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PRÉFACE

Le temps n'est plus où le médecin pouvait considérer comme accessoire l'étude des sciences physiques, cette étude est devenue d'une incontestable nécessité.

Pour connaître l'organisation des êtres vivants, pour expliquer surtout les phénomènes si variés dont ils sont le siège, le physiologiste s'appuie constamment sur les lois de la physique, dont il emprunte aussi les appareils.

Quoique certains procédés de la nature soient spéciaux, quoique nous ne trouvions, par exemple, parmi les corps bruts, aucun fait analogue à celui de la contraction d'une libre musculaire, élément de la force dans l'organisme animal, cependant, pour mesurer le travail d'un muscle, pour caractériser les mouvements qu'il produit, pour déterminer la durée de ses contractions, et même pour l'exciter, nous employons toujours des appareils et des procédés physiques.

i PRÉFACE.

C'est donc au point de vue des applications de la physique à la physiologie et à la médecine, que je me suis placé pour la rédaction de ce Manuel de physique médicale, et s'il y a dans cet ouvrage des chapitres qui paraissent étrangers à la science de la vie, c'est parce qu'il est des connaissances générales que l'homme instruit ne peut ignorer et qui peuvent devenir dans un temps plus ou moins rapproché la base de nouvelles et importantes applications.

L'étude de la physique offre encore pour le médecin un autre avantage ; elle donne l'habitude du raisonnement fondé sur l'observation et sur l'expérience, et développe l'esprit scientifique qui, au milieu des phénomènes si complexes que présentent les êtres vivants, fait éviter l'erreur, et conduit presque à coup sûr à la découverte de la vérité.

Dans un ouvrage élémentaire comme celui-ci, je me suis attaché à énoncer les propriétés des corps et à les démontrer le plus simplement possible, et j'ai dû éviter de longs développements mathématiques. On a imprimé en petits caractères certaines parties qui traitent de points moins importants. Dans l'optique, j'ai remplacé les déductions que l'on peut tirer par le calcul des lois fondamentales de la réflexion et de la réfraction de la lumière, par des constructions géométriques qui représentent à la vue la marche des rayons lumineux déduite directement des mêmes lois ; j'ai ainsi évité des formules

PRÉFACE. ni

assez compliquées dont il est difficile de charger la mémoire.

J'espère avoir comblé une lacune qui existait parmi les ouvrages élémentaires qui sont à la disposition des élèves. Le désir d'être utile aux étudiants a été le principal mobile qui m'a décidé à la rédaction de ce Manuel.

N. GRÉHANT.

Paris, 1er janvier 1869.

MANUEL

DE

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

Les corps se présentent à nous sous trois états différents : l'état solide, l'état liquide, l'état gazeux.

État solide. — Les corps solides sont formés de parties qui sont réunies par une force qu'on appelle la cohésion, et pour séparer ces parties il faut exercer un effort plus ou moins grand ; aussi les solides ont une forme et un volume déterminés.

État liquide. — Les liquides sont formés de parties que Ton sépare avec la plus grande facilité ; le doigt enfoncé dans l'eau prend la place du liquide qui fuit, mais retirons le doigt, une goutte d'eau reste adhérente ; dans cette goutte nous distinguons des couches superposées de liquide, et c'est encore une force de cohésion qui les réunit et les empêche d'obéir à l'action de la pesanteur. Les liquides occupent dans l'espace un lieu déterminé qui est leur volume, mais ils ont une forme empruntée à celle du vase qui les contient.

Le volume des liquides et celui des solides diminue peu quand on les comprime.

État gazeux. — Les parties qui forment les gaz sont très-mobiles les unes sur les autres, se rapprochent beaucoup si on les comprime, et tendent à s'écarter de plus en plus à mesure que Ton diminue la pression qu'elles supportent. Ces propriétés des gaz sont mises en évidence par deux expériences :

1° On donne le nom de briquet à air au tube cylindrique de cristal épais (fig. 1), dans lequel pénètre un piston dont le diamètre est égal à celui du tube. On enfonce le piston, l'air contenu

GBÉHANT. 1

2 NOTIONS PRÉLIMINAIRES

qui est séparé de l'air extérieur diminue de volume; on cesse de presser, le volume du gaz .s'agrandit, le piston est repoussé jusqu'à l'entrée du tube : c'est la force élastique du gaz qui détermine ce second mouvement.

FlG. i .

liriquet à air,

FiG 2.

Vessie sous une cloche de la machiue pneumatique

2° Une vessie (fig. 2) fermée ne contenant qu'une petite quantité d'air est placée dans une cloche dont on enlève l'air : la vessie se gonfle aussitôt au point de remplir toute la cloche ; c'est la force élastique de l'air laissa dans la vessie qui a repoussé ses parois, lorsque la pression qui s'exerçait sur la surface extérieure a diminué.

Phénomène» physiques. — Phénomènes chimique». — Les phénomènes que les corps matériels offrent à l'observation peuvent se ranger en deux classes : les uns, physiques., ne changent pas la nature intime des corps, mais peuvent leur donner un état ou des propriétés passagères ; ainsi l'eau pendant l'hiver se recouvre d'un corps solide, la glace, et aux premiers rayons du soleil, la glace redevient liquide. Les autres, phénomènes chimiques, changent profondément la nature et les propriétés des corps ; une barre de fer exposée à l'air humide perd bientôt son éclat, la surface devient terne, rougefttre ; la rouille apparaît, envahit tout le métal qui n'offre plus ni l'aspect, ni la ténacité du fer.

NOTIONS PRELIMINAIRES. ;i

Les phénomènes que nous observons sont complexes ou se renouvellent rarement. Il est avantageux de placer les corps dans des conditions spéciales bien définies : on Tait alors une expérience qui manifeste des phénomènes déterminés, physiques ou chimiques, que souvent l'observation seule n'aurait jamais révélés.

Exemple : Frottons un bâton de résine avec une peau de chat, aussitôt la résine attire les corps légers, le papier, les barbes de plume ; le phénomène produit ne change en rien l'aspect ni l'ensemble des propriétés du corps frotté : c'est un phénomène physique.

Chauffons dans un tube un corps solide appelé oxyde de mercure : nous obtenons un liquide, le mercure, et un gaz, l'oxygène, qui n'ont plus les propriétés du premier corps ; nous avons produit par cette expérience un phénomène chimique.

Le résultat de l'expérience est invariable toutes les fois que les corps sont placés dans des conditions identiques.

La physique s'occupe des phénomènes qui n'altèrent pas la nature des corps et des lois auxquelles ces phénomènes obéissent.

Nous diviserons l'étude de cette science en plusieurs parties qui sont :

i° Propriétés générales des corps et notions de mécanique.

2° Pesanteur comprenant l'hydrostatique et l'hydrodynamique.

3° Chaleur.

U° Phénomènes moléculaires et acoustique.

5° Électricité,

6° Optique.

Ces divisions formeront six livres.

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