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L'aomme , avant de réfléchir, lorsque sa raison encore enveloppée des nuages de l'ignorance, encore flottante dans les incertitudes de la jeunesse, s’abandonne aux premières impressions des sens, est d’abord frappé d’étonnement à la vue de ce qui se passe autour de lui : la grandeur, la multiplicité, la variété infinie des phénomènes de la nature, confond son imagination , et il croit n'avoir d’autre parti à prendre que de se prosterner devant ce qui l’étonne, que de contempler ce qui le remplit d’admiration ; mais bientôt à mesure que son esprit prend l'habitude de la méditation, l’observation attentive des faits et de leurs rapports lui fait reconnaître de l’ordre dans ce qui paraissait le résultat du hasard, de la suite dans ce qui semblait d’abord sans liaison, et sentant dès lors l’action d’une cause sans cesse agissante dans un certain but, il s’apercoit que la nature étudiée peut lui laisser pénétrer quelques uns de $es secrets, et que de ces recherches pourra jaillir une source abondante d'applications utiles et une foule d'explications non moins curieuses qu'importantes. î
L'étude de la nature comprend celle de
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tous les corps qui nous entourent, à commencer par nous-mêmes; celle de tous les phénomènes qui se renouvellent sans cesse sous nos yeux; l'explication des révolutions que les astres qui peuplent les espaces, que le globe que nous habitons, que les êtres qui se trouvent à sa surface, éprouvent perpétuellement ou à divers intervalles. L'étude de la nature intéresse donc tous les hommes ; elle n’est étrangère à aucune classe, à aucune condition, puisqu'il n’en est aucune qui ne soit environnée d’agens naturels dont il faille se préserver ou tirer parti. Celui qui ne cherche qu’à satisfaire sa curiosité, étendre les limites de ses connaissances , éviter les causes d'erreurs, aussi bien que le savant qui s’instruit de ce qui est pour savoir ce qui doit être, ont intérêt à connaître les véritables casses de tout ce qu'ils observent, afin de satisfaire l'inquiétude de leur raison, afin de prévoir jusqu'à un certain point ce qui arrivera, en sachant ce qui est arrivé dans des circonstances pareilles, afin aussi de se prémunir contre des méprises dangereuses , et de ne point s’abandonner à une admiration aveugle , à des terreurs sans fondement.
Si l'étude des phénomènes naturels est importante pour tous, on peut même dire indispensable, qu'y a-t-il aussi de plus attrayant? Si les poètes, si les romanciers savent non seulement captiver notre attention, mais nous charmer , nous émouvoir, par l2 description
des tableaux de tout genre que nous offre la nature dans ses productions, dans ses contrastes, dans ses rapports, par le récit des scènes riantes ou sauvages , gracieuses ou terribles qui s’y succèdent, quel attrait ne doiton point trouver à la solution de tant de questions aussi importantes, aussi curieuses, à l'explication detant de phénomènes aussi grandioses , aussi singuliers, aussi bizarres même au premier aspect ? S’il ne convient point de présenter des notions de cet ordre avec un style aussi riche ; si, dans ces matières , l’usage de la poésie et du style descriptif est toujours un abus, la richesse du sujet, l'importance des faits qu’il explique , des choses qu'il retrace, des idées nouvelles qu’il fait naître, ne suffisent-ils pas pour compenser la simplicité de l’expression , pour ramener sans cesse l’attention la plus distraite, pour intéresser aussi fortement que les aventures d’un héros fictif, ou l’histoire souvent bien incertaine des temps passés ?
L'étude de la nature est donc nécessaire el attrayante. Que dans ces temps de barbarie où les moyens de destruction et d’asservissement étaient seuls cultivés, ce qui élève la pensée, agrandit le génie de l’homme, ait été méprisé, c'était la conséquence de l'état social. Mais maintenant que l'instruction plus que jamais devient la mesure du mérite de l’homme et de l’estime qu’on doit lui accorder , comment celui qui se destine à paraître dans le monde,
pourrait-il ignorer la cause et les principaux effets de tout ce qui existe autour de lui? La science se répand de jour en jour davantage ; des discussions scientifiques s’établissent Ja où , naguère , on ne s’occupait que de futilités ; en un mot, l'impulsion des idées générales vers les sciences positives est si grande, que les ignorer, c’est être ét à ce qui fixe l'attention universelle. Nous avançons à grands pas vers l’époque où il sera aussi honteux de ne point avoir une teinture, au moins superficielle, des sciences physiques et naturelles, qu'il le serait maintenant de ne pas savoir lire et écrire.
D'Aguesseau , qui, dans l'éducation de son fils, prescrit celle du magistrat accompli, de l’homme du monde tel qu’il devrait être > veut que leurs connaissances soient universelles ; il ne veut pas que l'étude des lois, si elle doit être la principale pour le jurisconsulte , puisqu'elle sera l’objet de ses applications, soit la seule qui fixe son attention ; il ne veut pas que, sorti de son cabinet, au milieu des autres classes de la société, il soit réduit au silence. D'ailleurs , il savait qu’une vaste étendue de connaissances peut seule donner de la généralité dans les idées, de la fixité dans le jugement, de la promptitude dans les aperçus : ce sont ses préceptes que nous avons tâché de suivre. Des conseils si sages, si importans, ne pouvaient demeurer sans fruit, el peu à peu on en vint à considérer l'étude
des sciences comme le complément nécessaire de l'éducation; enfin linstruction publique elle-même mit en France le sceau à cette vérité, en placant les sciences physiques au nombre des sujets d'examen des jeunes candidats au baccalauréat.
Mais le cercle des connaissances s’agrandit sans cesse, il est impossible à l’homme de l’embrasser dans toute son étendue d’une manière approfondie ; la durée entière de la vie serait insuffisante pour parcourir une carrière aussi immense. Chacun selon son goût , selon sa position , choisit donc le sujet qui doit être l’objet de ses recherches, le but principal de ses travaux, l'occupation essentielle ou utile de sa vie; celui-là, il l’approfondit , il en fait l’objet de ses méditations et de ses investigations ; il veut connaître toutes les opinions, tous les écrits qu'il a fait naître; en un mot, il en parcourt tous les détails. Mais doit-il se bornéer à cette étude spéciale et négliger toutes les autres connaissances? pourra-t-il même atteindre dans une seule science un haut degré de savoir, s’il n’a jeté un coup d’œil rapide sur les autres ? Depuis Bacon, on Pa bien souvent dit, et c’est une vérité devenue triviale , que toutes les connaissances humaines forment un vaste cercle composé de chainons intimement unis et auquel on ne peut trouver ni commencement ni fin. Celui qui veut limiter ses travaux à une seule science n’en doit donc pas moins parcourir rapidement toutes les
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connaissances qui se lient à son sujet par des rapports plus ou moins éloignés. Que serait le médecin, le cultivateur, sans l’appui des connaissances chimiques? un praticien aveugle, incapable de sortir lui-même des ornières de la routine ? Que deviendrait le marin, le militaire, dans leurs courses lointaines , dans des climats à peine connus, sans le secours de l'astronomie qui guide leur marche, de lhistoire naturelle qui leur enseigne les moyens de soutenir leur existence ? enfin, qui peut négliger les lois de la physique, cette science qui fait connaître les actions , les forces, les influences, les changemens des corps avec lesquels nous sommes sans cesse en contact immédiat ?
D’après cela, comment expliquer que de grands savans, et entre autres un de ceux qui ont fait faire à la physique d’importans progrès, aient pu proscrire les livres élémentaires , aient osé nier l’utilité, les avantages , la nécessité même des abrégés? Combien ne doiton pas regretter que ces savans n’emploient point quelques unes de leurs veilles à lexposition élémentaire de la science, ne daignent point initier la multitude à leurs doctes travaux ! Est-ce donc pour eux qu'il est nécessaire de s’envelopper de mystères , de ne parler que pour des adeptes ? est-ce véritablement chercher à se rendre utiles? Dans leur silence à cet égard, il appartient à leurs élèves de remplir cette lacune, autant que leurs forces