A L'ÉTUDE DE LA PHYSIQUE
L’érune de la physique, prise dans l’acception étymologique, comprend celle de la nature entière (r},et c’est ainsi que l’entendaient les anciens, qui, prenant pour bases des sciences, plutôt leur imagination et une observation superficielle que l’analyse approfondie des phénomènes, aidée des expériences et du froid examen dela raison , ne craignaient point d’embrasser la nature entière dans le jet immense de leurs pensées. Aussi leur physique était-elle plutôt des systèmes de cosmologie où ils cherchaient à expliquer la nature des choses, et tout ce qui se passe autour de nous, au moyen de quelques suppositions, que des recherches sur les propriétés des corps. C’est ainsi que dans Thalès, Pythagore, Démocrite, nous ne trouvons autre chose que des idées spéculatives sur la nature, mêlées à des systèmes métaphysiques, et accompagnées , comme par hasard, de quelques déductions tirées de phénomènes mal observés, et par conséquent plus ou moins erronées. Aristote PAUÉRRON AI D NPARI EMRRE LA CERN AL EURE à AE
(1) Du grec quais, nature,
même, qui est sans doute le premier physicien, comme le premier naturaliste et le premier philosophe de l'antiquité, prouve, dans sa Physique, que les anciens ignoraient la plupart des phénomènes dont l'étude et l’explication forment le domaine de cette science. Ainsi, sans parler des phénomènes du son, de la lumière, de l'électricité, du magnétisme, sur lesquels leurs notions étaient si fausses, ou pour mieux dire nulles, l’idée du plein et du vide, la pesanteur et la pression de l'air, la formation des vapeurs aqueuses, les effets de la variation de la température dans les Corps, ou leur dilatation et leur contraction , et beaucoup d’autres parties de la science qui sont maintenant aussi bien observées que clairement expliquées , étaient entièrement ignorées de ce peuple grec, qui, dans les arts d’imagination , la poésie, l’éloquence, les beaux-arts, nous a laissé tant de modèles. Que les littérateurs et les artistes étudient donc les anciens ; pour les savants, c’est chez les modernes qu'ils trouveront une mine féconde à exploiter.
Lorsque l’Europe commença à sortir de l'obscurité du moyen âge, quelques médecins naluralistes furent les premiers qui tentèrent de faire renaître les sciences physiques ; mais, d'un côté, égarés par l'exemple et la marche des anciens, et de l’autre, encore imbns des idées ridicules de l'astrologie et de l’alchimie à ces premiers savans bâtirent aussi des systèmes sur le sol mobile des hypothèses et avec
INTRODUCTION. 17 les matériaux dénués de solidité qu'ils tiraient de leur seule imagination. Enfin l'impulsion de grands génies, tels que Baconet Descartes, vint changer la face des sciences ; les idées systématiques furent abandonnées pour les recherches d'expérience; on sentit qu'il fallait accumuler les observations pour en déduire des conséquences, les faits pour en voir jaillir des lois générales ; une nouvelle ère commenca pour l’esprit humain.
C’est à cette époque de régénération que Galilée découvre les lois de la pesanteur, démontre que la terre tourne, construit les télescopes qu’un inconnu venait de découvrir, ces instrumens admirables qui nous font pénétrer dans l’immensité des espaces ; c’est à cette époque que Torricelli, élève de Galilée, invente le baromètre et prouve le vide, que Kepler détermine la marche, la distance, les révolutions des astres, en reconnaît les lois. L'impulsion était donnée et elle ne pouvait demeurer stérile , la découverte de l'attraction et de toutes ses conséquences en fut le premier résultat : cette découverte et ses admirables travaux sur l’optique et la lumière, placeront toujours Newton à la tête des ‘physiciens les plus illustres , et seront toujours des modeles d'analyse et d'étude ; si les hypothèses que luimême donnait pour telles peuvent être renversées, ses observations demeureront toujours comme un monument de son génie. C’est certainement cet illustre savant qui a donné aux
sciences la direction vraiment utile qu’elles ont prise; c’est lui qui a démontré que la recherche des faits, l’observation des phénomenes, l’expérience, en un mot la voie de l’ana-. lyse, étaient le chemin des découvertes; et c'est en suivant une route si bien tracée que les savans modernes avancèrent à pas de géans, dans l’étude de la nature, et parvinrent enfin à fonder les théories qui, s’appuyant de toutes les observations, basées sur l’explication qu’elles donnent de tous les faits connus , sont des guides qui soulagent la mémoire, facilitent l'étude, préparent les découvertes, vont audevant ‘a expériences.
En effet, les temps sont changés ; dans l’enfance de de science , les faits observés étaient trop peu nombreux pour baser aucune théorie probable : bâtir des systèmes, c'était détourner l'esprit de la route des découvertes. Maintenant que les observations s'accumulent , que les faits se groupent , se lient par des rapports, il est nécessaire d’en former un faisceau ; les faire découler de quelques principes généraux, ce n’est plus s'appuyer sur une base sans solidité, c’est proposer des explications fondées : sur les rapports des choses, sur les conséquences des phénomènes, c’est faciliter les découvertes, c’est hâter la solution définitive: du problème.
Voyons maintenant comment se partage!
l'étude de la nature, afin de connaître l’objet: spécial de la physique ; nous jetterons ensuite :
INTRODUCTION. | 19 un coup d'œil rapide sur la disposition des matières dans cet ouvrage.
Toutes les sciences se tiennent , et c’est en vain que l’homme, pour faciliter l’étude de la nature, l’a partagée en plusieurs champs et a tenté d’en fixer les limites d’une manière certaine ; leurs rapports sont tellement étroits que, pour les exploiter. il est indispensable de faire à chaque instant des excursions de l'un dans l’autre, et ce n’est sans doute que quand on les a tous parcourus en entier qu'on peut avoir d’un seul une connaissance approfondie.
Cependant, le partage des sciences en plusieurs domaines n’en est pas moins ulile sous le rapport de la facilité de l’étude : les méthodes, les divisions , les classifications, reposent l'esprit, fixent la mémoire des faits et des théories, facilitent le classement des observations, conduisent aux découvertes : ce sont des moyens artificiels, mais qu’on doit respecter puisqu'ils sont indispensables à la faiblèsse de notre intelligence. C’est ainsi qu’à mesure que le champ des découvertes s'agrandit, à mesure que les limites de chaque science reculent, on y forme de nouvelles coupures, de telle sorte que l'étude de la nature, qui d’abord ne fut partagée qu’en trois branches , forme maintenant peut-être plus de vingt rameaux qu'on étudie à part, malgré leurs liaisons intimes, malgré leur origine commune, et sans doute bientôt la physique elle-même formera plu-
sieurs sciences, qui, telles que la lumiere , l’électricité, l’âäcoustique , seront traitées à part. Mais bornons-nous aux principales divisions scientifiques, et, en indiquant le but de chacune , nous verrons ce qui forme réellement le domaine de la physique spéciale.
L'étude des corps qui nous entourent dans.
leurs rapports les plus intimes, dans les pro- “priétés qui ne se manifestent que de molécules à molécules, les moyens de mettre en jeu ou d’arrèter les effets de ces actions, de ces affinités électives, composent la chimie ; Jhistoire naturelle, qui classe, décrit, étudie les corps organiques el inorganiques, les corps bruts et vivans , ainsi que leur organisation, à recu maintenant tant d'extension qu’il est impossible de la traiter sous ce point de vue général : ainsi, tantôt on considère les corps bruts en grande masse, et tels que la nature nous les offre, on recherche leurs rapports de superposition , et par conséquent d’ancien— neté, c’est le but de la géologie ; tantôt on étudie les mêmes corps dans leurs formes, leurs aspects, leurs propriétés élémentaires, on les classe par genres, par familles, c'est la minéralogie. X| en est de même pour les êtres vivans, qu'on partage d’abord en deux classes, les végétaux et les animaux, pour subdiviser encore chacune d’elles en plusieurs autres : ainsi tantôt on recherche les lois de l’organisation et de la vie, la constitution et les fonctions des organes des plantes, c’est le
INTRODUCTION. 21 but de la physiologie et de l'anatomie vêgétale. Tantôt on cherche les rapports de ces êtres pour les classer naturellement ou artificiellement, pour les reconnaître, les décrire, pour fixer la nomenclature de la science , C’est l’objet de la botanique. Tantôt on étudie ces Corps sous les rapports d'utilité ou d’agrément : qu'ils peuvent offrir à l’homme, et alors la science prend le nom d'agriculture , d’horticulture , etc. Des divisions analogues , encore plus nombreuses, se rencontrent dans le règne animal , au haut duquel arrive l'étude de l’homme, d’abord dans sa nature physique, ce qui comprend la médecine et toutes les sciences qui en dépendent; ensuite dans sa nature morale, ce qui renferme la philosophie, la métaphysique, la psychologie ; dans sa condition sociale, ce qui comprend la morale, la législation, Véconomie publique, etc., ete.
Ainsi on voit qu’un passage insensible conduit d’une science à l’autre; on reconnaît que sans cesse elles empiétent de toutes parts sur leurs voisines, sans cesse mille rapports de connexion forment de l’étude de la nature un vaste tout, un cercle immense qu’on est forcé de parcourir en entier dès qu’on y a pénétré. Mais d’autres sciences sont encore des chaînons plus voisins de la physique; on les réunit même quelquefois sous le nom de physique générale, mais nous devons les écarter de l’objet spécial de nos recherches.
L'étude des corps qui peuplent les espaces,
os
leur marche, leur distance, leurs révolutions , leur constitution et leur nature, leurs actions sur les autres corps et sur notre globe en particulier; forment le domaine de l'astronomie. L'étude des phénomènes qui se passent dans l’atmosphère, des modifications qu'il éprouve, des mouvemens qu'il exécute, forme la météorologie. Celle des phénomènes qui se rencontrent ‘à la surface du globe, des révolutions de tout genre qui S'Y succèdent, est l’objet de la géographie et de l’Aydrographie. Enfin d’une part la science des machines qui com-— prend l’Aydraulique , l’Aydrostatique et l'aérostatique, s'appuie et est le développement de la mécanique ; tandis que, d’une autre part, toutes les sciences physiques dont nous venons de parler empruntent le secours et offrent de nombreuses applications des mathématiques , qui comprennent principalement larithmétique , V'algébre, la géométrie ; le calcul différentiel et intégral. } Cette analyse rapide , nécessaire pour fixer les idées sur ce qui doit être l’objet de notre étude , et pour montrer les points de contact de la science qui nous occupera avec les autres branches des connaissances humaines , détermine d’une manière précise le but de la: physique spéciale ; et nous met en état d’en donner une définition exacte : c’est la science qui étudie et fait connaître les propriétés:
générales des corps, et leurs actions récipro-! ques les uns sur les autres. Ainsi, abandon-
là |
nant à la chimie les recherches sur les propriétés intimes, sur les affinités élémentaires des corps, laissant à l’histoire naturelle le soin de faire connaître l’organisation , les fonctions , les rapports des êtres considérés comme individus , la physique embrasse les propriétés générales de la matière à l’état solide, liquide , fluide aériforme et fluide impondérable , recherche et étudie les phénomènes et les lois de leur action et de leur mouvement sous ces différens états. Cette science est donc la base de toutes les autres, elle est le fondement de l’étude de la nature. S’il est une branche des connaissances humaines indispensable à connaître, c’est bien la physique, puisqu’elle enseigne le mode d’action d’agens que nous rencontrons partout, à l’influence desquels nous ne pouvons nous soustraire, enfin que dans toutes les circonstances il faut apprécier, afin d’en tirer parti ou d’en combattre les effets. Donnons maintenant un aperçu de la marche que nous avons adoptée dans cet ouvrage; ce sera en même temps un exposé rapide de ce que comprend la science, et de ce qu’elle doit aux savans qui l’ont illustrée par leurs travaux et leurs dé- <ouvertes.
Tous les corps de la nature possèdent certaines propriétés, sont soumis à certaines forces, qui offrent bien quelques modifications selon leur état particulier, mais qui cependant leur sont communés, et que, par cette
raison , on appelle générales : nous les exposerons dans un premier Livre. Nous reconnaiirons successivement que les corps sont matériels, qu’ils occupent un lieu, ont une figure, par conséquent sont étendus ; nous citerons des exemples remarquables, qui prouveront combien est grande la divisibilité dont ils sont susceptibles, et cependant, pour plusieurs d’entre eux, combien la force de cohésion qui retient les molécules unies ensemble est encore puissante, malgré cette division extrême ; nous reconnaîtrons que deux corps ne peuvent occuper en même temps le même espace; par conséquent que l’impénétrabilité est une propriété générale de la matière, et que si dans tant d'occasions les corps paraissent se pénétrer, ce phénomène est produit par le déplacement des molécules, et est une preuve de la porosité, c’est-à-dire des intervalles vides qui existent entre les molécules élémentaires ; nous verrons ensuite que l’élasticité, qui dépend des forces qui animent les corps et de leur porosité, est aussi une propriété générale; elle servira à nous donner quelques notions sur la constitution des corps et sur les causes des différens états sous lesquels ils s’offrent à nous.
Ces propriétés sont simples, faciles à saisir et à concevoir ; nous devrons donc les traiter brièvement ; mais l'importance des phénomènes qu’elle produit nous obligera de fixer Plus long-temps l'attention sur cette pro-
priété, en vertu de laquelle tous les corps sont sollicités les uns vers les autres par un attrait de sympathie invincibie, et par suite ne formeraient bientôt plus qu'une seule masse, sans l'intervention d’un principe ré— pulsif qui, par sa présence , par ses variations de puissance dans les corps, par les combats qu’il livre sans cesse à la force de sympathie, tantôt vainqueur, tantôt vaincu, entretient partout le mouvement, l’organisation et la vie. Nous étudierons donc d’abord les lois de l'attraction à distance, c’est-à-dire celles de la pesanteur et de la chute des corps, les variations qu’elles présentent, les machines qu’elles ont fait naître; ensuite nous rechercherons les effets physiques de laffinité ou attraction moléculaire, ce qui comprendra l'étude des phénomènes capillaires et du frottement ; et nous tächerons d’en faire concevoir les causes, en exposant la savañte.théorie de l’illustre auteur de la mécanique céleste, ainsi que les conséquences qu’il en tire sur la constitution probable des corps.
L’inertie est la dernière propriété générale que nous aurons à étudier ; nous en verrons découler toutes les lois du repos et du mouvement; nous y trouverons l'explication des différens modes d’action des forces motrices, de leur intensité, de leur direction, ce qui nous donnera l’idée de la vitesse, du temps et de sa mesure, de l'équilibre, des mouvemens simples ou composés, etc., etc.
Après avoir considéré de la sorte les propriétés communes à tous les corps matériels, nous étudierons celles qui leur sont particulières en raison de l’état qu'ils affectent. Les propriétés des corps que nous pouvons palper, peser, mesurer, et les actions qui en dépendent, seront donc le sujet du second Livre. Nous nous occuperons d’abord des solides, et après avoir recherché les causes de leurs agrégations, tantôt régulières, tantôtirrégulières, ce qui nous donnera quelques idées sur l’arrangement intime des molécules et sur la constitution des cristaux, après avoir jeté un coup d'œil rapide sur les différences qu’ils présentent dans leurs propriétés les plus intrinsèques, en sorte qu'on pourrait appeler les uns très solides, les autres demi-solides, ete , nous ferons connaître les conditions de leur équilibre et les applications mécaniques qui en sont le résultat; nous exposerons les moyens de mesurer leur pesanteur spécifique, nous considérerons les lois de leur dilatation par la chaleur, de leur contraction par le froid, et enfin nou: les verrons , à mesure que le calorique se développera en eux, devenir de moins en moins solides, et passer enfin à l’état liquide. |
Nous occupant désormais de ce second état des corps, après quelques considérations générales sur la liquidité, nous démontrerons la compression et l’élasticité des liquides : leur dilatation, qui nous conduira à la décou-
verte des thermomètres, comme celle des solides nous aura fait découvrir les pyromètres, les lois de l'équilibre et du mouvement des liquides, et des corps qui flottent à leur surface ou dans leur inasse, la mesure de leur pesanteur spécifique, ce qui comprend laréométrie , seront successivement l’objet de nos recherches. Enfin, de même que nous aurons vu les solides, par une accumulation de calorique , changer d'état et devenir liquides, de même nous verrons ceux-ci se transformer petit à petit en vapeurs, et enfin, arrivés au terme où leur force élastique fait équilibre à la pression de l'atmosphère, entrer en ébullition, c'est-à-dire employer toute la chaleur dont ils sont pénétrés à passer à l’état de fluide aériforme.
Quant à ceux-ci, nous en reconnaîtrons de deux sortes : les uns sont permanens, c’est-àadire quegnous ne pouvons les fire changer
’état ; ce sont les gaz; les autres se transforment en liquides sous nos yeux; ce sont les vapeurs ; mais on conçoit que ces propriétés ne sont que relatives aux moyens que nous pouvons employer : aussi verrons-nous MM. Davy et Faraday parvenir à liquéfier des fluides aériformes qu'on avait jusqu'alors considéré comme permanens. Mais comme nous ne considérons les corps que dans leurs propriétés physiques naturelles, nous adopterons cette division des fluides élastiques , et nous étudierons d’abord la formation des vapeurs,
leur tension dans le vide ou dans les gaz, enfin leur mélange dans Pair, ce qui constitue l’hygrométrie. Nous verrons les travaux de deux de nos plus habiles physiciens, MM. Gay- Lussac et Dalton, jeter le plus grand jour sur ces matières difficiles. Dans l'étude des gaz, nous nous occuperons en premier lieu de la . pesanteur de l’air et de la pression de l’atmosphère, que nous mesurerons au moyen du baromètre , l’un des instrumens les plus importans en physique; nous chercherons aussi à mesurer la densité de ces corps légers qui devaient nécessairement être refoulés à la surface du globe; nous verrons que ces corps, chez lesquels tout lien d’affinité est rompu, jouissent comme tous les autres, mais à un bien plus haut degré, de la propriété d’être dilatés par la chaleur et contractés par le froid, enfin qu’ils sont éminemment compressibles et élastiques # et nous nousyservirons de ces proprietés pour construire les machines pneumatiques , les pompes, les aérostats.
Nous aurons le regret de ne pouvoir aborder l’étude de la composition, des mouvemens , des variations de l’atmosphère, où nous aurions pu être si bien guidés par les belles recherches, les vues élevées d’un illustre professeur, qui enrichit de découvertes importantes toutes les sciences dont son génie cherche à reculer les limites : ce n’est pas seulement comme astronome que M. Arago est
un de nos savans les plus illustres; la physique et la chimie lui sont aussi redevables de progres essentiels, et dans-ses cours , il fait profiter ses élèves des fruits de ses travaux. Dans plus d’une occasion ils éclaireront notre marche; mais ici ils appartiennent à une autre science, la météorologie, trop vaste pour y tenter aucune excursion.
Dans ce second Livre, nous considérerons enfin l'air et les corps comme véhicules du son : un ébranlement est produit dans un corps élastique, et aussitôt il se propage de proche en proche à travers tous les corps environnans également élastiques, en diminuant d'intensité, et en modifiant son action en raison de la densité, de l’élasticité, de la nature des milieux qu'il traverse. Telles sont les considérations qui nous donneront la connaissance de la formation, de la propagation, de la transmission du son, enfin de leur nature et de leurs qualités. Nous verrons la théorie de l’acoustique déjà établie depuis long-temps sur des bases certaines, mais principalement redevable aux belles recherches de Chladni , acquérir chaque jour, par les travaux des Biot, des Savart, etc., plus de développement et de certitude.
Le roisième Livre sera consacré à l’étude d’:,cns tout-à-fait à part, qu'on ne peut ni saisir, ni mesurer, ni peser, que, par cette raison, on pourrait être tenté de déclarer immatériels, s'ils ne manifestaient sur les
autres corps des actions d’une grande énergle, une puissance invincible ; ce sont les fluides impondérables, nom sous lequel on réunit les agens, causes primitives de la chaleur, de la lumière, de lélectricité et du magnétisme. Que leur puissance sur les autres corps de la nature soit immense, que leur présence soit indispensable à la conservation et à l'entretien de l’ordre admirable qui règne dans l’univers, tant dans le monde inanimé que dans le monde vivant, c’est ce dont on ne peut douter lorsqu'on est témoin de leurs effets sans cesse renaissans, de l'importance des fonctions qu’ils remplissent, Qu'ils soient même la cause primitive des formes diverses qu'affectent les corps, qu’ils soient les agens principaux de l’organisation et de la vie, c'est ce qu’il est peut-être permis de penser lorsqu'on réfléchit au rôle qu'ils paraissent jouer dans tous ces phénomènes; mais, quoi qu'il en soit, ce n’est point par leur étude directe que nous pourrons acquérir des notions sur leur compte; l'observation seule des actions qu'ils exercent, des phénomènes qu’ils produisent, pourra nous y conduire : heureusement ces effets sont si particuliers, que les notons que nous pourrons acquérir par ce moyen sur ces Corps, ne seront guère moins complètes que si nous pouvions les palper, les peser, les mesurer. C’est ici que le génie de l’homme a montré toute sa puissance , toute la fécondité de ses ressources : à mesure
que ces êtres semblaient lui échapper, de nouveaux moyens d'investigation venaient les soumettre à son empire; à mesure que la nature semblait s’envelopper de voiles plus épais, Phomme:, apprenant à diriger ses coups plus sûrement, parvenait à mettre à découvert quelques unes de ses parties ; et si en ce moment elle présente encore une dernière rési= stance , une défense incertaine, cela ne servira sans doute qu’à manifester plus complétement le triomphe de celui qui sera parvenu à lui arracher son sécret. Tout indique que nous approchons du terme de nos doutes à cet égard , et grâce aux travaux des savans de notre époque, qui dirigent principalement vers ce but leurs puissans efforts, la cause de tant de phénomènes aussi importans que curieux est sur le point de nous étre révélée.
Dans un tel état de choses, il nous a sem= blé qu’il n’était plus permis, même dans un ouvrage élémentaire, de se traîner sur les pas de la routine, et d'exposer la science telle qu'elle est dans les livres. C’est un apercu de la science telle que lont faite les physiciens modernes, telle qu’elle est en ce moment, qu'on a droit d'exiger ; c’est cet exposé que nous nous efforcerons de présenter, Nous ne aurions ici trop manifester notre reconnais sance envers M. Arago, qui, en répandant la clarté et la conviction dans tout ce qu'il enseigne , comme la profondeur de son esprit investigateur , la puissance de son talent et
l’immensité de ses connaissances dans toutes
les recherches auxquelles il se livre, nous
a donné la pensée et les premiers moyens d'adopter une théorie qu'il appuie de son suffrage, qu'il soutient de ses travaux, qu'il a tant contribué à rappeler à l'attention des savans , dont il est enfin un des créateurs. Sans doute il est bien à regretter que ce soit un élève qui ait entrepris une si grande tâche, sans doute il est bien à regretter que cette exposition nouvelle soit tentée en premier lieu dans un traité élémentaire, où elle s’offrira nécessairement avec trop peu de développement ; mais c’eût été tromper nos lecteurs que de leur présenter une théorie qui commence à chanceler, et de négliger celle qui s'élève sur ses ruines avec tant de supériorité, et cette considération a suffi pour lever tous nos doutes ; cette tentative engagera d’ailleurs à diriger l'attention sur cette nouvelle étude; peut-être chercherons-nous par un travail particulier à suppléer à l’insuffisance des développemens qu’il nous est permis d'apporter
Nous considérerons donc les phénomènes lumineux et calorifiques, électriques et magnétiques, comme le résultat des actions diverses d’un même fluide universellement répandu dans l’univers , mais susceptible d’affecter certains mouvemens, de subir différentes modifications, Ce système, émis d’abord par Descartes, et appliqué à la lumiere par Huy-
ghens et Euler, enseveli pendant long-temps par la puissance du génie et du nom de Newton, est désigné sous le nom de théorie des ondulations ou des vibrations, comme celui du grand homme que nous venons de nommer en dernier est appelé théorie de l’émis— sion ou des émanations. Le premier paraissait entièrement abandonné, lorsque M. Th.
Young, par des expériences inexplicables dans l’autre système, le rappela à l’attention des savans. Les physiciens français s’emparèrent avec empressement de cette nouvelle mine de découvertes, et MM. Arago et Fresnel pour la lumière, MM. Ampère, Arago, OErsted, Becquerel et quelques autres pour l'électricité, par leurs brillantes découvertes, par leurs travaux, leurs expériences de tout genre, surent s’approprier une théorie née en d’autres mains, mais que les leurs devaient faire fructifier au-delà de toute espérance.
L'étude de la chaleur nous occupera d’abord ; mais, réservant l'exposé de la théorie au chapitre de la lumière , où il pourra être plus complet et plus satisfaisant, nous nous bornerons à faire connaître les phénomènes sans remonter à leur cause : ainsi nous mentionnerons successivement les diverses sources du calorique, nous étudierons les lois de son développement et de sa propagation dans les différens corps, soit par contact, soit par rayonnement ; enfin nous ferons connaître dans quelles circonstances une portion de la
eo
chaleur paraît absorbée, combinée , devient latente , semble éteinte, pour reparaître avec une intensité tout-à-fait égale, lorsqu'un changement contraire a lieu. Sur cette matière difficile, les recherches de MM. Lavoisier et de Laplace, Leslie, Berard et Laroche, et celles toutes récentes et de la plus haute importance de MM. Dulong et Petit n’échapperont point à notre analyse.
Dans l'étude de la lumière , après avoir indiqué ses principales sources, exposé sa marche, mesuré sa vitesse, nous analyserons les phénomènes de diffraction ou d’inflexion de ses rayons, nous en VeITOnSs sortir la théorie des interférences de M. Young, et après l'avoir complétée par l'exposé des beaux travaux de MM. Fresnel et Arago, après avoir montré qu’elle explique complétement les phénomènes des anneaux colorés et des franges alternativement obscures et brillantes , nous nous en servirons pour expliquer tous les phénomènes de la lumière directe, réfléchie, réfractée : nous rious efforcerons de montrer qu'elle rend compte des phénomènes de la coloration des corps d’une maniere aussi simple que probable; enfin nous compléterons ce que nous avions à dire sur la lumière par l'exposé des phénomènes de la vision et la description des principaux instrumens d'optique, et nous terminerons en donnant une idée de la double réfraction et de la polarisation, qui, d’après dés expériences tontes récentes, paraissent
apporter de nouvelles preuves en faveur de la théorie des ondulations. Nous ne pourrons malheureusement analyser les travaux des savans sur cet immense sujet, et nous aurons le regret de ne pouvoir nommer MM. Malus, pour ainsi dire le premier fondateur de cette branche de la physique, Arago, Biot et Brewster, dont le zèle infatigable à su lui donner tant de développement, l’enrichir de tant de découvertes.
Enfin l’électro-magnétisme formera le complément de l'étude de la physique. Il n’est plus maintenant permis de séparer des agens tels que lélectricité et le magnétisme dont l'identité est démontrée ; un mot commun devait donc indiquer ces rapports intimes, cette liaison complète. Pour ne rien omettre d’essentiel dans cette branche importante et curieuse de la science , après avoir jeté un coup d'œil sur les théories de Dufay, de Symmer, de Franklin , pour savoir laquelle nous devions adopter, nous examinerons dans quelles circonstances les phénomènes se produisent, par quels moyens on est parvenu à s’en rendre maître , à les analyser, ‘à les mesurer; nous verrons que la foudre et le tonnerre ne sont que des effets énergiques que nous pouvons imiter en petit dans nos appareils ; nous indiquerons les moyens de se garantir de leur action dangereuse. La pile de Volta nous présentera un puissant moyen d'analyse chimique : ses effets, qu’on désignait autrefois sous
le nom de galvanisme , nous donneront quelques notions sur l'électricité naturelle que manifestent un grand nombre de corps dans certaines circonstances : les découvertes de Galvani, de Volta, celles plus récentes de M. Davy, de M. Becquerel, devront spécialement nous arrêter, Enfin les phénomènes des courans électriques, qui ont fait découvrir l'identité du magnétisme et de l’électricité, fixeront notre attention; et nous terminerons par l'exposé des effets de l’aimant et des corps aïmantés, ainsi que du magnétisme du globe, qui ne sont autre chose que le résultat de ces courans électriques existant, soit dans certains corps, soit dans le globe terrestre, courans que nous verrons soumis à quelques variations déterminées , et sans doute à quelques périodes de révolution. Cette dernière partie de la science, qui a entièrement changé de face depuis quelques années, a été créée principalement par les travaux de MM. OErsted, Ampère et Arago, et cependant a déjà atteint un degré de certitude et de perfection dont on ne saurait trop être surpris, si ce n’était le résultat ordinaire des re-
cherches qui tombent entre les mains de tels savans.