‹ Manuel de prononciation. Nouvelle éd. rev. et corrigée, augmentée d'une préf. de Édouard ThierryChapitre 24 sur 28 · DE LA QUANTITE ET DE L'ACCENT · texte numérisé non relu

DE LA QUANTITE ET DE L'ACCENT

Le mécanisme des vers français repose essentiellement sur la rime et le nombre des syllabes, tandis que les longues et les brèves sont le fondement même des vers grecs et latins. Néanmoins la quantité et l'accent ont leur importance dans le discours français et nous ne pouvons les passer sous silence.

De la quantité

Il y a deux sortes de quantités :

La quantité syllabique et la quantité prosodique.

La quantité syllabique a rapport au nombre de syllabes contenues dans un mot; c'est plutôt une règle de versification que de prononciation.

Pour que la quantité syllabique soit respectée dans le vers, il est nécessaire de donner quelquefois à une simple diphtongue la valeur de deux syllabes. Le mot impiété, par exemple, comptera pour quatre syllabes :

Rompez, rompez tout pacte avec l'im-pi-é-té.

Racine.

La quantité prosodique est assez difficile à définir en tant que règle absolue : elle a trait à la durée longue ou brève des syllabes et contribue beaucoup à l'harmonie de la parole quand elle est bien observée.

Cette durée varie selon la place que le mot occupe dans la phrase. Si l'on dit :f ai à vous faire une demande, on allongera la syllabe mande, qui perdra de sa longueur dans la construction suivante : j'ai une demande à vous faire. En allongeant, comme on le fait généralement en Belgique, les terminaisons des mots tels que secrète, discrète, bibliothèque, etc., on pèche contre la quantité prosodique, qui veut que les terminaisons en èle et en èque n'aient pas une durée aussi longue que celle en été et en êque .-préfète, chèque, fête, évéque. Cette règle de quantité prosodique intéresse surtout les diseurs, car les

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chanteurs ont souvent à faire entendre une note soutenue sur une syllabe brève.

De l'accent

Il y a diverses sortes d'accents :

ro L'accent prosodique; 20 L'accent tonique; 30 L'accent logique ; 40 L'accent expressif.

L'accent prosodique a particulièrement trait à la sonorité grave ou aiguë de la voyelle.

L'accent et la quantité prosodiques sont souvent réunis dans la même syllabe, c'est pour cela qu'on les confond presque toujours.

Il faut cependant faire la différence entre le son de la voyelle (accent) et la durée de la syllabe [quantité).

En prononçant IV fermé du mot café comme un è ouvert, on ne commet qu'une faute de son, tandis qu'on pèche à la fois contre le son et la durée en substituant un /fermé à Yè ouvert du mot discrète et en prolongeant la durée de cette syllabe cte qui est brève.

L'accent tonique est la syllabe qui, dans un

mot domine les autres syllabes. Il a en français sa place toujours marquée sur la dernière syllabe sonore du mot, quand cette syllabe est masculine, et sur Vavant-dernicrc, quand elle est féminine : revêtir, usage. On appuie sur les syllabes tir et

»sa en faisant sentir Yi et l'a de l'accent tonique qui l'emporte sur l'accent prosodique.

Les Wallons déplacent presque toujours l'accent tonique, ce qui donne à leur langage une cantilène particulière. Dans cette phrase : le principe de la royauté', ils ne manqueront pas d'appuyer fortement sur les syllabes prin et au et de dire : le principe de la royauté, alors que l'accent doit reposer légèrement sur ci et té : le princ/pe de la royaux.

L'accent logique est celui qui met en relief le »t de valeur d'une phrase. Essayons dans ces vers ae Lamartine de faire comprendre ce que nous entendons par le mot de valeur :

Dieu fit pour les esprits deux langages divers : En sons articulés l'un vole dans les airs ; Ce langage borné s'apprend parmi les hommes; Il suffit aux besoins de l'exil où nous sommes, Et, suivant des mortels les destins inconstants, Change avec les climats ou passe avec les temps.

L'autre, éternel, sublime, universel, immense,

Est le langage inné de toute intelligence :

Ce n'est point un son mort dans les airs répandu,

C'est un verbe vivant dans le cœur entendu;

On l'entend, on l'explique, on le parle avec l'âme.

Pour dire logiquement il faut commencer par analyser avec soin ce qu'on veut dire ou lire. L'analyse est une des plus précieuses facultés de l'esprit humain; elle nous initie aux mystères de l'art. Par elle, on apprend à distinguer dans le discours quel qu'il soit, vers ou prose, les idées principales de celles qui sont purement accessoires; on les fait valoir sans rompre pour cela le lien d'unité qui les rattache les unes aux autres. C'est un tout composé de diverses parties qu'on ne sépare que pour les mieux réunir dans un harmonieux ensemble.

Il y a des mots de valeur et des mots de rapport qu'il faut savoir dégager, tout en conservant à la phrase son unité d'expression.

L'accent expressif n'est pas précisément du domaine de la technique; il appartient au sentiment individuel et vient de l'âme, comme dit le poëte. L'étude des œuvres littéraires classiques et modernes fournit une mine féconde d'exer-

cices ; ce ne sera pas perdre son temps que de chercher à traduire fidèlement la pensée de nos grands écrivains.

Ce travail est la partie la plus intéressante de l'art de dire, c'est aussi celle dont il est le plus difficile de formuler la théorie.

Comprendre et sentir ne sont pas seulement le résultat de l'étude, tout le monde est d'accord sur ce point; mais l'artiste, pour ne pas être arrêté dans les élans de son âme, doit posséder aussi cette habileté de métier qui ne s'acquiert que par le travail et l'habitude.

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