CHAPITRE V
Transmission des diverses chaleurs à travers l'eau. — Après avoir mesuré les quantités de chaleur qui se trouvent dans les diverses parties du spectre calorifique, Melloni eut l'idée de placer une cuve à faces de verre pleine d'eau sur le trajet des rayons réfractés, entre le prisme et la pile ; il reconnut que la chaleur qui accompagne les rayons violets n'est pas absorbée par le liquide; l'absorption est manifeste pour les rayons calorifiques qui accompagnent les lumières jaune orangé et rouge ; cette absorption est très-grande pour les rayons de chaleur obscure, de telle sorte que Veau absorbe toute la chaleur qui existe dans une bande obscure située à la même distance du rouge que le violet.
On appelle diathermanes les corps que la chaleur peut traverser, et athermanes ceux qui ne la laissent point passer. L'eau est diathermane pour les rayons de chaleur lumineuse, tandis qu'elle est athermane pour certains rayons de chaleur obscure.
Mesure de la quantité de chaleur qui traverse une lame diathermane. — L'appareil de Melloni permet de mesurer facilement la quantité de chaleur que laisse passer une lame diathermane. On dispose sur la règle horizontale comme le représente la figure 466 une lampe de Locatclli L, la pile P et le diaphragme D; en abaissant un écran on fait tomber sur la pile un faisceau de rayons qui l'échauffé et produit une déviation de 18°, par exemple. Puis une lame diathermane, une lame de verre je suppose, est disposée verticalement sur une petite table entre la source de chaleur et la pile, aussitôt la déviation de l'aiguille aimantée diminue et devient 15°. Les déviations étant proportionnelles aux quantités de chaleur qui frappent la pile dans les deux cas, il en résulte que sur 18 rayons qui se sont présentés à la face antérieure du verre il y en a 15 qui ont traversé et 3 ont été ou réfléchis ou absorbés.
En disposant successivement derrière la première lame une seconde, une troisième et même une quatrième lame de la môme substance, Melloni reconnut que la chaleur qui a traversé la première lame est absorbée en moins grande proportion par la seconde que par la première ; que celle qui a traversé deux
Fie. 466.
Mesure de la quantité de chaleur que laisse passer une lame diatbermaae.
lames est absorbée en moindre proportion par la troisième que parla seconde, et ainsi de suite ; en d'autres termes, le rapport de la quantité de chaleur qui se présente à chaque lame à la
(MO il dans l'exemple choisi
plus haut) est d'autant plus voisin de l'unité que le nombre des lames déjà traversées est plus grand.
Transmission de chaleurs différentes à travers des lames de diverse nature. — M. Melloni a poussé plus loin l'étude de la transmission de la chaleur ; il fît tailler un certain nombre de diverses substances toutes d'une épaisseur égale à 2mm, 6, et les fit traverser par des rayons de chaleur venant de sources différentes. Il employa une lampe deLocatelli, une spirale de platine portée à l'incandescence par une flamme d'alcool, une lame de cuivre noirci chauffée à Î00°, enfin une lame de cuivre noirci formant l'un des côtés d'un cube de Leslie rempli d'eau maintenue à l'ébullition*
Les distances de la pile à chacune de ces sources employées successivement étaient telles, qu'avant l'interposition de la lame diathermane la déviation de l'aiguille aimantée était toujours la
même et répondait à une quantité de chaleur incidente qui est représentée par 100.
Voici le tableau des résultats obtenus par M. Melloni :