LIVRE SECOND
60. Les propriétés générales que l'observation et l'expérience ont fait reconnaître dans les corps, ont jusqu'ici fait l’objet de nos études ; la liaison des idées , les rapports des choses, nous ont quelquefois obligés de jeter d'avance un premier coup d'œil sur ce que nous étudierons tout à l’heure d’une manière plus approfondie, nous ont forcés d'étendre nos recherches sur des propriétés parti-
culières à certains corps, mais dépendantes de celles plus générales qui nous occupaient; enfin, d'ajouter à l’ensemble des phénomènes , afin. d'en campléter la connaissance , l'énoncé des lois que le raisonnement ou le calcul ont déduit de ces mêmes phénomènes.
C’est ainsi que nous avons successivement reconnu que tous les corps sont matériels, étendus, divisibles , impénétrables dans leurs molécules constituantes, mais poreux dans leurs assemblages : qu'ils sont tous plus ou moins élastiques ; que tous sont soumis à l'action de la pesanteur; enfin, que tous étant inertes doivent nécessairement obéir aux forces motrices, ce qui détermine les conditions et les lois de leur mouvement ou de leur repos.
Après avoir parcour’t de la sorte les propriétés communes à tous les corps, nous devons mainte-
nant acquérir sur eux des notions plus précises, plus spéciales; nous devons étudier toutes leurs qualités, tous les changemens dont ils sont susceptibles . toutes les actions qu’ils peuvent exercer ; mais étendre de la sorte l'étude de la physique, ce serait y comprendre celle de tous les corps de la uature dans tous leurs états, sous toutes leurs formes, toutes leurs combinaisons. Voyons donc quelles limites circonscrivent le domaine de la science qui nous occupe.
G1. L'étude de la composition intime des co*ps, des changemens de combinaison qu'ils éprouvent, est l’objet de la chimie; celle des corps célestes, de leur marche, leurs révolutions, leur constitution, est l’objet de l'astronomie ; celle des différens phénomènes qui se passent dans l’atmosphère, des changemens qui y surviennent, est Vobjet de la météorologie ; Va géographie et l’iydrographie s’occupent de l’état de la surface du globe que nous habitons, de sa forme, de sa mesure, des révolutions qui peuvent en modifier quelque partie ; enfin l'étude des corps organisés et inorganisés, de leur formation , leur développement, leurs caractères spécifiques, est l’objet de la minéralogie, de la 200logie et de la botanique, qui se subdivisent' ellesmêmes en plusieurs autres sciences. La physique spéciale n’a donc plus à considérer les corps que comme des assemblages de matière , susceptibles par conséquent de prendre divers états d’agrégation, et de subir dans ces états, par l'action de diverses forces où de divers agens, des modifications qui pourront en tout où en partie changer leurs propriétés.
62. L'état d’agrégation des corps et tous les changemens et modifications dont ils sont susceptibles, sont donc l’objet que la physique a principalement en vue : or, nous avons déjà eu occasion de dire que sous ce rapport on doit ranger Îles
corps en solides, liquides et gazeux; viennent ensuite les fluides impondérables, qui forment une classe d'êtres et d’agens tout-à-fait à part. Les divisions que nous devons adopter dans le reste de cet ouvrage sont donc déterminées.