XII. — Devoirs des maîtres
Domini, quodjustum est etœquum^ servis prœstate. (Colos., iv, 1.)
Maîtres, rendez à yos senriteurs ce qui est de la justice et de l'équité.
De tout temps il y a eu dans le monde des maîtres et des serviteurs. C'est une nécessité sociale, que les modernes utopies ne parviendront pas à réformer. Toujours il y aura des riches et des pauvres, des rentiers et des travailleurs, des maîtres et des serviteurs. La prétendue égalité que proclament certains exploiteurs du peuple, n*est qu'un séduisant mensonge, inventé pour satisfaire leur ^pidité et leur ambition personnelle, au détriment de ceux qui les croient. Leur rêve impie est de ramener la société au paganisme, en battant en brèche la sage et bienfaisante influence de l'Église. Le résultat immédiat de leur triomphe, si, par impossible, il arrivait, serait le complet asservissement de la multitude; et l'on verrait de nouveau le monde livré k un çeViX. xiotsùyce ^^ v^t^^^
sans frein, servis par le reste des hommes réduits au plus avilissant et au plus cruel esclavage.
Ce sera l'éternel honneur de TÉglise d'avoir transformé l'esclave du paganisme en un serviteur digne de Tamour, de la protection et du dévouement de son maître. Et, si elle fait au serviteur un devoir de l'obéissance, elle fait au (naître une obligation d'observer envers le serviteur les lois de la justice et de l'équité : Quodjustum est et œquum, servis prœstate.
Quels sont donc les devoirs des«maltres envers leurs serviteurs? C'est ce que nous allons exposer.
Ces devoirs sont de deux sortes : 1 *" ceux qui regar^ dent le corpè et la vie présente; 2» ceux qui regardent Vàme et la vie future.
I. Devoirs par rapport au corps. — En général, la manière dont les maîtres traitent leurs serviteurs et leurs sujets, dépend de l'idée qu'ils en ont et de l'estime qu'ils en font. Si les gens du monde sont enclins à voir dans leurs serviteurs des êtres inférieurs, et comme une race à part, condamnée aux travaux les plus bas et les plus pénibles, ce n'est pas ainsi que doit Jes envisager le chrétien enfant de l'Église. Ces serviteurs sont de même nature que leurs maîtres, et ils sont leurs frères aux yeux de la religion. Comme eux, ils sont enfants de Dieu, formés à l'image de Dieu, rachetés au prix du sang de Jésus-Christ, régénérés par le même baptême, et destinés à régner un jour dans le ciel, où il n'y a plus ni maîtres ni serviteurs, mais des élus, qui, partageant la même gloire, aimeront, loueront et posséderont le même Dieu.
Ces considérations "vous teiotLX ç.^tK^\^^^^ >s5ï^
Téiitables dcYoirs envers ^os serviteurs. Pour la vi^ présente et pour le corps, commetit deveà-vous les traiter? SI c'est pour eux uû devoir de vous servir avec fidélité et dévouemédt, c'est aussi im devoir pour TOUS) maîtres et maîtresses « de leur donner une uoutritur» suffisante et un juste salaire^ Que penser doliG àû ces maîtres (}ui viveût délicatement et avec reeherehe, et laissent endurer la faim à letirs domestiques, ou ne leur donnent que ded aliments plus propres à eiciterle dégoût qu'à entretenir la santé ?...
Sont-ils charitables, sont-^ils raisonnables seulement, ces maîtres qui surchargent leurs serviteurs où leurs servantes de travaul rudes et péûibles, capables de ruiner leur santé? et ne pouTrait-oîi pas dire de ces maîtres qu'il vaudrait mieui être leur bœuf ou leur cheval que leur domestique? On en Voit, en effet, s'apitoyer sur la vieillesse d'un cheval ou d'un chien, tandis qu'ils sont sans côtnmisération pour un serviteur qui succombe de fatigues ou d'infirmités... Est-ce digne d'un bon maître que d'envoyer à l'hôpital un domestique malade, et de lui refuser des soios, quand on peut facilement le garder chez soi ? « Si vous avea un serviteur qui vous âoit fidèle, » dit l'Ecclésiastique (xxim, 31), « qu'il vous soit cher Comme votre vie; traitez-le comme un frère... » Comme modèle d'un bon maître j on peut citer le centenier de rÉvangile. (Matth., vili, a-13. Luc, vu, 1*10.) Son serviteur est malade j il ne se contente pas dô le garder dans sa maison, de le soigner affectueusement, mais encore il accoùtt. a\iLçtfe% Am ^tok-
^ le priant d'avoir pitié de m C;\k<Èt tii%\JiÀ!^ ^v ^^
^ rendre à la sanlê. Regardez vos sefyiteurs CDinine
m frères dt vos enfants, aitisi que disait saint Paul
è Phllémon en lui rénvdyànt Onésime son esclave
(Philem., 16), et vous n'aurez pas de peine à leur
rendre tous les devoirs d'une véritable charité.
IL Devoirs par rapport à rame. ^— Ce que vous devez à vos serviteurs pdr rapport à leur âole, est plus important éndôrô qUe ce qiie vous leUr devez par rapport au corps. De votre part ils ont dt-oit à Tinstruction religieuse, à la vigilance, au conseil, à la Correction et au bott exemple. Leur âme vous est confiée, comme celle de vos enfauts. Or, pour servir Dieu et vous servir vous-mêmes avec fidélité, ils ont besoin de connaître la religion, de savoir leur catéchisme. On voit d'excellents maîtres se faire euxmêmes les instituteurs religieux de leurs serviteurs, et leur enseigner les règles de la piété et de la morale chrétienne. Si vos occupations ou d'autres raisons ne vous permettent pas de faire ainsi, ayez soin de laisser â vos domestiques le loisir d'assister aux instructions qui se font à l'église, et même Usez de votre autorité pour les obliger à y aller...
Exercez à leur égard une continuelle vigilance, afin qu'ils se conservent dans la crainte de Dieu . Tenez à ce qu'ils accomplissent leurs devoirs de chaque jour, de chaque dimanche ou fête, de chaque anuée. La fréquentation des mauvaises compagnies ou des lieux suspects est la perle d'un grand nombre. Sachez où vont et ce que font vos serviteurs, afin que vous n'ayez aucun reproche à vous faire devant Dieu.
A la vigilance joignez les sag^^ ÇiCi\i^'^A%'^\» ^fô^ "^^^
paternels. Une parole bienveillante, affectueuse de votre part, les détournera du mal, les portera au bien, les encouragera et contribuera à vous les attacher davantage.
S*il en est besoin, ayez recours à la correction, aux réprimandes, vous proposant surtout leur bien et leur amendement. Ce serait faiblesse de* votre part que d'écouter sans rien dire les mauvais discours, les imprécations et les blasphèmes que pourraient se permettre les gens à votre service. N'auriez-vous pas à craindre d'ailleurs que des discours ou de la conduite de vos domestiques ne résultât quelque scandale pour vos enfants?... •
Eafio, ce que vous devez à vos serviteurs, c*est le bou exemple. Vos admonestations, vos avis, vos conseils, auraient sur eux .peu d'influence, si vos actes démentaient vos meilleures paroles. S'ils vous voient accomplir ponctuellement les devoirs envers Dieu que vous leur recommandez, ils n'auront pas de peine à se rendre à vos exhortations. En retour des bons et loyaux services qu'ils vous rendent, par vos bons exemples, vous les aiderez, vous les encouragerez, vous les affermirez dans la voie du salut, et ainsi, maîtres et serviteurs, vous mériterez d'entendre cette parole : Euge, serve bone et fideliSf,,, intra in gaadmm Domini lui. (Matth., xxv, 21, 23.)