VI PRÉFACE
mathématiques, astronomie, physique, chimie, forment le tronçon initial de la véritable philosophie; ce fut , à Vépoque de la création , on grand service rendu à la pensée humaine que cet établissement d'une doctrine cohérente , déjà fort étendue et pure de tout alliage, soit théologique, soit métaphysique. Mais, justement parce que ce n'était qu'un tronçon sans aboutissant encore connu, la vertu initiale s'épuisa rapidement; et, aujourd'hui que, parmi les hommes voués à la culture des sciences inorganiques, tout sens de généralité est nécessairement perdu, on reforme cette école à rebours de l'esprit qui a présidé à sa naissance , hâtant dès lors sa décadence loin d'y remédier. En biologie , seconde part de l'enseignement supérieur, on laisse de côté toute cette portion jusqu'à présent fort bien enseignée à l'École polytechnique, ou du moins on n'en prend qu'une teinture fort insuffisante , de sorte que la base de toute étude biologique , à savoir la connaissance exacte des lois du inonde inorganique , fait défaut ; l*esprit , introduit dans ce vaste ensmnble des phénomènes vitaux, n'en saisit pas les liaisons nécessaires avec le vaste de Tordre naturel. Enfin l'étude des lois, de l'administration, de l'éco* nomie politique , étude qui , au fond , n'est pas même une ébauche de la ^véritable science des sociétés, se trouve dans une situation encore plus rudimentaire ; car à ceux qui l'abordent on ne demande qu'une simple préparation littéraire et métaphysique. On verra bientôt (et c'est une notion capitale pour comprendre nettement ce qu'est la biologie) quelle place elle occupe entre les études inorganiques et les études sociales ou historiques (ces deux termes sont synonymes).
Le système des êtres vivants est l'objet de la biologie (i). Cette définition montre immédiatement que les végétaux font partie intégrante de la science, qui comprend ainsi trois groupes : la végétalité, l'animalité, l'humanité. Ces groupes sont ainsi rangés d'après leur indépendance décroissante et leur composition croissante. Les végétaux sont tout à fait indépendants des animaux et do riK>mme, et l'on pourrait concevoir notre planète ou toute autre planète comme peuplée uniquement de plantes, sans aucun mélange d'animaux ; ils sont en nnême temps plus simples, puisqu'ils n'offrent que la vie végétative, et que toute l'activité vitale s'y borne à la nutrition et à la reproduction. Les animaux sont dans une dépendance étroite de la végétalité, car ce n'est que par cet intermédiaire qu'ils peuvent s'assimiler les matériaux inorganiques , en même temps ils sont beaucoup plus complexes , ajoutant au fondement végétal, sans lequel aucune existence vivante ne saurait être conçue, les facultés de se mouvoir et de sentir. Enfin l'humanité se détache à la fois sur le fond de la végétalité et sur celui de l'animalité; elle n'est pas concevable sans Tune et sans l'autre, puisque l'alimentation carnassière lui est indispen-
PRÉPAGK. VII
iriria; et elle est plus oomplexe que l'une et l'autre, puisqu'elle offre à étudier on organiiine eoUecUf qui manque pour les espèces animales même les plus élevées. L'espèce humaine est la seule qui ait une histoire véritable et qui se fiOPStitiie eu une existence immense et permanente assez forte pour conquérir la domination du globe, et assez cohérente dans son passé, son présent et son '«venir, pour devenir une unité réelle aux yeux de la science (1). lii est la diffirenoe essentielle entre l'animalité et l'humanité, le caractère qu^ manque absolument dans la première et appartient exclusivement à la seconde; de mtaie que la motilité et la sensibilité sont le privilège de l'animalité en oppofttion avec la végétalité.
Cas trois groupes forment une série manifeste, une échelle où, comme je raidit en commençant, croissent la dépendance et la complexité. Dans le sein de chaque groupe une hiérarchie est démontrable; l'immense population végétale est la mqins caractérisée à cet égard en raison même de sa simplicité plus grande. Néanmoins les cryptogames, les monocotylédones et les dicotylédones, oArent des degrés dans l'organisation de la vie; à plus forte raison oela est-il vrai pour l'animalité: les invertébrés d'abord , puis les vertébrés, et, parmi les* vertébrés, les poissons, les reptiles, les oiseaux et les mammiftrcs. permettent à l'esprit scientifique de se représenter une classification ■Satisfaisante et de se procurer une intuition des lois qui président à l'animiilité. Le dernier groupe, quoique ne renfermant quune espèce, n'en est pas moins susceptible de se décomposer en degrés successifs. Ce n'ef t pas que je veuille parler d'une inégalité essentielle entre les diverses races d'bwunes, inégalité qui ne me parait pas avoir été constatée ; mais je veux parler des degrés qu'offrept les populations humaines , soit qu'on les ocMuidère actuellement telles qu'elles sont disséminées sur le globe depuis l'Européen jusqu'au sauvage de la Nouvelle-Hollande ; soit qu'on étudie daps le passé les stations diverses de l'évolution humaine depuis nos plus grossiers ancêtres jusqu'aux modernes les plus civilisés. Ces trois groi^pes (végétalité, animalité «humanité), examinés dans leur coordination et dans leurs propriétés, donnent une idée fondamentale de ce que M. Comte a si heurei^ement nommé la théorie (Astraite de la vie (2).
Il faut descendre plus avant dans le détail du sujet. La biologie offre deux grandes coupes, l'état statique ou anatomie, l'état dynamique ou physiologie. Ceci n'est, à la vérité, qu'une pure vue de l'esprit, qui subdivise afin de saisir ; mais, au fond, elle n*est pas réelle. L'anatomie et la physiologie ne sont rien l'une sans l'autre.
(A) Voysi ar cet aperçu let pages prefoodes où bf. Aug. Comte Ta établi dans loale sa uoaveaulé et toute son importance. {Système d$ politique poêiticç^ 1851, t. I*% p. 638. Paris.) (3)ià.,p.585.
Vni PRÉFACE.
L'anatomie se partage eu générale et en spéciale. La première étudie les éléments, les tissus et humeurs, les systèmes ; la seconde étudie les organes , les appareils, et enfin le corps tout entier (1).
Les éléments, dit M. Ch. Robin, senties dernières parties auxquelles on puisse par l'analyse anatomique , c'est-à-dire sans <lécomposition chimique, mais par simple dédoublement successif, ramener les tissus et les humeurs, et par suite toutes les autres parties du corps; ou, vice versa, les corps irréductibles anatomiques, qui, par leur réunion, constituent les tissus et les humeurs, et consécutivement toutes les autres parties de l'organisation, à l'aide de dispositions nouvelles et de plus en plus compliquées. Ces corps sont de deux ordres : l"* les éléments anatomiques, derniers corps auxquels les tissus puissent être ramenés anatomiquement, qui diffèrent, par leurs caractères, de tous les corps inorganiques, et sont décomposables en principes immédiats; on vice versa, corps solides ou demi-solides, très petits, formés par la combinaison complexe de plusieurs principes immédiats , présentant un ensemble de caractères sans analogues dans le règne minéral et constituant spécialement les tissus; 2^ les principes immédiats, derniers corps solides, liquides ou gazeux, auxquels on puisse, par la saine analyse anatomique, ^ramener, sans décomposition chimique, mais par coagulation et cristallisation successives, les diverses humeurs, et secondairement par décomposition les éléments anatomiques ; ou, vice versa, composés chimiques, définis ou non, généralement très complexes, gazeux, liquides ou solides, constituant par dissolution réciproque les humeurs , et secondairement par combinaison spéciale les éléments anatomiques. Les tissus et humeurs sont des substances ou parties complexes par lesquelles sont formés les systèmes et qui se décomposent en parties constituantes, éléments et principes organiques irréductibles anatomiquement ; ou , vice versa, des corps ou substances résultan t de l'enchevéti^ement réciproque, du mélange et de la combinaison des parties constituantes, tant principes immédiats qu'éléments organiques, et dont l'ensemble forme autant de systèmes. Ces substances sont de deux ordres : l"* les tissus, parties solides formés par la réunion avec enchevêtrement ou simple contiguïté des éléments anatomiques ; 2"* les humeurs, parties liquides ou demi-liquides, formées par le mélange et la combinaison des principes immédiats, et tenant ordinairement des éléments anatomiques en suspension. Les tissus et les humeurs présentent un égal degré de complication dans leur organisation, et ne diflèrent que par leur état solide ou liquide, et le mode d'union de leurs parties, qui est en rapport avec les difierences physico-chimiques des principes immédiats et des éléments anatomiques; leur élude appartient donc à une même branche d'anatomie. Les systèmes sont les parties du corps qui con-
(I) Voyez les Tableaux d^amitumiCi deCh. Robin. Pur». 1851.