‹ Manuel de physique, ou élémens abrégés de cette scienceChapitre 99 sur 120 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

27b. Les phénomènes qu’il nous reste à exposer/ formaient tout récemment encore plusieurs bran-! ches distinctes de la physique; l'électricité , le! galvanisme et le magnétisme, malgré leurs nom-! breuses analogies, demeurèrent long-temps sépa-! rés, parce qu’on n’avait pas découvert l’annean: qui les unit. On ne tarda pas à reconnaître que le! galvanisme n’était qu’un cas particulier de déve-! loppement de l’électricité, et presque à sa nais-! sance il y fut réuni; mais.il n’en fut pas de même! des phénomènes de l’aimant. Si leurs effets ana-| logues semblaient indiquer qu'ils n'étaient que! des modifications d’un même principe, on ne les: avait point encore vus se produire les uns par les! autres, et les plus savans physiciens, suivant la! route lente, mais sûre de l’expérience, s’abste-! naient de prononcer sur leur identité. Enfin la dé-! couverte des courans électriques, due à M. Oers: | ted, mais mise dans tout son Jour et analysée par! M. Ampère, ne laissa plus aucun doute sur cette | identité, et rangea Îles phénomènes magnétiques | parmi ceux dus à l'électricité. Peut-être touchons- | nous au moment où la découverte de quelques | lois plus générales permettra de regarder égale- | ment les phénomènes de la chaleur et de la lu- | mière comme des modifications d’un même prin- |

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cipe ; c'est du moins ce que semblent indiquer les nombreuses analogies , les rapports intimes qui rapprochent tous ces effets.

Les anciens n’eurent aucune connaissance des phénomènes électriques et magnétiques ; ils avaient seulement remarqué, mais sans sans s’y arrêter beaucoup, les effets de l’ambre jaune, en grec électron, et de la pierre d’aimant, en grec magnés ; d'où , à la renaissance des sciences, lorsque ces actions commencèrent à occuper les savans, on a üré les dénominations d'électricité et de magnétisme. Maintenant que ces deux ordres d'effets sont réunis, on a préféré à une nouvelle dénomination celle d’électro-magnétisme, qui indique sur-le-champ l'union de ces deux sciences,

270. Quelle est la nature de lélectricité ? quelle est la cause de tous les phénomènes singuliers qu’elle produit ? telles sont les premières questions qui s'offrent à résoudre ; mais à cet égard nous sommes forcés d’avouer notre ignorance. Nous voyons bien que ces effets exigent la présence de fluides éminemment subtils et élastiques. Mais quels sont ces fluides ? sont-ils les mêmes que ceux qui produisent la chaleur et la lumière ? Si les analogies permettent de penser qu’il en est ainsi, on ne peut point encore le dire d’une manière décisive : c’est ce que nous avons déjà fait remarquer dans nos considérations générales sur les fluides impondérables. Nous avons également cherché à donner une idée des deux systèmes qui partagent les physiciens dans la manière d’envisager les

hénomènes électriques. Comme leur exphcation diffère fort peu dans l’un et dans l’autre système, nous abandonnerons toutes ces idées théoriques, dont nous ne sommes point encore en état de donner une solution complète, et nous rappellerons seulement les bases fondamentales des deux opinons sur la cause de l'électricité,

Dans la plus ancienne, qui paraît avoir été émise d’abord par Dufay, maïs qui a été complétée par Symmer , on conçoit deux fluides qui ont une grande tendance à se combiner, à se mettre en équilibre , et qui manifestent divers effets lorsque cet équilibre est rompu dans un corps : cette opinion est la plus généralement adoptée en France; elle se prête peut-être plus facilement à l’intelligence des phénomènes. L’autre est due au célèbre. Franklin : on n’y suppose l’existence que d’un seul fluide susceptible de pénétrer tous les corps, et dont les diverses proportions en plus ou en moins dans ces corps produisent tous les phénomènes d'attraction et de répulsion : de là vient la dénomination d’électricité positive ou en plus, \orsqu’on suppose le corps chargé d’un excès de fluide Par rapport aux autres corps; d'électricité négative ou en moins, lorsqu’on le croit dans un état contraire. Ce système, plus généralement suivi en Angleterre, où on l’appuie même de quelques expériences, se recommande par sa simplicité, et semble plus satisfaisant aux yeux de la raison que celui qui suppose gratuitement l’existence de deux fluides si identiques dans leurs effets et dans le mode de leur développement. Dans ce dernier système, on désigne aussi les deux électricités sous les noms de positive et de négative, mais plus ordinairement de vitrée et de résineuse, parce que la résine et le verre sont constitués le plus souvent. dans des états électriques contraires.

277. Pour mettre de l’ordre dans. l’étude des phnomènes de l’électro-magnétisme, nous verrons d’abord dans quelles circonstances ce fluide, qui est universellement répandu dans la nature, qui paraît ÿ jouer un si grand rôle, qui existe toujours en plus ou moins grande quantité dans les corps, se manifeste ostensiblement par des actions inattendues , surprenantes, bizarres même,

enfin différentes de toutes celles que nous avons étudiées jusqu'ici. Nous ferons ensuite connaître les moyens à l’aide desquels on est parvenu à se rendre maître de ces phénomènes, à les produire à volonté , à les amplifier, à reconnaître leur présence lorsqu’elle paraît tout -à-fait cachée, à distinguer pour ainsi dire leur nature , enfin à leur faire produire des effets dignes de la plus haute attention. Les phénomènes naturels dus à l’électricité nous occuperont dans une troisième section ; dans une quatrième , l'électricité par contact nous donnera l’explication de plusieurs faits extraordinaires, et deviendra un instrument de décomposition des plus puissans comme des plus singuliers, instrument qui peut même mettre sur la voie de la nature intime des corps ; les phénomènes des couraus électriques , qui ont fait reconnaître l'identité du magnétisme et de l'électricité, fixeront ensuite notre attention ; enfin nous terminerons par l'exposé des effets des aimans et des corps aimantés, et par celui du magnétisme du globe terrestre. <

SECTION PREMIÈRE

276. La véritable cause productrice des phénomènes électriques est inconnue ; mais l’expérience a fait reconnaître plusieurs circonstances dans lesquelles ils se développent avec plus où mois d'énergie. Le nombre de ces conditions de développement de Vélectricité s’accroir chaque jour à mesure que les expériences se multiplient ; que les moyens d'investigation se perfectionnent ; en sorte qu’il est naturel de penser que les corps n’éprouvent aucune modification sans qu'il s'opère une production d’électricité, c’est-à-dire un chan-

gement dans la quantité du fluide électrique qu’ils contiennent. Mais c’est principalement par le frottement et le contact de certains corps qu'on obtient les effets électriques les plus puissans. La chaleur, la compression, diverses combinaisons chimiques, plusieurs animaux sont aussi des causes de production d'électricité.

270. Lorsqu'on frotte un bâton de cire d'Espagne ou de verre avec un morceau de drap, une peau de chat, on remarque que, si on approche Î& doigt, on obtient de petites étincelles; que si on le place à peu de distance de corps légers, ceux-ci se précipitent sur lui avec impétuosité : de plus, dans l’obscurité le bâton de verre paraît légèrement lumineux. Au bout d’un certain temps après le frottement , ces effets cessent de se manifester; mais on peut les reproduire à volonté en frottant le corps de nouveau. Ce n’est pas le verre et la résine seulement qui développent ainsi de l’électricité par frottement : un très grand nombre de substances sont dans le même cas, et il paraît même que toutes peuvent l’acquérir lorsqu’elles sont isolées ; car lorsqu'une personne est placée sur un gâteau de résine, par exemple, on en tire des étincelles en la frappant avec une peau de chat. On voit donc que le frottement, que nous avons vu produire de la chaleur, est un puissant moyen de développer l'électricité , et c’est en effet celui qu’on emploie dans les diverses machines électriques.

200. Si la compression n’est point une cause de production de la vertu électrique aussi puissante , il paraît qu’elle est du moins générale : toutes les fois que l’on comprime deux ou plusieurs corps les uns contre les autres, ils prennent des états électriques différens ; c’est ce que prouvent les nombreuses expériences de M. Becquerel sur ce sujet. Le simple contact de deux substances suffit aussi chez un assez grand nombre pour dé-

velopper l'électricité, et on est même parvenu à donner à ce moyen tant d'énergie, à lui faire produire des effets si particuliers, que nous devrons lui consacrer une section à part.

261. Dans une multitude d'opérations chimiques , comme le changement d’état ou de combinaison des corps, il s'opère encore un dégagement d'électricité qu’on peut regarder comme le résultat de la compression ou du contact des molécules de diverse nature. Enfin, en chauffant diverses substances, on leur fait manifester des signes évidens d'électricité, et il existe plusieurs poissons pourvus d’un appareil au moyen duquel ils provoquent instantanément le dégagement d’une grande quantité d’électricité, et dirigent ainsi sur leurs ennemis ou leur proie des commotions foudroyantes.

262. Toutes les fois qu’il ya dégagement d’électricité, soit par le frottement de deux corps, soit par contact, soit par tout autre moyen, ces Corps producteurs d'électricité sont toujours constitués en des états électriques différens , c’est-à-dire que si l’un est électrisé positivement, l’autre le sera négativement. [ls présentent alors le phénomène constant de repousser les corps chargés d’électricité de même sorte, et d'attirer ceux doués d’électricité contraire, phénomène qui se manifeste à distance ; d’où nous devons conclure que ces effets ont lieu, parce que, dans le premier cas, les deux corps sont déjà surabondamment pourvus du fluide électrique, ou en manquent tous deux; tandis que, dans le second , lun étant plus chargé que l’autre , ils tendent mutuellement à se rapprocher, afin de partager leur quantité de fluide, et de rétablir l’équilibre.

283. La sphère d’activité d’un corps électrisé s'étend tout autour de lui, et décroît en raison in-

verse du carré de la distance; c’est ce que Cou-

lomb a démontré. Il en résulte que tous les corps qui sont dans la limite de la sphère d’activité de ce corps doivent être influencés par son électricité! Deux corps électrisés différemment pourront dond paralyser mutuellement leur action en tout ou en partie, et par suite ne donner de signes d’électris cité que lorsqu'ils cesseront d'étendre leur sphèra d’activité à la même distance. Cet effet ne peut avoir lieu que quand un obstacle s’oppose à leux réuniôn ; car sans cela la tendance au rétablisse+ ment de l’équilibre provoque le corps surchargé à se débarrasser de l’excès de fluide sur l’autré corps, ce qui s’opère par une communication in sensible, ou bien par une décharge explosive la plus souvent accompagnée de lumière.

204%. Les corps, par rapport à l'électricité peuvent être rangés en deux classes, en bons e: en mauvais conducteurs : on n’a découvert aucun« propriété en rapport avec la faculté conductrice : mais l’expérience a appris que les métaux et la plupart des liquides, ainsi que la vapeur d’eau! les substances végétales et animales à l’état frais: et aussi la paille, le lin, sont de bons conducteurs: et qu’au contraire les substances résineuses et vis treuses, les graisses, le souffre, la soie, les gas secs sont de fort mauvais conducteurs. On appelld bon conducteur le corps qui transmet et abandonne instantanément toute l'électricité surabondanta dont il est surchargé ou qu’on lui fournit, e: mauvais conducteur celui qui ne partage que peu à peu , et par petites portions, son état électrique avec les corps environnans; ces derniers sont ceux chez lesquels l'électricité se développe avec le plus d'énergie; aussi les Anglais les appellent-ils indif! féremment corps électriques ou on conducteurs : Ori s’en sert pour communiquer l’électricité et l’accu: muler sur les autres corps au moyen d'isoloirs. En effet, si on entoure de toutes parts un corps con!

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ducteur avec des substances non conductrices, et qu’on lui communique de l'électricité, il sera forcé de la conserver jusqu’à ce qu’on lui présente un écoulement, ou bien jusqu’à ce que, surchargé trop abondamment , il se produise une explosion et une décharge de l'électricité accumulée. Un corps conducteur dans lequel l'électricité est ainsi retenue par les corps non conducteurs, est dit isolé, et il doit être disposé de la sorte pour produire un effet; car, par sa faculté conductrice même , il transmettrait sur-le-champ toute l’électricité qu’on lui fournirait au réservoir commun, €t un tel corps serait incapable de manifester le moindre effet. Le globe est ce qu'on appelle le

réservoir commun.

Puisque l’électricité ne demeure dans les corps conducteurs que parce que ceux qui ne le sont pas s'opposent à sa transmission, on doit s’attendre à la trouver en entier accumulée à leur surface; et en effet l’expérience a fait reconnaitre

ue le centre d’un tel corps ne manifeste aucun effet. L'air est très mauvais conducteur lorsqu'il est sec, mais sa faculté conductrice augmente conädérablement avec son humidité; c'est ce qui rend quelquefois les expériences électriques si difficiles. Au reste, les corps paraissent toujours s'opposer plus ou moins à la transmission du fluide électrique ; car dans le vide il se répand avec la plus grande facilité et sous la forme d’une lumière blanche continue. On n’a pas encore pu déterminer sa vitesse de transmission; Car , de même que celle de la lumière, elle est instantanée pour n05$ espaces terrestres. j

SECTION Il.

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