PRODUCTION ET DÉVELOPPEMENT
l’action de la combustion, pourrait bien être erronée, et que ce dégagement est plutôt analogue à l’ignition sans combinaison, à laquelle M. Davy a soumis le charbon par une action électrique particulière. Cette manière d’envisager les phénomènes mérite de la part des savans la plus sérieuse attention, puisqu'elle peut changer toute la théorie chimique, et servir à résoudre la question de la nature de la chaleur.
1609. Quoi qu’il en soit, il est inutile d’insister sur les nombreuses applications de la chaleur et de la combustion dans les arts économiques et industriels, Si la haute température qu’on obtient par la combustion de diverses substances, telles que le bois, le charbon, les huiles, les gaz inflammables, sont peu de chose dans les sociétés humaines , le feu est un des agens les plus puissans dont on puisse faire usage. Aussi est-il d’un emploi universel, non seulement dans nos chambres, où l’on n’a pour but que de profiter de la chaleur qu’il produit, non seulement dans les arts chimiques, où 1l favorise les combinaisons , et dans nos cuisines, où l’on opère de véritables changemens chimiques, mais encore dans la plupart des arts industriels, où l’on a besoin d’une force motrice considérable , ou bien dans lesquels il est nécessaire de faire subir aux corps des modifications dans certaines de leurs propriétés physiques, telles que la dureté, la solidité, la ductilité, la fusibihté, etc., etc.
100. Plusieurs des êtres animés qui nous entourént, et nous-mêmes , sous la température ordinaire qui règne à la surface de la terre, sommes aussi des sources de chaleur, c’est-à-dire que la température particulière de notre corps est en général plus élevée que celle dés corps ambians, et par conséquent nous les échauffons perpétuellement à nos dépens; il paraît qu’on peut en géné-
DE LA CHALEUR. 189 yal attribuer cette chaleur animale à leffet des nombreuses combinaisons qui s’exécutent dans les corps vivans, notamment dans l’acte de la respiration; c’est un des plus beaux sujets de recherches qu’on puisse se proposer ; mais il demande le secours de la physique, de la chimie et de la physiologie. S
101. Il existe aussi des causes de développement du calorique tout-à-fait mécaniques; ainsi, en frottant avec vivacité deux corps l’un contre l'autre, on les voit bientôt s’enflammer; en comprimant fortement un corps , soit par un choc violent et instantané, comme lorsqu'on frappe un caillou avec un corps très dur, soit par une compression subite, comme lorsqu'on refoule Pair dans le briquet pneumatique, on produit également l’ignition. D’après la manière ordinaire d’envisager le calorique, on conçoit que, dans ces phénomènes, les molécules des corps étant subitement rapprochées ou modifiées de facon à ne plus pouvoir contenir le calorique qui était interposé entre elles , celui-ci est mis en liberté, et se précipite sur les corps qu'il rencontre; si la quantité de chaleur développée de la sorte est assez considérable , les corps pourront entrer en ignition. Sans vouloir combattre cette opinion , nous ferons remarquer que les mêmes moyens mécaniques qui développent de la chaleur dans un grand nombre de circonstances développent aussi de l'électricité.
102. Enfin, les phénomènes électriques nous offrèent plusieurs circonstances où la chaleur est développée avec beaucoup d'intensité et d'énergie; on ne connaît même aucun feu qu’on puisse comparer à la foudre pour la puissance. Nous en imitons les effets au moyen des décharges de nos batteries électriques et des courans de nos piles galvaniques. On attribuait en général ces phénomènes à la même cause que la chaleur développée
par compression; mais ces explications paraîtront devoir subir de grandes modifications, d’après les idées nouvelles de quelques savans sur la liaison de l'électricité et du calorique; ce n’est point dans un ouvrage aussi élémentaire que celui-ci, qu'il est possible de discuter ces opinions ; l’exposé de la science est déjà une tâche assez vaste à remplir; . mais ce sont de nouvelles preuves de l’analogie encore inconnue ou mal définie de ces deux agens.
SECTION Il.
109. La chaleur tend perpétuellement à se mettre en équilibre dans tous les corps; ainsi, toutes les fois que l’un d’eux est plus chaud ou plus froid que ceux qui l’environnent, il envoie ou absorbe de la chaleur, afin de se mettre au niveau de leur température; mais par quel moyen se fait cette transposition réciproque de calorique ? Est-ce par l’intermédiaire des molécules de l'air, ou des autres corps qui séparent ceux dont la température est différente, c’est-à-dire par contact ? est-ce à distance, de la même manière que la chaleur du soleil nous parvient, c’est-à-dire par rayonnement ? enfin les corps jouissent-ils au même degré de la propriété de transmettre le calorique, ou, s’il en est autrement, quelles règles peut-on reconnaître dans le mode de propagation de la chaleur, soit par contact , soit par rayonnement, de la part des différens corps ? Telles sont les questions à l'examen desquelles nous allons nous livrer.
104. Lorsque deux corps sont à des températureS différentes, le plus chaud partage son calorique avec le plus froid , tant par une transmission de rayons caloriques , que par une propagation de proche en proche, de sorte qu'après un temps plus