiles de ces êtres prendre la moindre nourriture sofide, et c'est en cela, suivant lui, que l'algue qui jette des graines diffère de la naonade qui tourbillonne autour d'elle, conune l'arbre diflère de l'oiseau (3). R. Wagner est arrivé à la même manière de voir par ses propres observations : U fait remarquer que le mouvement de ces corpuscules reproducteurs ne peut être regardé comme ayant rien d'animal, quiMqu'il paraisse plus surprenant que le mouvement oscillatoire de quelques végétaux inférieurs, les osciUaires.
Les organes par lesquels ont lieu les sensations et les déterminations au mouvement volontaire , par conséquent les fonctions animales des animant, constituent le système nerveux. Les organes des animaux paraissent dépendre tout autant des nerfs que les plantes de la lumière. Jusqu'à présent les nerfs n'ont été suivis, hors de la grande série des vertébrés, que chez une partie des invertébrés, et l'on s'accordait à penser que les animaux inférieurs n'en ont point, que leur substance simple se meut et digère à la fois dans chacune de ses parcelles. La grande divisibilité des êtres simples semblait réellement venir à Tappni de cette hypothèse. On ne connaissait pas les nerfs des infusoires, des coraux, des polypes, des acalèphes. Mais Ëhrenberg a fait la grande découverte de la complication de la structure chex les animaux des dernières classes, les infusoires (6). Les plus simples de ces êtres lui ont offîert une bouclie et un estomac composé ; d'autres, une bouche, un intestin et un anus : il a même aperçu , chez les rotifères, qui sont plus parfaits, et cliez quelques infusoires, des espèces de dents à la bouche, des organes végétaux mâles et femeUes, des muscles, des ligaments, des traces de vaisseaux et de nerfs, et des points oculaires. Ces peints oculaires, qu'il a trouvés aussi chez les astéries et les mMuses, ont une importance toute particulière dans la controverse relative au système nerveux des animaux les plus simples. Gomme il en existe à la tête, chez les planaires, qui sont déjà bien plus compliquées, ainsi que chez beaucoup d'an-
(4) Voy. Trrvirani'S, Riologie, i. IV. — Rr$eheinungen uhd Gesetzede» organitchen Lebent, p. 51 et 183.
(2) Beitrage tur Infusorienkunde» llollc , 1817.
(3) POGGENDORKF^S ÀnHaleH, 1839, 1.
Ik) Ehrbmdbiic, Organisation der 1 h fuiioHêthUrckeH. Bvriiu, 183U.