‹ Manuel de proverbes dramatiques (volume 2)Chapitre 107 sur 165 · LA MARQUISE, LE COMTE, LE COMMANDEXTR · texte numérisé non relu

LA MARQUISE, LE COMTE, LE COMMANDEXTR

La m ar^. Eh bien, Comte, vous venez de vous promener ; vous allez me dire comment vous trouvez mon parc.

Le Comte. Je le trouve admirable !

La Mab^. Connaissiez-vous les jardins à PAnglaise ?

Le Comte. J'en avais entendu parler ; et je crois que les jardins à l'Anglaise de France sont beaucoup plus beaux, que ceux d'Angleterre.

La Mar^. Tout cela d'après ce que vous venez de voir ?

Le Comte. Sûrement.

La Mar^. Pour moi, je suis persuadée que le centre du goût est en Angleterre.

Le Comte. Voilà ce que j'avais toujours pensé.

La Marq. Réellement f je suis bien aise de me rencontrer ainsi avec vous. Voyons ce qui vous a le plus frappé dans mon parc ?

Le Comte. Tout.

La Marq. Comment tout .^

Le Cobite. Votre gazon, qui contient tout le parc.

La Mar^. Oui, oui, vous avez raison ; je ne veux marcher que sur de la verdure.

Le Cobite. On ne saurait mieux penser ; rien n'égale les gazons pour donner de l'ombre.

La Mar^. Rien n'est plus frais.

Le Comte. C'est ce. que je vous dis. Vous aviez de grands arbres toufibs qui couvraient tout ; on ne savait oùse mettre à l'abri.

La Mar^. Ob ! j'ai fait couper tout cela^ j'ai tout rajeuni.

Le Comte. Oui, ces arbres sans tête, qui courent les uns après les autres sur vos gazons, sont cbarmans !

La Marq. Délideux ! vous verrez, quand ils seront venus.

Le Cobitb. Ces tombes de fleurs que l'on rencontre par-ci, par-là sur vos gazons, m'ont fait un plaisir à quoi l'on n'est pas accoutumé.

La Maii4« Et mes montagnes?

Le Comte. Charmantes ! la vue passe par-dessus, rien n'est plus commode ! Voilà ce que j'ai trouvé de mieux imaginé dans ces sortes de jardins-là. ,

La Mar^. Vous ne me parlez pas de mes arbres étrangers, de mes arbres verts.

Le Comte. Il n'y a rien comme cela !

La Marq. Je suis bien aise que vous en soyez content.

Le Comte. Comment ne le serais-je pas ? cela vous agrandit, vous élevé au-dessus de tout le monde !

La Marq. Comment cela. Comte f Je ne comprends pas bien.

Le Cobite. Vous savez que les pins, les sapins, tous ces arbres-là, dans leur pays,^ touchent les cieux, qu'à peine les regards peuvent atteindre à leurs cimes ? ... •

La MARCt* Rien n'^t plus vrai*

Le Comte. Et k\ on y touche avec la main.

La Mar^. Vous avez raison : on se ^ croit des géants ou des Dieux. A propos de cela, vous avez vu mon cèdre du Liban f

230 l'S PERSIFLEUR.

Le Comte. Ah ! je vous en réponds ; le Vicomte me Pa montré.

La Mar^. C'est lui qui me Pa donné.

Le Comte. Il m'a fait faire Inen du chemin pour le trouver.

La Mar^. C'est qu'il a la vue basse, il fallait Paider.

Le Comte. Je ne demandais pas mieux ; et pour cela je regardais parmi les arbres les plus grands celui qui dominerait, quand le Vicomte, qui était resté derrière moi, s'est écrié : " Comte, le voilà, le voilà." Je me suis retourné, et j'ai vu le Vicomte qui était à quatre pattes à terre, et dont le nez me cachait votre cèdre du Liban.

La Mar^. Eh bien, vous l'avez vu enfin ; convenez que cela fera un bien bel arbre un jour.

Le Com. Oui, dans trois mille ans. Ma foi, vous êtes excellens tous les deux ! {E rit en s^en aUanL)

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