‹ Manuel de piété a l'usage des hommes de couleur et des noirsChapitre 11 sur 11 · BEN OIT-LE-MAURE · texte numérisé non relu

BEN OIT-LE-MAURE

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De t<)as les hoirs inscrits dans ïe catalogue des saints , le pins célèbre est Benoît de San to-Fratello , nommé aussi Benoit-le-Maure , à cause de sa couleur; Benoit de Saint-Phi ladelphe , en Sicile , où il naquit , en i5a4; Benoit de Païenne , parce qu’il vécut très-long-temps en cette vdle , et qu’il y mourut.

Ses parens , établis à Saint-Philadelphe, étoient esclaves, et Benoît l’eût été comme eux si le maître ne lui eut donné la liberté- Cultiver la terre , soigner des troupeaux , furent

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les premières occupations du jeune affranchi. Le travail et lecononne lui procurèrent les moyens d’acheter une paire de bœufs , et d 'être laboureur pour son propre compte. 11 avoit .

alors dix-neuf ans.

Les senti mens de piété qu’il avoit sucés avec le lait maternel, étoient profondément enracinés dans son •cœur , et ils se fortiüèrent avec l'âge. .

Près de sa demeure passoit souvent; un gentilhomme nommé Lanza , qui s’étoit dégagé des soins terrestres , et retiré dans la solitude avec quelques compagnons, pour se livrer à la pratique des conseils évangéliques , et .

aux exercices d’une vie pénitente, Benoît vend ses bœufs et tout ce qu’il ■possède , en distribue le prix aux pauvres, s’arrache aux embrassemens des auteurs de ses jours, et s’enrôle dans cette confraternité dont bientôt après il fut élu . supérieur. Mais les

mollifications et les rigueurs qu’on y praliquoit parurent trop austères au pape Pie IA, qui enjoignit aux sociétaires d’abandonner leur retraite et

de choisir chacun l'un des ordres re-

ligieux approuvés par le Saint-Siège.

Benoît entra comme frère lai dans le tiers ordre des Franciscains , à Palerme , où sa réputation de sainteté l’avoit devancé , et qui le reçut à bras ouverts. Envoyé ensuite au monastère de Sainte-Anne, après trois ans de résidence ; il revint à Palerme , où il fut chargé des humbles occupations de cuisinier ; mais dans ce rang inférieur il fit éclater tant de sagesse et des vertus si pures, que bientôt après, malgré sa résistance , et quoique frère lai , la communauté le choisit pour gardien. En cette qualité il fut dans le cas de se rendre à

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Girgenti, pour assister au chapitre provincial. Telle étoit la réputation

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dont il jouissoit , que des commissaires furent dépêchés pous s’assurer du moment de son arrivée. Par un mouvement spontané , le clergé , la noblesse , tout le peuple de Girgenti , se portèrent à sa rencontre, et il entra dans la ville au milieu des acclamations et des bénédictions des citoyens qui se recommandoient à ses prières. '

Le temps de son gardianat étant expiré , il fut nommé maître des novices ; et , dans cette charge , une occasion nouvelle fit éclater sa droiture et son humilité : ayant infligé .

un châtiment sévère à un novice dont ensuite l’innocence fut prouvée, Benoît se précipite à genoux devant ce novice, et lui demande pardon.

La prudence qui éclatoit dans toute la conduite de Benoît lui avoit concilié l’admiration et les respects à tel point , que de toutes parts il étoit

La haute considération dont Benoît étoit entouré ne le lit jamais changer son régime de vie , ni ses pieux exercices. Jamais elle n’altéra sa douceur , son humilité ; il se crut même plus étroitement obligé de redoubler de zèle et de perfectionner son cœur pour servir de modèle à ses frères. Il puisoit de nouvelles forces dans la sainte Eucharistie ; elle fut encore sa consolation aux appi’oches de l’éternité. A la suite d’une longue maladie , ayant reçu le saint viatique, il demanda pardon de toutes les fautes qu’il pouvoit avoir commises envers ses frères , qui , connoissant la pureté de son âme et son innocence, étoient attendris et fondoient en larmes. Puis, élevant les yeux, au ciel, les bras étendus en croix, il prononça ces paroles du psalmiste : Seigneur , je remets mon âme entre vos mains , et il expira en i 58 o, à lage de

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> 65 ans, à Palerme, où il fut inhumé

ijç,. dans l’église de Sainte-Marie-de-Jésus. Toute la ville et le voisinage assistèrent à ses funérailles , et pendant ■quatre mois on vit à son tombeau un concours prodigieux de toutes les parties de la Sicile.

La réputation de Benoît avoit franchi les limites de cette île, et s’étoit

répandue non-seulement en Espagne et en Portugal , mais encore dans les contrées espagnoles et portugaises

du Nouveau-Monde.

Beaucoup d’auteurs contemporains ont publié des détails biographiques concernant ce célèbre Noir, qui, suivant eux, avoit le don de pénétrer dans l’avenir , et de prédire les choses futures. Ils lui attribuent une

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foule de miracles; et , dût-on élever des doutes sur quelques-uns, il faut

que plusieurs aient été vériûés avec toutes les formalités requises

(i) Voy. Compendioso ristretto dette virtu e miraeoU. dei Quattro sancti Francescam , 5 . Benedetto da fil^elfo, etc. Firenze, 1817. On peut consulter apssi 1 ouvrage espagnol d’ Àlonzo de Sàncfôval , Naturalisa ; pohaa , , de todàk Étiopes , etc. $ ou le ttième ouvrage en latin-, de JnstaumridtL Æthiopum,

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pour la canonisation. Son culte , autorisé en 1610, le fut plus spécialement en i743> d’après un décret de la congrégation des rites-, mais, en 1806, le pape actuel. Pie Vil, a mis au nombre des saints Benoît-le- Maure, dont on célèbre la fête le 2 5 janvier. Dans sa vie , imprimée Tannée suivante, en italien, à Flo-

saint Benoît-leblancs comme les Africains, l’est plus encore par ces derniers dans l’Amérique- Méridionale, surtout à la Vera-Cruz la Puebla-de-los-An gelos ( 1 ) .

Bougainville, dans son voyage, nous apprend qu a Buenos- Ayres les dominicains avoient établi une eonfrérie de noirs, ayant leurs chapelles, leurs offices. Ils ont pour patron

saint Benoît de Palerme et la sainte Vierge. Le jour de leur fête, divisés en deux bandes , élégamment vêtus et armés , ils forment une procession

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salute , liv. i, ch. 32 . Le Martyrologium franciscanum , par Arthur De Mous lier, infol. Paris , 1638 , 25 janvier. La Sicilia sacra , autore dom Roccho Pirro, éd. 3 . Studio An tonini Mony store ^ 2 v. in-fol. Panorm.\ 1733. tora. I , pag. 207 , sous la date du 4 avril. Annales minorum et continuât ! . À. Jos. Maria de Ancona , in-fol. , Romœ , 176 , t. XIX , pag. 201 et 110. Vox turturis, in- 4 °- Coloniæ Agrippinœ , i 638 , par Gravina. L 'Histoire générale de V origine et des progrès des frères mineurs , nommés Récollets , par Charles Ra-

. Voyage de Bougainville , tom. ,

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ou l’on porte la croix , la bannière , et l’on chante des litanies (i).

Beaucoup de potentats ont pesé sur la terre , dont ils étoient les fléaux ; les uns sont oubliés , les autres sont en horreur à la postérité , tandis qu’un pauvre noir , qui a édifié le inonde , devenu citoyen du ciel et canonisé par le chef de l’église, reçoit actuellement les hommages des catholiques de toutes les couleurs tant il est vrai que Dieu ne lait acception de personne! La naissance, la puissance, les richesses, ne sont rien à ses yeux; souvent elles sont entre les mains des hernies plus corrompus. Elles ne fent avoir de mérite que par le on en fait. Dans l’état

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le plus abject aux yeux des mondains , un malheureux , qu’il soit noir , sang-mêlé ou blanc , esclave ou | -libre, est plus grand aux yeux de l’Éternel, qu’un être dépravé, fût-il comblé de richesses , au faîte des honneurs et ceint du diadème. Le christianisme proclame hautement cette égalité primitive des hommes L. de toutes couleurs sortis d’une tige 1 unique , créés par le même Dieu , ^

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