‹ Manuel de prononciation. Nouvelle éd. rev. et corrigée, augmentée d'une préf. de Édouard ThierryChapitre 8 sur 28 · DÉROULÈDE · texte numérisé non relu

DÉROULÈDE

Exercice de lecture

sur les différentes sortes d'à dont l'élève doit faire l'application :

Homère a du théâtre enseigné les mystères : Pathétique, grandeur, passions, caractères, Un dialogue vrai, rapide, vigoureux, Les préparations, les contrastes heureux, La science du cœur, l'émotion, la flamme, Tout ce qui donne au drame enfin la vie et l'âme Dans les livres d'Homère apparaît à nos yeux : Victorieux du temps, ces livres précieux Sont le code éternel de la race choisie, Noble amante des arts et de la poésie.

Quand l'aveugle divin, las de l'adversité, Alla chercher aux cieux l'immortelle clarté, La mort n'atteignit point le flambeau de sa gloire : Ses vers lui survivaient dans plus d'une mémoire. Parcourant les cités et les bourgs et les champs, Des hommes récitaient des lambeaux de ces chants, Et, réunis autour de ces bardes antiques, Les Grecs leur prodiguaient des clameurs sympathiques.

Samson (i).

(t) L'Art théâtral, Chant huitième, p. 217.

AI

Orthographe actuelle de la diphtongue oi qui s'est substituée à l'ancienne par suite du changement de prononciation.

" Le nom du peuple français se prononçait et s'écrivait comme le nom propre françois; qu'il paroisse se confondait avec la paroisse. On prétend que cette prononciation a changé lors de l'arrivée de Catherine de Médicis. Le son oi n'existant pas en Italien, la reine et les Italiens qui l'accompagnaient prononçaient ces mots à l'italienne \francese, qu'il paresse. Cette prononciation, adoptée bientôt par les courtisans, ne tarda pas à devenir générale, bien que l'orthographe restât la même. Il paraît que Racine est le premier qui, faisant concorder l'orthographe avec la prononciation, se soit écarté de l'orthographe ancienne, en remplaçant oi par ai dans sa préface de la Thébaïde. Voltaire n'est donc pas le réformateur, mais le vulgarisateur de la réforme, et, à ce titre, il a mérité l'honneur d'y attacher son nom. On dit encore aujourd'hui : l'orthographe de Voltaire. Cependant, elle n'a

été définitivement adoptée par l'Académie que dans son édition de 1835. „ (1)

Nous donnons les différentes prononciations de ces voyelles réunies (page 32).

(I) LAROUSSE, Grand Dictionnaire : Ai.

De la voyelle E

Ué est la voyelle qui subit le plus de modifications dans le son.

L'Académie en compte trois : e muet, e fermé, e ouvert. Les illustres solitaires de Port-Royal en reconnaissaient quatre; Duclos en a trouvé cinq; le dictionnaire de Trévoux, six; enfin, dans l'Encyclopédie, Dumarsais en a fait monter le nombre jusqu'à neuf. Nous nous en tiendrons, aux quatre sons classiques suivants :

e muet et quelquefois nul,

é fermé,

è ouvert,

ê très ouvert.

(Les différents sons de YE doivent être absolument donnés à haute voix par le professeur à l'élève ; la nuance à établir ne pouvant guère être perçue que par l'oreille. Le maître prononce, l'élève répète e, é, èy ê).

De PE muet

Pour émettre le son de Ye muet, il faut ouvrir la bouche moins que pour Ya et avancer un peu les lèvres.

L'e n'est muet, à proprement parler, que quand il est nul, c'est-à-dire quand on ne l'entend pas, comme dans: vousf'rez, bul'tin, Hug'not. On est néanmoins convenu de donner ce nom à Ye qui a le son de Y eu bref: le livre, le pesage, la besace, le denier. Dans le chant, Ye nul n'existe pas; il a toujours le son de Ye muet (eu bref), sauf par élision, c'est-à-dire lorsqu'on supprime Ye muet final d'un mot devant un autre mot commençant par une voyelle ou une h non aspirée :

père infortuné, qui se prononce: pèr' infortune. flamme horrible, „ flâm'orrible.

Dans le langage parlé, E est nul dans une quantité de mots, tels que :

bouq'tière. épic'rie. maintenant,

brass'rie. facilement. nul'ment.

crêm'rie. fauss'ment. riv'rain.

coutel'rie. grossier' ment, seul'ment.

emp'reur.

en ter' ment.

laifrie.

lot'rie.

souv rain.

etc., etc.

Il est encore nul dans les phrases quand deux syllabes muettes se rencontrent, par exemple :

je l' dis; ce d'voir est fait; le p'tit Poucet, etc.

. S'il y a trois, quatre, cinq ou six syllabes de ce genre, on élide soit la seconde, soit la quatrième et la sixième :

je n' le dis pas; ne l' redites pas; je n' te l' défends pas; ne m' le r' dites pas; de c' que /' te r'dis, etc.

Remarque. — D'après les exemples ci-dessus, on voit qu'il ne peut y avoir deux e muets de suite dans la prononciation française. On ne fait entendre qu'un e muet sur deux en commençant ordinairement par le premier. Cependant, dans les phrases suivantes, il faut se garder d'élider la seconde syllabe muette : un verr' de vin, et non : un verre d'vin; un homm' de bien, et non : un homme d'bien; Ye de la préposition doit toujours, dans ce cas, être bien articulé.

E se fait entendre dans :

Atelier, appartement, chancelier, chapelier, fai-

blement, gouvernement, justement, lourdement, parlement, parvenu, proprement, sommelier, etc.

(Nous nous bornons à ces quelques exemples, l'élève pouvant toujours, dans les cas douteux, avoir recours au professeur.)

Quelques personnes suppriment Ye de serrure et l'accent de réponse et disent : une s'rure, une réponse, au lieu de: une serrure, une réponse. Cette prononciation est des plus défectueuses.

De même pour le préfixe RES, où l'E doit se prononcer comme un E muet {eu bref), et non comme un è ouvert. Il ne faut pas dire :

rassembler, mais re ssembler. ressentir, „ re ssentir.

ressentiment, „ re ssentiment, etc.

Ce n'est que dans le corps des mots que l'E suivi de SS prend le son de l'E ouvert moyen :

pressentiment se prononce pressentiment. blessure, „ blessure.

caresser, ,, caresser, etc.

EU (i)

EU a deux sons : celui de Yen bref, que nous assimilons à Ye dit muet, et celui de Y eu long.

EU se prononce quelquefois aussi U.

EU a le son bref dans les mots en FEU, ŒUF, EUR, ŒUR, EURE et EUVE :

Neuf, veuf, bœuf, œuf, bonheur, peur, cœur, sœur, demeure, heure, fleuve, preuve, etc.

Il est également bref en EUL et EULE :

Aïeul, bisaïeul, épagneul, filleul, glaïeul, linceul,

(1) Anciennement, dans certains mots, le son en s'écrivait ue : buef pour bœuf il puet pour il peut, dueil pour deuil, etc. Cette vieille orthographe se retrouve dans : accueil, cueillir, recueil, etc., qu'on prononce aujourd'hui comme autrefois avec le son de Yen. Par contre, alors eu avait parfois le son de .'m; on orthographiait seur, seurement, receu, veu, etc., qu'on prononçait, à Paris : sûr, sûrement, reçu, vu. Les Normands et les gens de Chartres disaient : recéu, véu, etc.

C'est par habitude traditionnelle, sans doute, que quelques Parisiens disent encore aujourd'hui : Ugène pour Eugène, Ustache pour Eustache.

seul, tilleul, trisaïeul, bégueule, gueule, et tous les féminins des mots ci-dessus en eul.

Exceptions : Meule, veule se prononcent meule, veille.

EU est bref aussi dans certains mots tels que :

Aveugle, jeune, jeunesse, peuple, veuvage, etc.

EU a le son long :

i° Au commencement des mots :

Euphonie, euphémisme, Euménidcs, Eucharistie, eucalyptus, etc.

20 A la fin des mots :

Adieu, cheveu, neveu, feu, lieu, peu, jeu, etc.

3° Devant les consonnes TR :

Calfeutrer, feutre, neutre, neutraliser, pleutre, etc.

4° Devant S ayant le son du Z et devant X :

Menteuse, nerveuse, voleuse, glorieux, haineux, vertueux, etc.

EU est long dans :

Ameuter, beugler, émeute, jeudi, meute.

EU a le son de TU au passé défini et au participe passé du verbe avoir :

j eus,

nous eûmes,

j ai eu,

tu eus,

vous eûtes,

tu as eu,

il eut,

ils eurent,

il a eu, etc.

De PÉ fermé

il eu

EU a également le son de TU dans le mot gageure, que l'on prononce : gajurç.

Pour prononcer IV fermé, il faut que la bouche reste presque fermée :

Aménité, café, témérité, vérité, etc.

Tous les substantifs et adjectifs terminés par ER, lorsque la consonne finale r ne se fait pas entendre, ont le son de l'É fermé, sans exception :

Abricotier, boucher, charcutier, drapier, épicier, financier, gravier, héritier, imagier, jujubier, lancier, menuisier, néflier, officier, pommier, quartier, ramier, tapissier, usurier, vannier, dernier, grimacier, grossier, premier, etc., etc.

Ainsi que tous les verbes de la première conjugaison :

Aimer, chanter, jeter, prier, etc.

Les mots terminés en EZ ont également le son de l'É fermé, ainsi que les secondes personnes du pluriel de tous les verbes à tous les temps :

Assez, chez, nez,

Vous aimez, vous criez, vous rendez, Que vous riiez, que vous prissiez, etc.

L'É est généralement fermé quand il commence un mot et qu'il est suivi de deux consonnes: effacer, éfacé; ennemi, énemi.

Il est ouvert quand il est suivi de la double lettre r et /.- erreur, erreur; elle, èle, etc.

De l'È ouvert et de l'E très ouvert.

Pour émettre le son de Ye ouvert, il ne faut qu'ouvrir la bouche simplement et prolonger un peu le son pour l'accent circonflexe.

On sait que Ye surmonté d'un accent grave a

le son de Yè ouvert et qu'il est encore plus ouvert lorsqu'il est surmonté d'un accent circonflexe ê:

père,

succès,

fidèle,

fête,

mère,

procès,

modèle,

tête,

frère,

excès,

stèle,

bête, etc.

(L'élève cherchera de lui-même des mots surmontés de ces accents et appliquera à haute voix la règle donnée.)

L'E des mots en ÈGE, surmonté autrefois d'un accent aigu et qui, néanmoins, se prononçait grave, a fini par prendre l'accent de sa prononciation. On dit et l'on écrit aujourd'hui avec Yè ouvert.

Collège, siège, piège, /abrège, etc.

L'E est toujours ouvert dans les monosyllabes suivants :

mes,

mè.

ces,

ce.

tues,

tu è

tes,

tè.

les,

le.

il est,

il è.

ses,

se.

des,

de.

L'E est ouvert dans les mots terminés par ET:

ballet, balè. maillet, maillé.

banquet,

banque.

muet,

mue.

baudet,

baud'e.

objet,

objè.

cadet,

cadè.

poignet,

poigne.

caquet,

caque.

reflet,

reflè.

guet,

guè.

regret,

regrè.

juillet,

juillè.

sujet,

sujè, etc.

Exception : La conjonction et a le son de IV fermé.

L'E est ouvert quand la consonne qui le suit se prononce :

fer, fer.

mer, mer.

hier, ièr.

hier, fier.

avec, av'ek. grec, grek.

chef, chef.

grief, grïef.

autel, otèl.

■Babel, Babel.

serre,

terre,

cet,

net,

éther, étèr. Lopez, Lopèz.

pater, patèr. Suez, Suez, etc.

s'ere.

tère.

cet.

net.

AI

AI a tantôt le son de l'È ouvert, tantôt le son de l'É fermé, et quelquefois celui de l'E muet.

AI a le son de l'E ouvert dans les substantifs -et les adjectifs, à la fin, au commencement et dans le corps des mots :

bai (cheval) bè.

aise,

ese.

balai,

bal'e.

minerai,

mirierè

remblai,

remblè.

vrai,

vrè.

aide,

ede.

aire,

ère.

Exception

: gai et

que.

braise, brèse.

douaire, douère.

douairière, douèrière (ij

laide, lède,

maison, meson.

salaire, saler e, etc.

gai et quai se prononcent : gué et

AI a le son de l'E fermé à toutes les premières personnes du singulier du passé défini des verbes de la première conjugaison, à la première personne du futur des verbes des quatre conjugaisons et à la première personne de l'indicatif présent du verbe avoir :

J'ai, fe.

j'aimai, j'aime.

;e créai, je crée.

e dansai, je danse.

j'agitai, j'agite.

je parlai, je parlé.

j'aimerai, j' aimer é.

je finirai, jefiniré.

j'écrirai, j' écrire'.

je recevrai, je recevré.

je verrai, je vèré.

je prendrai, je prendre.

etc., etc.

je trouvai, je trouvé.

AI a le son de l'E muet :

i° dans le verbe faire et ses composés : à la

(i) Doitarière est l'ancienne prononciation.

première personne du pluriel de l'indicatif présent :

Nous faisons, se prononce nous fesons.

et à l'imparfait de l'indicatif :

je faisais, se prononce jefesats.

tu faisais, „ tufesais.

il faisait, „ ilfesait.

nous faisions, „ nous f estons.

vous faisiez, „ vous/estez.

ils faisaient, „ ilsfesaienl.

2° dans les mots suivants :

faisan se prononce fesan.

faiseur, „ feseur.

faiseuse, „ feseuse.

bienfaisant, „ bimfesant.

malfaisant, „ malfesant.

Cette prononciation est conforme à l'ancienne orthographe ijefesais, tu fesais, etc. Mais la tendance actuelle de vouloir prononcer comme on écrit amènera peut-être à dire ces mots avec le son de Vè ouvert que quelques personnes ont déjà adopté.

AIE a toujours le son de l'E ouvert à la fin

des mots :

Baie, se prononce bè.

DE

futaie,

se prononce

futè.

haie,

hè.

ivraie,

ivre.

monnaie,

morie.

orfraie,

orfrè.

plaie,

plè, etc.

Excepté l'adjectif féminin

gaie, guée.

AID, AIS, AIT, AIX, AIENT à la fin des

mots, invariables ou non, ont le son de l'È ouvert :

laid,

se prononce

le.

dais,

de.

mais,

me.

jamais,

Jamè.

palais,

paie.

distrait,

distrè.

trait,

trè.

faix,

fè.

portefaix,

portefè

paix.

pè, etc.

ainsi qu'à toutes les personnes du singulier et du pluriel des temps des verbes qui ont ces terminaisons :

je fais, se prononce je fè.

tu fais, se prononce

il fait, „

je parlais, „

tu parlais, „

il parlait, „

ils parlaient, „

je voudrais, „

tu voudrais, „

il voudrait, „

ils voudraient, „

tufè.

ilfè.

je parle, tu parle, il parlé, ils parle, je voudra, tu voudrè.

il voudrè.

ils voudrè, etc.

Exception : on prononce avec l'É fermé:

je sais, je se.

tu sais, tu se.

il sait, il se.

qu'il ait, qu'il é.

El a le son de l'E ouvert ordinaire :

peine, reine, Seine,

pêne, rêne, Série, etc.

(Que l'élève évite de prononcer :

pain-ne, rain-ne, Sain-ne.)

AY se prononce comme un E ouvert suivi d'un I dans :

crayon, crèion,

rayon, rciov,

sayon, sèion, etc.,

et dans les verbes en ayer:

je paye, je raye, je balaye,

que l'on écrit également :

je paie, je raie, je balaie,

t qu'on prononce :

je pè-t'e, je rè-ie, je balè-ie.

A Y garde le son de l'A suivi de I dans :

Cypaye, Biscaye, Blaye, Hendaye, Cypa-ie, Bisca-ie, Bla-ie, Anda-ie.

Remarque. — La voyelle e se prononce a dans les adverbes où e est suivi des deux consonnes

apparemment se prononce apara-man.

conséquemment,

diligemment,

évidemment,

fréquemment,

sciemment,

violemment,

koncéka-man.

dilija-man.

évida-man.

fréka-man.

cia-man.

viola-man.

La voyelle e se prononce également a dans

femme se prononce famé.

Rouennais „ Roua-nè.

solennel se prononce sola-nel. solennité „ sola-nité.

solennellement „ sola-nelman.

Les mots indemnité', indemniser, hennir, hennissement, nenni sont généralement prononcés maintenant avec le son de Yè. La mention: '*' on prononce indamn, hanir „, etc., est supprimée dans la nouvelle édition du dictionnaire de l'Académie française.

Exercice de lecture

sur les différents sons simples et combinés de l'E ouvert et de l'E fermé, dont l'élève doit faire l'application dans les vers suivants de Molière :

(Le Misanthrope, acte Ier, scène ire.)

Page 1