‹ Manuel de physique, ou élémens abrégés de cette scienceChapitre 74 sur 120 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

206. Nous sommes avertis de la présence des objets qui sont en contact avec nos organes par le sens du toucher, et par ceux de l’odorat et du goût, qui ne sont que des modifications du premier appropriées à Certains corps ; l’ouie nous fait

apprécier ces mouvemens particuliers de l’air et des corps en vertu desquels ils deviennent sonores ; l’œil nous fait connaître des objets séparés de nous par de grandes distances , nous fait embrasser en un instant leurs formes et leurs contours, nous avertit des propriétés particulières , telles que les couleurs, qui sans lui nous seraient demeurées éternellement inconnues , nous permet souvent d’avoir la perception d’objets entre lesquels d’autres corps sont interposés, nous fait pénétrer dans l’immensité de l’espace pour nous en révéler l’ordre et l’arrangement; c’est un scrutateur exact qui franchit pour nous les espaces, et va au loin s’informer des propriétés et de l’état des corps pour nous en apporter lPavertissement avec une promptitude infinie. Que serionsnous , sans cet admirable organe ? à quelles idées serions-nous limités si la perception de notre esprit, à tous, ne pouvait s'étendre plus loin que le distance où notre main palpe les corps ? nous serions sans doute réduits à une vie à peu près végétative. Mais que penserons-nous du génie de l’homme lorsque nous le verrons, profitant des découvertes des savans sur la marche de la lumière dans certains corps, trouver les moyens de rectifier les vices de nos organes, et de leur faire franchir des espaces dont la nature semblait nous avoir interdit l'accès.

Mais quelle est la matière qui forme ainsi l’intermédiaire entre les objets et notre organe, qui nous procure ainsi, la sensation des corps éloignés ? quelle est la cause de la visibilité ? est-ce une matière émanée de notre œil, et qui va embrasser les corps, comme le pensaient les anciens, opinion qui 5€ réfute assez d'elle-même? est-ce au contraire, comme l’a enseigné Newton , une émanation de particules de la part du corps lumineux où éclairé, ou bien, selon l'opinion la

plus générale des physiciens modernes, est-ce un fluide universellement répandu, qui, par des mouvemens vibratoires analogues à ceux de l'air lorsqu’il nous transmet le son, produit les phénomènes de la vision ? Dans nos considérations générales sur les fluides impondérables, nous avons essayé de donner une idée de la manière d'envisager les phénomènes. dans ces deux théories, et, sans rejeter absolument celle des émanations, nous avons annoncé que nous adopterions celle des vibrations » Comme embrassant l’universalité des phénomènes , et en rendant compte sans le secours de SUppositions gratuites aussi fréquentes. Nous ne nous arréterons pas de nouveau Sur la comparaison de ces deux systèmes, dont le Choix cependant, malgré que tous deux se prêtent plus ou moins bien à l’explication des faits observés, est loin d’être indifférent, puisque, ainsi que le remarque M. Fresnel , une hypothèse peut contribuer puissamment à Pavancement de la science, en expliquant d’avance les phénomènes, en diri- 8eant les expériences vers un certain but, puisqu’en second lieu la théorie de la lumière ne fai- Sant. qu’un avec la théorie du calorique, peut changer totalement la manière de concevoir la plupart des effets chimiques. Nous allons voir d’abord avec quelle facilité la théorie des vibrations éxplique l’intensité diverse de la lumière et dans tout ce chapitre, à mesure que les phénomènes se présenteront > NOUS reconnaitrons la fécondité de ses résultats et de ses appheations. 2017. La lumière, de même que l’obscurité, ne sont que des états relatifs à nos organes ; nous sommes doués de la faculté de percevoir les objets seulement lorsque la lumière à une certaine intensité; mais d’autres êtres Peuvent avoir d’autres limites de visibilité; et en effet , l'histoire naturelle nous offre mille exemples d'animaux qui peuvent

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supporter une lumière plus intense que nous sans en être incommodé , ou qui voient avec une quantité de lumière qui est pour nous les plus épaisses ténèbres. De tels phénomènes ne doivent point nous étonner, lorsque nous reconnaissons autour de nous tant de causes de mouvement pour le fluide éthéré, que son repos est presque impossible ; et on conçoit que dès qu’il est en mouvement, il peut produire une impression sur certains organes. Au reste, ces phénomènes d'intensité de la lumière, qui n'étaient pas sans difficultés dans la théorie des émanations, sont une conséquence immédiate de celle que nous avons adoptée, et s’expliquent d’une manière absolument analogue à ceux des sons égaux en vitesse de transmission, mais inégaux en intensité : ainsi, de même que les ondes sonores, non par des variations dans leur longueur, ni dans la durée des vibrations, mais bien dans l'amplitude des oscillations, nous ont présenté tous les intermédiaires entre le son le plus faible et le bruit le plus fort; de même les ondes lumineuses , par des modifications semblables, présenteront toutes les différences d’intensité imaginables. On conçoit sur-le-champ qu’un tel mouvement oscillatoire pourra avoir assez d'énergie pour agir sur un organe, tandis que son action sera nulle sur un autre; dans le premier cas, le son Sera entendu, le corps sera visible; dans le second , il y aura obscurité, silence complet pour l'être doué de cet organe. |

206. La lumière à la surface de notre globe provient d’un assez grand nombre de sources différentes ; mais la plus puissante, celle dont importance dans la plupart des phénomènes naturels est immense , c’est le soleil : sa nature, son mode d’action sur le fluide éthéré nous sont inconnus, mais toujours est-il constant que dès qu’il est au-dessus de notre horizon , il imprime

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au fluide qui nous environne un mouvement er vertu duquel, et le soleil, et tous les corps qui reçoivent son influence , nous deviennent visibles; de même, lorsqu'il s’abaï$se au-dessous de l’horizon, une obscurité plus ou moins complète succède au grand jour, nouvelle preuve qu’une cause puissante de production de lumière a disparu.

Parmi les astres, il en est quelques uns, tels que la lune, les planètes, qui ne nous sont Visibles que parce qu'ils nous renvoient la lumière du soleil; mais le plus grand nombre paraissent lumineux par eux-mêmes, c’est-à-dire doués d’une propriété analogue à celle du soleil.

2ca. Ces sources de lumière sont générales , tandis que les autres ne paraissent être qu’accidentelles, mais elles suivent les mêmes lois; c’est pourquoi on rapporte indifféremment les expériences et les raisonnemens à la lumière solaire ou aux différentes lumières terrestres. Parmi ces dernières , celle qui accompagne un grand nombre de combinaisons des corps mérite surtout de fixer l'attention. Dans une multitude d'opérations chimiques , il y a production de lumière et de chaleur ; les volcans en sont un exemple naturel; le feu que nous entretenons dans nos foyers, la lumière que nous produisons artificiellement pour nous éclairer, sont des combinaisons chimiques , causes productrices de chaleur et de lumière.

210. Les aurores boréales, l'électricité, sont encore des sources de lumière qui agissent dans certaines circonstances. Beaucoup de corps, même organisés, sont naturellement lumineux ; ce sont ceux qu'on appelle phosphorescens. Qui n’a remarqué la lampyre, ou ver-luisant, qui semble une étincelle au milieu des champs ? qui n’a entendu vanter par les voyageurs ces insectes, VÉritables lustres vivans des régions tropicales ? Parmi les corps phosphorescens, les uns le sont

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continuellement, d’autres n’acquièrent cette propriété que par intervalles, dans certaines circonstances. La plupart des corps qui ont été exposés à une vive lumière sont ensuite lumineux pendant plus ou moins long-temps. Les corps blancs sont presque toujours visibles, soit par la grande uantité de rayons qu'ils réfléchissent , soit parce qu’ils sont phosphorescens. Enfin le choc, la compression, le frottement, ainsi que le démontrent une foule d'expériences, rendent lumineux, les corps qui semblaient devoir se refuser le plus impérieusement à acquérir cette propriété.

Nous ne pouvons nier notre ignorance sur les causes primitives de tous ces phénomènes, mais nous devons dire que beaucoup d’analogies semblent les rapporter à des phénomènes électriques , de même que nous avons vu plusieurs effets calorifiques être attribués aux mêmes causes. Peutêtre touchons-nous au moment où l’on démontrera que les phénomènes lumineux ordinaires sont une dépendance du même principe, et par conséquent que tous ces effets si singuliers sont Le résultat de l’action modifiée d’un seul fluide.

211. Les corps, relativement à la lumière, présentent des différences très marquées ; ainsi les uns, tels que le soleil , les corps en ignition, répandent de la lumière autour d’eux, c’est-à-dire sont des foyers qui mettent en mouvement le fluide éthéré : on dit que ces corps sont lumineux par eux-mêmes. Les autres renvoient en tout ou en partie la luntière qu’ils ont reçue, c’est-à-dire propagent le mouvement vibratoire du fluide en lui faisant subir diverses altérations. Ces corps, .

qu’on appelle éclairés, ne deviennent donc visibles

Le quand ils sont en présence des premiers.

armi les corps éclairés, il en est qui laissent passer la lumière en plus ou moins grande quantité, tels que lés gaz, la plupart des liquides, un

grand nombre de cristaux , la plupart des solides lorsqu'ils sont suffisamment amincis; on dit alors que ces corps sont éransparens OU translucides. Mais il en est aussi qui arrêtent la lumière en tout ou en partie, ce sont les corps opaques. L’étude de ces diverses propriétés des corps a fait reconnaître et a conduit à l’explication de toutes les circonstances de la marche de la lumière, que nous exposerons dans des sections particulières.

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