DU FROTTEMENT
A3. Lx frottement offre encore une multitude de phénomènes produits par la même cause que ceux que nous venons de faire connaître, et qui en sont une dépendance. On reconnaît l'effet de l'attraction moléculaire en voyant un corps à surface parfaitement unie et polie, glisser sur un plan incliné également bien uni, avec une vitesse incomparablement moins grande que celle qu’il devrait acquérir en vertu de l’action de la pesanteur, vitesse que donne la décomposition des forces p et p', fig. 12. Îl est évident que chacune des molécules de la surface des deux corps en contact ayant une tendance à se fixer l’une à l’autre, il doit en résulter une force totale qui contrebalance en partie l'effort de la pesanteur universelle ; et ce qui démontre que cette cause a beaucoup d'influence sur les effets du frottement , c’est que l’on reconnaît que son énergie est proportionnelle à la pression; dans ce cas, en effet, le contact doit être plus intime. On reconnaît aussi que cette énergie a plus de force entre des corps de même nature et qui sont demeurés en contact pendant quelque temps, comme si alors les rapports de sympathie avaient eu plus le temps de s'établir.
9. Mais nous avons vu que l’action de la force de cohésion ne s'étend que dans une sphère très bornée , n’a lieu qu’à très petite distance ; toutes les résistances que nous présentent les corps par leur frottement , lorsqu'on les fait glisser lun contre Jautre, ne peuvent donc s'expliquer par cette seule cause; mais alors ils dépendent d’une autre propriété générale que nous avons reconnue dans | les corps, c’est-à-dire de l’arrangement même de
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leurs molécules , de la porosité; et 1l est facile de sentir qu’il ne peut en être autrement. Tous les corps , même les plus polis, sont hérissés d’aspérités, parsemés d’une multitude de trous ; ils doivent donc, lorsqu'ils sont en contact, s’enchevé: trer plus ou moins les uns dans les autres, ce qui produit nécessairement une résistance plus ou moins forte au mouvement qu’on veut imprimer à l’un des, deux corps ; il est facile, d’après cette explication, de concevoir tous les effets les plus compliqués du frottement, de les prévoir et de les mesurer dans beaucoup de cas, ce qui est d’une bien grande utilité pour apprécier la force réelle d’une multitude de machines de tout genre. Cet enchevétrement mutuel des aspérités de la surface des corps est d’ailleurs prouvé d’une manière irrécusable par ce qui se passe chaque jour sous nos
yeux ; nous voyons dans mille circonstances que
l’on diminue le frottement en interposant entre les deux corps une substance grasse, susceptible de nivelér en partie les aspérités qui exiéient à leurs surfaces. Nous voyons tous les corps de la nature s’user , se polir par le frottement répété même des plus doux contre les plus durs ; nous voyons l’eau sillonner les roches les plus résistantes de traces qui augmentent sans cesse. On reconnaît à ces effets la résistance qu’oppose un corps au glissement d’un autre qui est en contact avet lui, et la violéncé nécéssaire pour opérer leur sé-
paratiôn.
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