‹ Manuel de physique, ou élémens abrégés de cette scienceChapitre 54 sur 120 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

9- Dis qu’un corps est parvenu à l’état liquide, LE continuels efforts du calorique lui font sur-lechamp manifester une tendance à se réduire en fluide aériforme ou élastique ; cette tendance montre d’autant plus d'énergie que la pression supportée par le liquide est moins forte, et enfin :l arrive toujours un terme où l'intensité de la cha-

leur l’emporte sur la force de cette pression ; alors la température du liquide ne peut plus augmenter , il entre en ébullition, et tout le calorique qui pénètre entre ses molécules est employé à les faire passer à l’état de vapeur.

De même que nous avons vu, par l’abaissement de la température, les liquides redevenir solides, on devait s'attendre à voir les vapeurs repasser à l’état de liquidité par la même cause. C’est ce qui arrive en effet lorsque , d’une manière quelconque, le calorique qui maintenait un corps à l’état de vapeur lui est enlevé, l’affinité des molécules redevient prépondérante, elles se rapprochent et se déposent enfin sur les corps environnans, en petites gouttes liquides ; cet effet dépend de la tension de la vapeur; il peut donc se manifester à toutes sortes de températures , puisque la quantité de vapeur qu’un espace peut contenir est toujours d'autant plus considérable que la chaleur est plus forte.

Nous verrous, dans le Livre suivant, que dans

ces différens passages successifs des corps de l’état

solide à l’état liquide , et de l’état liquide à Pétat gazeux, une grande quantité de calorique est absorbée, ne manifeste plus sa présence au thermomètre ; elle est donc employée à maintenir l’état du corps, mais elle n’est point détruite, car elle reparaît en entier dans un changement inverse ; aussi l’appelle-t-on chaleur latente.

100. Tous les corps ne se fondent pas, ne se Vaporisent pas au même degré de chaleur ; nous avons vu un grand nombre de corps solides ne céder qu’à l’action des foyers les plus intenses ; il en est plusieurs qu’on n’est pas encore parvenu à liquéfier; de même, dans l’état ordinaire des choses, un assez grand nombre de corps sont naturellement gazeux. L'air atmosphérique qui enveloppe le globe terrestre est, pour le physicien, le plus

important de ces corps, qu'aucune pression, aucun froid, ne peuvent ni liquéfier ni solidifier ; luimême est composé de deux autres corps qui jouissent des mêmes propriétés, l’oxigène et l’azote : la nature nous en offre encore quelques autres, mais rarement à l’état libre. La chimie en a beaucoup augmenté le nombre, et parmi ceux qu’elle a découverts, on est enfin parvenu récemment à en liquéfier quelques uns par un froid et une pression très forte, ce qui prouve qu’il en serait de même des autres par une puissance encore su périeure. (1)

Quoi qu'il en soit, cette considération a fait diviser les fluides élastiques ou aériformes en permanens et non permanens , en gaz et en vapeurs. Les premiers sont éminemment compressibles et dilatables ; ils ne changent point d'état à quelque froid , à quelque pression qu’on les soumette; les seconds ne peuvent supporter qu'un certain froid, qu’une certaine pression , ils ne jouissent des propriétés des gaz permanens que dans certaines limites, mais alors ils leur sont entièrement comparables. Nous traiterons donc des uns et des autres dans des sections distinctes, après avoir rappelé et complété en quelques mots la connaissance de leurs propriétés les plus générales.

101. La plupart des substances gazeuses sont invisibles, et cela ne doit pas étonner, car, puis-

(1) On peat voir, dans les Transactions philosophiques de la Société royale de Londres, et dans les 4nnals of Philosophy, les expériences et les découvertes de MM. Faraday et H. Davy, sur la liquéfaction des gaz, ainsi que les applications de Ja plus haate importance qu'ils doivent en faire pour remplacer les machines à vapeur. Voyez un extrait de leurs travaux dans les Annales de Physique et de Chimie, premiers ca-

‘hiers de 1824.

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que leurs molécules sont dans une continuelle répulsion, cherchent toujours à s’écarter davantage , les pores qui les séparent doivent être comparativement très vastes, et dès lors il n’est pas étonnant qu’à cause de leur ténuñté, leur agrégation même ne soit pas sensible pour mos organes, Cette même répulsion doit nécessairement déterminer la figure de ces corps : ils ne peuvent, comme les solides , former des masses indépendantes des milieux environnans; ils ne peuvent, comme les liquides , se mettre constamment de niveau, ni n’occuper qu’une portion du vase dans lequel on les introduit : quelle que soit sa capacité, ils l’envahiront entièrement , ils s’insinueront dans ses moindres anfractuosités , en vertu de la continuelle domination du principe répulsif. Cependant, si dans ce vase on introduit deux gaz de densité différente, le plus lourd remplira dans ce cas l'office d’un liquide, et la surface qui les séparera sera horizontale,

Nous n’ajouterons rien à ce que nous avons déjà dit de la porosité et de l’impénétrabilité des corps aériformes, il suffit de jeter les yeux autour de soi pour reconnaître la première de ces propriétés; il suffit de réfléchir un instant pour voir que la résistance de l’air , ses mouvemens , l’obstacle qu’il présente à la chute des Ra solides, la division qu’il produit dans la chute des liquides de manière à les réduire en pluie, sont des effets de la matérialité et de l’impénétrabilité de ses molécules. De même que dans tous les milieux, les corps ne peuvent se mouvoir dans les fluides aériformes qu’en déplacant les molécules qui se trouvent sur leur passage, et l’on appréciera la perte de mouvement causée par cette résistance quand on saura qu'un boulet de canon qui, dans le vide , Serait

lancé à 17,000 mètres, dans l’air ne parviendrait qu’à 4,000.

102. Quant à la pesanteur des fluides aérifor- . mes, nous avons déjà eu occasion de la démontrer d’une manière 1rrécusable; nous avons vu qu’on devait en tenir compte dans l'appréciation de la densité des corps , comme dans la mesure de leur chute et de leurs mouvemens ; nous y reviendrons d’ailleurs avec détail, dans la seconde section , en parlant du baromètre. Il en sera de même de l’élasticité et de la compressibilité des substances qui nous occupent,.en traitant de la pression de l’air et des diverses machines dans lesquelles on peut le condenser oule raréfier, et tout ce que nous dirons alors des gaz permanens pourra s'appliquer , mais dans des limites moins étendues, aux gaz / permanens qui vont nous occuper en premier ieu.

SECTION PREMIÈRE

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