LA MARQUISE, LE COMTE
Le Comte, â qui en a donc le Commandeur ? je ne l'ai jamais vu rire autant.
La Mar^. Je sais bien pourquoi.
Le Comte. Vous me le direz ?
La Marq. Il croit que vous me pei'sUlez.
Le Comte. Je le reconnais bien là ; il est toujours défiant.
La Mar^- C'est son défaut ; je lui ai dit mille fois.
LE PEIliSIFLEUR. 231
Le CoifTE. Et vous avez bien fait ; mais vous ne le corrigerez jamais.
La Mar^. C'est ce que je pense, et je crains extrêmement que sa défiance ne me gagne.' «
Le Comte. Vous n'y avez nul penchant.
La Mar^. Il est vrai ; mais venons à ce que j'ai à vous dire. Vous savez toute l'amitié que j'ai pour vous ?
Le Comte. J^espère que vous nignorez pas combien elle m'est chère, et que vous me rendez justice.
La Mar^. Je veux du moins vous le prouver. Je sais que vous n'êtes pas riche, et j'ai envie de vous marier.
Le Comte. Comment?
La Mar^. J'ai à vous proposer une veuve de qualité, jeune, jolie, très-aimable, jouissant de quarante mille livres de rentes, avec les espérances d^en avoir encore autant.
Le Comte. Cela me conviendrait très-fort.
La Mar^ Pour cela, je l'ai engagé à venir ici passer quelques jours ; mais je veux que cela soit fait tout de suite.
Le .Comte. La connais-je ?
La Mar^. Vous pouvez connaître son nom ; mais je ne crois pas que vous Payiez jamais vu : c'est la Baronne de Rianville.
Ls Comte. Je ne la connais pas.
La Mar^. Elle va arriver dans le moment.
Le Comte. Mais ce mariage-là m'arrangerait on ne peut pas davantage.
La Mar^. Je vous réponds de le faire réussir.
Le Comte. Je vous en aurai la plus grande obligation.
La Mar^. Je vois, je crois, une voiture qui arrive ; c'est peut-être elle. Il faut que je le sache. (Elle sort.).