DES COURANS ÉLECTRIQUES, OU DES PHÉNOMÈNES ÉLECTRO-MAGNÉTIQUES
305. Nous venons de voir que la pile voltaique est une source constante d'électricité, et que par là elle exerce une grande influence sur les corps ; dans cette section , nous allons examiner ce qui se passe lorsqu'on réunit ses deux pôles au moyen d’un fil conducteur : on conçoit en effet que dans ce cas il ne doit point y avoir destruction d’électricité, mais production d’un courant, puisque la source du fluide est permanente ; ce fluide doit donc circuler sans cesse d’un pôle à l’autre; et quant à ses effets, on peut considérer ce courant comme double, lun, s’établissant du pôle positif au pôle négatif, et l’autre, en sens contraire, du pôle négatif au pôle positif.
On savait déjà que , dans ces circonstances , l’action électromotrice de la pile ne cessait point; ainsi, malgré que la tension électrique ne se manifeste plus alors à l’électromètre et au condensateur, on savait que les décompositions chimiques pouvaient encore se produire. M. Davy avait surtout fait connaître cet important phénomène d’incandescence, de chaleur et de lumière produit dans le vide, lorsqu’on place les deux fils conducteurs
des pôles de la pile à peu de distance, ou qu’on établit le circuit au moyen d’un charbon; ce corps brille alors de la lumière la plus vive; il en émane une chaleur intense, et cependant aucune combustion n’a lieu, aucun atome de ce corps n’est consumé ; nous avons déjà fait remarquer combien cette expérience avait d'importance, puisqu’elle peut totalement changer la manière d'envisager les phénomènes chimiques, et conduire à la découverte de la cause de la chaleur et de la lumière. Mais, quoi qu’il en soit, ces observations ne conduisaient à aucun résultat, lorsque M. Osrsted reconnut que le courant électrique agissait sur l'aiguille aimantée. Dès lors cette partie de la science devint le but des recherches d’un grand nombre de physiciens, et, grâce aux beaux travaux de MM. Ampère et Arago, changea totalement de face par la démonstration de l'identité du magnétisme et de l'électricité.
306 M. Ampère reconnut d’abord que les courans électriques se comportent exactement de même que des aimans, c’est-à-dire, s’attirent ou se repoussent réciproquement, selon qu’ils ont lieu dans le même sens ou en sens opposé; c’est-àdire qu’ils donnent lieu à des pôles différens, c’està-dire enfin qu’on peut les toucher sans leur faire perdre aucunes de leurs propriétés, ce qui distingue le conducteur des courars des conducteurs électriques ordinaires. Le conducteur mobile , qui avait fait reconnaître à M. Ampère l'attraction et la répulsion des courans, lui fit. voir que le globe, qui dirige les aimans dans un certain sens, qui sous ce rapport agit comme M. Oersted avait démontré qu’agissait Le fil conducteur, manifeste une action semblable sur les courans électriques. D'un autre côté, M. Arago montra que le fil conducteur des courans attire la limaille de fer, d’acier, de nikel, de cobalt, tous corps auxquels on à re-
connu la propriété magnétique, mais n’attire pas les autres corps légers absolument comme le ferait un aimant. Enfin il parvint à aimanter des barreaux d'acier en les soumettant aux courans d’un conducteur contourné en spirale, et même au moyen des décharges successives de la machine électrique ou d’une bouteille de Leyde ; en sorte qu’on peut dire que, par les expériences de ces savans, l’identité du magnétisme et de l’électricité est un des points de physique le mieux démontré. Il nous reste à cxposer comment on peut concevoir la production des phénomènes de ce genre.
907. Il résulte de ce que nous venons d’exposer que l’aimant , tous les corps magnétiques et le globe lui-même doivent être considérés comme des corps où règnent des courans électriques. On se rendra facilement compte des phénomènes, en supposant que dans tous les corps électriques ou magnétiques, en vertu de la décomposition du fluide , il s’établit des courans autour de chacune des molécules constituantes, mais que ces courans ont lieu tantôt régulièrement, tantôt irrégulièrement. Dans les corps où ils ont lieu irrégulièrement , et ce sont les corps électrisés ordinaires, il pourra y avoir des phénomènes d’accumulation et de décharge du fluide ; dans çeux où les courans s’établissent d’une manière uniforme, et ce sont les corps magnétiques, les phénomènes que: nous venons d’exposer se manifesteront : l’action de ces corps est la résultante de la combinaison de toutes les actions partielles des particules; ce que M. Ampère a prouvé, par le calcul, devoir exister nécessairement dans cette suppositon ; dès lors on conçoit comment ces actions, qu’on peut considérer comme s’exécutant dans deux sens différens, produisent deux pôles où chacune de ces actions est à son maximum,