‹ Manuel de piété a l'usage des hommes de couleur et des noirsChapitre 1 sur 11 · ET AUX NOIRS · texte numérisé non relu

ET AUX NOIRS

•^Ies Frères en Jésus-Chbist , '

On a imprimé , surtout en France, 1 d’excellens livres de piété appropriés aux deux sexes et aux divers états* On y développe les devoirs des enfans et des vieillards , des vierges des époux et des veuves ; des riches

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et des pauvres. Je "dôuW qu’on en ait fait à l’usage des Africains et de leurs descendans. Tel est le but de celui que je vous adresse. C’est un foible essai susceptible d’être amélioré ; et., pour atteindre ce but, je „ recevrai avec reconnoissance les ob-

servations judicieuses des hommes

éclairés parmi vous, et spécialement de vos pasteurs.

Je me liàte de dire que ce Manuel n’est qu’un supplément aux autres livres de piété qu’on met ordinairement entre les mains des fidèles. II lie dispense pas de se procurer et de lire les Saintes Ecritures , qui sont la parole de Dieu même, expliquée et interprétée par l’église , limitation de Jésus-Christ, les livres contenant les pratiques .pour la confession , la communion ; l’ofïice divin , les prières de la Messe, et celles du ^atin et du soir. -

La plus sublime de ces prières est l’Oraison dominicale , que nous tenons de la bouche même de Jésus- Christ. O combien est admirable ce début : Notre père , qui êtes aux deux ! Ce peu de mois suffise ut pour détruire toutes les prétentions de l’orgueil qui voudroit établir une différence entre les en fans de la même famille. Celui qui est la vé- , rité même proclame que nous sommes tous enfans du même père. La nature et la religion ne reconnoissent pas la noblesse de la couleur, pas plus que celle de la naissance.

Dieu ne fait acception de personne. Cette maxime , énoncée dans l’Ancien Testament, n’est tant de fois répétée dans le Nouveau (i),

(i) Voy. 2 e paralip. 19 , 7 , ecdésiast. 10 , Roman. 2,11. Eplies. 6,9. Coloss. 3 *

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que pour l’inculquer plus efficacement. Quelques hommes égarés ou cupides, faisant un abus sacrilège des livres saints , ont prétendu y trouver l’apologie du despotisme et »

de l’esclavage; mais les maximes évangéliques protesteront à jamais Contre cette criminelle tentative.

C’est surtout par les chefs de l’église

qu’elles ont retenti dans l’univers. Le pape Alexandre III étoit leur organe quand il écrivoit à Lupus, roi de Valence, que, par le droit de nature, tous les hommes sont libres.

et quelle n’a pas créé d’esclaves ( i ) .

Lisez la belle homélie que le cardinal Chiaramonli , aujourd’hui Sa

I er Timoth. 4 > 9* — Jacob. 2 , T » •*— I. Pett.

(1) Voy. Historiæ anglic . scriptores , 2 vol. iu-fol. Loodtfes, i65a ? tom, I, pag. 58o. '

Sainteté le papp Pie VII , adressoit, en 1797 , le jour de Noël, au peuple d’Imola , dont il étoit évêque (1).

V oyez avec quelle tendresse il leur montroit l’heureux accord qui règne entre l’Evangile et la liberté politique. Combien il est édifiant et consolant de savoir que ces vérités ont été proclamées par des successeurs de saint Pierre, par des chefs de cette religion sainte, la seule fondée par Jésus-Christ, la seule vraie, et dont vous avez l’avantage inestimable d’être membres !

La religion , mes frères , est la source du bonheur dans cette vie terrestre et dans l’éternité. La religion est la garantie la plus certaine

( 1) Voy. Homélie du citoyen cardinal Chiaramonti , aujourd’hui le pape Pie VU , traduite de l'italien, Paris, 1818.

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dè la stabilité des gouvernemens.

Seule, elle peut y faire régner l’ordre et la justice. Il est une foule de délits et de vices que la loi civile ne peut atteindre ; mais la religion pénètre jusque dans les cœurs, pour y créer des vertus et des remords. Tel

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qui a le malheur de n’avoir pas de

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religion , s’il avoit.un trésor à déposer en mains sûres , un secret à contLg*0gphqisiroit de préférence un homme religieux. Quels dangers ; n’auroit-il pas à courir s’il était entouré d’impies? Son épouse lui. serait infidèle, ses enfans. lui désobéi-

roient, ses domestiques, ses ouvriers

le tvahiroient ou le voleroient. Si

tous les citoyens étoient sincèrement religieux , la société offriroit l’image du paradis sur la terre • elle seroit un avant-goût de la félicité céleste.

Jésus-Christ nous dit qu’il est la

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voie, la vérité et la vie (i). Déchus île l’héritage céleste par le péché d’Adam , notre misère éloit sans remède.

si le Fils de Dieu, égal en tout à son Père, ne seloit incarné pour le salut du genre humain. Par ses souffrances et sa mort, il nous a reconquis cet héritage ; mais à quel titre nous est41* dénué? Nous ne pouvons rien sans la grâce de Dieu ; elle seule peut rendre nos œuvres méritoires :

nos œuvres doivent donc coopérer à sa grâce. Mqis vos hommages peuvent-ils être agréables à Dieu , si vous no savez pourquoi vous les lui rendez , et sur quels principes ils sont fondés? Un saint pape raconte qu’un pauvre homme, nommé Servule ne sachant pas lire , acheta cependant l’Ecriture Sainte , et il prioit des gens vertueux de lui en faire la lec-

(i) Joan. i4 ? 6.

MANCEf.

ture(i). Jamais on n’est trop âgé pour s’instruire; mieux vous connoîtrez la religion , et plus vous l'aimerez. La sainteté de ses dogmes éclairera votre esprit , la pureté de sa morale touchera votre coËur. t eh ;’ul Saint Paul vent que nous soyons toujours prêts à vendre compte de notre espérance (2). Vous- '.trouverez dans le monde des incrédules , armés de sophismes pour combattre la religion, répétant sans cesse des objections qu’ils ont puisées dans des livres pervers, les seuls qu’ils li- .

sent ,,iet ne connoissant .même pas les excellens livres par lesquels on les a réfutés. Ce sont des juges qui , pour décider une cause, n’ont écouté qu’une partie , qu’un avocat. Si vous

(t) Voy. S. G rcgor. magni , ï5 y

in evangel . , .

(a) I. Petr. 3 , i5.

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h’étes pas en état de repousser leurs taux raisonnemens , votre ignorance sera pour eux un sujet de triomphe.

D’autres essaieront de tourner en ridicule votre piété. Pour se moquer de tout; il ne faut pas un talent supérieur, car un imbécile le fait aussi facilement qu'un homme d’esprit.

Que le respect humain n’ait jamais accès sur vous. Un monde corrompu se rit de la piété ; mais , malgré lui, il est forcé de la respecter. Quand , aux prises avec la maladie , couché sur un lit de douleur, vous touche- ■ rez au terme de votre vie, ces hommes superbes, qui blasphèment la religion , viendrotit-ils vous défendre au tribunal du Très-Haut? Quand devant vous s’ouvriront les portes de l’éternité , pourront-ils vous intro- du ire dans le séjour du bonheur?

Mes frères , aux approches de la mort, jamais personne ne s’est re-

,o .MANUEL-

nenti (l'avoir été bon chrétien. C’est une règle de conduite excellente de se dire : Quand je serai près d’aller rendre compte à Dieu de toutes mes actions , comment voudrois-je avoir vécu? Faisons actuellement ce que je désirerai avoir fait; vivons présentement comme alors je désirerai

avoir vécu. > 'i

Dans des temps calamiteux, d’hm> ribles profanations avoient souillé vos églises. Plusieurs d’entre vous en furent témoins, et sans doute ils en gémirent; qu’un respect profond de votre part soit une amende honora-

ble des sacrilèges commis dans le sanctuaire.de la Divinité ; rappelez* vous que dans ces églises vous fûtes régénérés par le baptême. Là est l'autel où, pour: vous et: pour tous les hommes , s’immole: la victime sans tache ; là , offrant à Dieu leurs adorations , implorant sa miséri-

DE PIÉTÉ. n

corde, ils élèvent vers lui la voix do leurs cantiques; là les fidèles réunis ne doivent former qu'un cœur et , qu’une âme; là, au nom du ciel instruisant la terre , vos pasteurs , revêtus du sacerdoce de Jésus-Christ, perpétuent au milieu de vous son ministère. • r :

Oh! combien est précieux un prêtre pénétré de la sainteté de ses fonctions et de l’étendue de ses devoirs !

On a dit avec raison qu’en sa présence le méchant éprouve un reproche secret, l’honnête homme un encouragement , et le malheureux abandonné se dit tout bas : J’ai encore un ami. Le temps viendra, et sans doute il n’est pas loin, où s’ouvriront des séminaires pour y former aux connoissances , aux vertus de leur état, de jeunes lévites de toutes les couleurs , des aspirans au sacerdoce

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qui doivent vous procurer un clergé national. *

Il est des hommes pour qui la religion n'est qu’une brillante théorie.

Ils consentent à. la respecter, sans la réduire en pratique. Chrétiens seulement de nom, ils ont tout au plus une foi stérile ; à eux s’adresse cette question de l’apôtre saint Jacques : « Que serviroit-il à quelqu’un de » dire qu’il a la foi, s’il n’a point les » œuvres? La foi pourra-t-elle sau- » ver ? La foi sans les œuvres est

« une foi morte (i)?» A quels signes reconnoîtra-t-on que vous êtes chrétien? Etes-vous assidu aux di-

vins offices ? Participez-vous aux sacremens de l’église? Sanctifiez-vous les jours spécialement consacrés au culte du Seigneur ?

Le christianisme condamne tous

(i) Jacob, ch. 2,v.

les vices et ordonne toutes les vertus.

Sondez les replis de votre cœur, interrogez votre conscience ; n êtesvous pas esclave de quelque passion, telles que l'impudicité, la vanité, la paresse , la colère , l’avarice ? \ otre âme est-elle pai’ée des vertus opposées à ces vices? Bien des gens se croient à l’abri de tout reproche quand ils peuvent dire : Je ne fais pas de mal ; mais, n 'être coupable d’aucun péché , ce n’est encore que

la moitié des devoirs. L’Ecriture

Sainte est formelle à cet égard : Evitez le mal , dit le psalmiste, et faites le bien (x). Ln serviteur dont il est parlé dans l’Evangile n^avoit .pas dilapidé le talent que son maître lui avoit confié; mais il ne l’avoit pas fait valoir, et il est condamné. Dans la parabole du mauvais riche , il n’est

(i) Psal. 36, v. 27 .

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pas dit qu'il eût fait mauvais usage de sa fortune; mais on ne \oit pas qu’il l’ait employée à faire du bien ; et l’Évangile nous le montre dans les flammes.

Le libertinage ÆSt une des plaies les plus hideuses qui aient affligé les pays où un absurde préjugé empêchoit les mariages entre les différentes couleurs , tandis qu’ils sont avoués et reconnus par la religion comme par la nature. Espérons que désormais la sainteté des nœuds légitimes et la fidélité conjugale repousseront un concubinage avilissant et grossier qui prépare des scandales aux enfans, même avant leur naissance. Le mot de débauche ne devroit jamais être prononcé qu’avec effroi. •

Et .vous, -que 1-Éternel a créées pour partager le bonheur de l’homme, pour être en tout associées à son existence, vous la moitié la plus

douce el la plus sensible du genre humain, épousés et mères, c’est à vous surtout qu’il appartient d épurer les mœurs, de les faire aimer et respecter par l’ascendant de vos bons - exemples. Soyez décentes - et vertueuses, et bientôt la décence et la • vertu seront naturalisées parmi vous.

Que dans votre conduite vos enfans lisent celle qu’ils doivent tenir.

On devroit frémir à l’aspect d’ua enfant qui s’annonce par des inclinations dépravées. 11 sera le déshonneur de sa famille , peut-être même le fléau de sa contrée, et le scandale de sa- perversité, après avoir corrompu ses contemporains, corrompra peut-être encore les hommes de l’aveuir.

Une mère qui refuseroit son lait à son enfant seroit coupable ; mais plus coupable mille fois est celle qui ne le nourrit pas du lait de la vertu.

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Tu as des enfans , dit l’Écriture Sainte, instruis-les (i). Elle ne dit pas : Enrichis-les ; et , dans le compte que vous rendrez à l’Eternel, pères et mères, s’agira-t-il d'opulence ou de vertu? Évitez le reproche sanglant ; que , dans les bras du vice et de la misère, un jour ils ne manqueroient pas de vous faire : en voyant les enfans, communément on connoît ce que valent les auteurs de leurs jours. Il semble que la gloire ou la flétrissure des parens soit gravée sur le front de ceux auxquels ils ont donné la

vie. u; - b

Rien n'est petit dans l’éducation ; un défaut est le gernie d’un vice ; un vice enfante un crime ; et c’est suf le sein d’une mère , c’est dans ses bras qu’on reçoit les premières et les plus durables impressions du vice ou de

(i) Ecclesiast. 7, 25.

DE PIÉTÉ. ' i 7

la vertu. Dans l’enfance on contracte des habitudes, dans le cours de la vie on ne. fait guère que les garder.

Unhomme qui, ayant été mal élevé, s’étoit livré au crime , fut condamné à la mort, en y allant disoit : Ce n’est pas le juge, c’est ma mère qui m’envoie au supplice.

^L’ignorance rend Thomme accessible k toutes les illusions des passions et de l’erreur. L’ignorance est une source de chagrins et de maux.

L’ignorance est un crime lorsqu’elle est volontaire. Vous êtes destinés à partager tous les droits des citoyens ; vous devez en remplir tous les devoirs. L’expérience prouve que parmi vous on trouve d’heureuses dispositions , et l’aptitude au développement de tous les talens ; mais à quoi serviroient les talens s’ils n’a voient la piété, la vertu pour compagnes? Un grand défaut de l’éducation dans la

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plupart des contrées civilisées, c'est de faire beaucoup plus pour l’esprit que pour le cœur. Qu’en résulte-t-il?

C’est que, dans les orages des passions , la vertu fait naufrage , et les dons de l’esprit, qui devroient seconder les bonnes mœurs , deviennent des armes funestes contre elles.

C’est le danger le plus imminent pour la liberté publique, qui alors fait place à la licence; et, au milieu des désordres du vice et de l’anarchie , on voit les gouvernemens s’écrouler.

L 1 n auteur a dit que Dieu ne juge de notre amour pour lui que sur l’étendue de celui que nous avons pour noe semblables. Quel que soit un homme par sa naissance , son pays., sa religion, sa couleur, vous avez des droits sur son cœur, il en a sur le vôtre ; s*if est engagé dans- le vice ou l’erreur, détestez ses vices, plai?

gnez ses erreurs , ramcnez-le , s’il est possible, avec douceur à la vertu et à la vérité ; mais voyez toujours en lui un frère qu’il faut aimer.

Que la probité préside à toutes vos transactions ; respectez les propriétés et les personnes; soyez fidèles observateurs des lois, elles sont l’expression de la volonté générale, et vous concourrez à leur formation par vos représentans. La loi doit planer sur toutes . les tètes ; on doit lui être soumis, même dans ses rigueurs, et penser que si quelquefois elle froisse les intérêts de certains individus , c’est 'que , malgré ses efforts pour répartira légal les avantages et les charges , elle ne peut pas toujours atteindre l’équilibre. L’homme qui pense s’honore d’obéir, parce que dans celui qui commande il voit toujours la loi qui prononce.

Ainsi , mes frères , soumission

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aux lois divines et humaines , respect aux autorités ecclésiastiques et civiles , piété , union , mœurs pures , amour du travail , courage ; par là vous achèverez de dissiper tous les préjugés que l'ignorance avoit élevés, et de réfuter toutes les impostures accumulées par la malveillance, qui vouloit contester aux Africains et à leurs descendans des talens et des vertus dont tant de fois déjà ils ont donné des preuves signalées.

Un mauvais citoyen ne sera jamais un bon chrétien, au lieu qu’un ' chrétien vertueux sera toujours un digne citoyen. L’Ecriture Sainte et l’expérience lui ont appris que la /?-:

gure de ce monde passe y qu ici-bas • nous n'avons pas de cité permanente (i). Notre existence sur la terre est fugitive ; nous ne faisons , pour . - - - - -

(i) p.. Corint. 7 , 3i ;Hebr. 1 3 , x 4- '

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ainsi dire , que glisser rapidement sur sa surface; mais au-delà du tombeau il est une région nouvelle où le crime est puni , où la vertu trouve sa récompense. Enfans de l’Évangile , appuyés sur les promesses de Jésus-Christ, soyez fidèles à ses préceptes; vous êtes en route pour l'éternité. Fasse le ciel que la fin du voyage soit le commencement de votre bonheur ! i

Tels sont les voeux que forme pour vous un homme qui , depuis trente ans , calomnié, persécuté sans relâche pour avoir défendu votre cause , qui est celle de la justice , n’ouvrit jamais son cœur au ressentiment, ne conserve aucune aigreur contre ses ennemis , et qui , arrivé au soir de la vie , consentiroit à être victime de calomnies et de persécutions nouvelles , si par là il pouvait contribuer à votre bonheur.

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