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DE L'ÉLECTRICITÉ PAR CONTACT, OU DU GAL- VANISME

209. Nous avons déjà annoncé que le contact de certaines substances développait une électricité très puissante; en effet, c’est un des moyens d’isolement du fluide électrique des plus énergiques,

et par conséquent tous les phénomènes qui sont le résultat de cet isolement doivent s’y manifester avec la même intensité. Il parait que, dans certaines circonstances, tous les corps mis en contact deux à deux , et pour quelques uns les fragmens d’un même corps, dans des positions différentes, sont suscepiibles de développer de l’électricité , et dès lors on conçoit combien ces effets doivent se rencontrer fréquemment, combien aussi ils doivent avoir d'influence dans la production de nombreux phénomènes naturels. Mais, en nous bornant à ce qu'il y a de positif dans cette partie de la science, nous devons faire connaître quelles substances agissent avec le plus d'énergie et dans: quelles conditions; nqus indiquerons ensuite les principaux résultats de cette action. 6 900. Galvani fut le premier physicien qui remarqua le développement de l'électricité par le contact de deux substances; en préparant des grenouilles, les ayant par hasard touchées avec du fer et du laiton, il fut frappé des violentes contractions qui se manifestèrent dans leurs muscles, et des convulsions qui agitèrent leurs membres. Entre les mains de ce savant habile, cette observation ne demeura point stérile, et, en variant les expérierces, il reconnut que ces effets étaient dus au Tcontact de deux métaux , et se reproduisaient aussi lorsqu'on faisait communiquer un nerf et un muscle, d’où il conclut Pexistence d’une électricité particulière, qu’il appela animale, et qu’il supposait circuler lorsque des substances hétérogènes étaient mises en communication. Les physiciens, adoptant généralement ses idées, furent conduits à admettre un nouveau fluide, qu’ils nommèrent galvanique, du nom de celui qui en avait le premier découvert les effets.

Mais bientôt l’analyse plus exacte des .phénomènes démontra l'identité complète de l'électricité

et du galvanisme. Le célèbre Volta remarqua d’abord que les convulsions produites dans lés membres des grenouilles, et en général de tous les animaux, n'étaient manifestes que lorsqu'on mettait en communication les nerfs et les muscles, au moyen de deux métaux, de même qu’en appliquant sur chaque surface de la langue une plaque d’un métal différent, à l’instant du contact des deux plaques, on ressent une saveur particulière, et on aperçoit dans les yeux une légère étincelle. Ces remarques le conduisirent à penser que les convulsions de la grenouille et tous les phénomènes galvaniques étaient dus à ce que les deux métaux et en général deux substances hétérogènes prennent des états électriques différens , lorsqu'on les met en contact immédiat ; il en conclut aussi que la grenouille, et en général le corps conducteur interposé entre les deux substances, servait à établir la commmunicatiou entre elles, ce qui l’amena à la découverte de l'instrument si remarquable qu’on appelle pile de Volta, pile galvanique.

301. Le physicien que nous venons de citer, en essayant l'application de diverses substances, reconnut que le meilleur excitateur était le zinc mis en contact avec le cuivre où l’argent, et en communication par un liquide, et surtout un hi

uide acidulé ; en conséquence la pile, qui eut d’abord la forme d’une colonne, fig. 94, composée de disques de caivre et de zinc, soudés ou mis en contact, chacun de ces couples étant séparé par des rondelles de drap hnmide; qui fut ensuite composée de plaques de diverses formes et de diverses dimensions, renfermant également zinc et cuivre soudés ensemble, et plongeant dans une auge remplie d’un liquide acidulé ; que lon construit ordinairement aujourd’hui comme je représente la fig. 95, est toujours essentiellement

formée de zinc et de cuivre mis en contact intime, dans la vue de produire un développement d’élec- | tricité. Un appareil, composé d’une paire de plaques, fournit une quantité d'électricité insensible, et qu’on ne peut rendre appréciable qu’au moyen du condensateur; mais, en réunissant plusieurs paires au moyen d’un bon conducteur, comme un liquide acidulé, en leur donnant d’assez grandes dimensions, enfin en faisant communiquer un des élémens avec le sol, cet instrument agit avec une énergie remarquable. On sait que la quantité d’électricité développée, toutes choses égales d’ailleurs, c’est-à-dire le contact et la communication étant aussi parfaits que possible, est en raison de la quantité et de la surface des plaques (1).

302. Lorsqu'un appareil de ce genre est isolé, il ne peut puiser le fluide, qui prend deux états différens, que sur lui-même; il en résulte donc que la plaque centrale ne manifestera aucune tension électrique, et que celle des autres augmentera à mesure qu’elles s’éloigneront du centre, mais étant positive d’un côté et négative de l’autre. Si au contraire l’instrument communique avec le réservoir commun, C’est lui qui fournira le fluide décomposé, et alors la tension électrique augnrentera continuellement dans chaque plaque , à partir de celle qui est unie au sol : dans ce cas Pélectricité qu’on obtient est ordinairement positive lorsque c’est le cuivre qui communique avec le réservoir commun, et négative lorsque c’est le ZINC.

(x) M. Mollet, de Lyon, annonçait dernièrement qu'on obtient des effets tres énergiques avec un appareil composé d’un très petit nombre de pièces de cinq centimes et de disques de zinc semblables : il était parvenu, avec cette pile modeste, à décomposer l’eau.

309. L'identité de l'instrument que nous venons de décrire avec les machines électriques, mais avec ces machines, si elles pouvaient continuellement réparer leurs pertes, fournir par conséquent un courant continu, au lieu de décharges successives, est rigoureusement démontrée, puisqu'on peut y charger des bouteilles de Leyde, reconnaitre son action sur Les électroscopes, voir que la pile agit sur les électromètres précédemment électrisés, comme le ferait un bâton de résine ou de verre. Les effets de commotion, de combustion qu’elle présente sont aussi à peu près semblables; mais dans la décomposition des corps elle agit avec une puissance incomparablement plus considérable. C’est avec son secours que les chimistes modernes ont obtenu des résultats de la plus haute importance; ils ont décomposé l’eau , les oxides, les acides, enfin les alcalis et certaines bases qu’on avait jusqu'alors considérées comme des corps simples. Dans tous ces phénomènes , il paraît que l’action de la pile consiste à décomposer le fluide naturel contenu dans les corps, et à l'isoler dans chacun des élémens constituans ; il arrive alors que les élémens électrisés de la sorte positivement, s'accumulent au pôle négatif de la pile, et ceux électrisés négativement au pôle positif. Il est remarquable que l’oxigène, qui est le corps le plus universellement répandu dans la nature, manifeste toujours un état électrique négatif. [l est aussi bien remarquable que ces décompositions peuvent avoir lieu lorsque les fils qui amènent l'électricité des pôles de la pile ne se rendent pas dans le même vase; ainsi, dans la décomposition de l’eau , on peut obtenir l’'oxigène dans un vase et l'hydrogène dans un autre, en sorte qu’on est forcé d’admettre que l’un ou lautre de ces corps a été transporté d’un vase dans l’autre par l’action de la pile. C’est un phénomène

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des plus importans, mais qu’il est bien difficile d'expliquer dans l’état actuel des choses.

5o4. Les expériences des physiciens ont conduit à attribuer au galvanisme un très grand nombre de phénomènes présentés par les corps vivans ou organiques; mais aucun lien ne les unit; ils ne s'offrent jusqu’à présent que comme des hypothèses plus ou moins ingénieusess nous devons donc nous abstenir de les mentionner.

SECTION V

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