‹ Manuel de proverbes dramatiques (volume 2)Chapitre 127 sur 165 · M. BÉTA6SIER, M. DE CLAIRVILLE · texte numérisé non relu

M. BÉTA6SIER, M. DE CLAIRVILLE

Betas. Âb ! Monsieur, je vous cherchais ; on m'avait dit que vous étiez ici, et je vous ai reconnu d'abord quand je vous ai vu.

Clairv. Moi, Monsieur ?

Bétas. Oui, vraiment ; ce n'est pas que vous ne soyez bien rajeuni depuis dix ans que vous avez passé à Troyes ; mais je sais bien pourquoi.

Clairv. Moi rajeuni ?

Bétas. Oui vraiment, et cela ne me surprend pas, parce que mon père m'a dit que je verrais à Paris des choses bien extraordinaires.

Clairv. Celle-la, en efiet, le serait un peu.

BÉTAS. Moi, je ne le trouve pas tant, à vous dire le vrai, parce que j'en ai bien vu des exemples.

Clairv. Des exemples ?

Bétas. Oui, des gens qui sont rajeunis, et cela est tout simple : quand on a toujours porté perruque, et que l'on reprend ses cheveux, cela fait toujours cet eSetAk.

Clairv. C'est une réflexion que je n'avais pas faite.

Bétas. Et puis il m'était impossible de ne pas vous reconnaître avec votre habit verd.

Clairv. Comment?

BÊTAS. Oui, *moD père m'a dit que vous lui aviez écrit que tout le moude serait en habit verd ici.

Clairv. C'est une raison.

Bétas. Oui, une raison qui ma retenu à Paris dans une auberge pendant quinze jours, et cela m'a coûté bien cher.

Clairv. H fallait venir sans cela.

Bétas. Mon père me l'avait bien défendu ; et le tailleur m'a fait attendre de jour en jour jusqu'aujourd'hui : tantôt c'était une noce, tantôt c'était un deuil, tantôt . . . Et puis il m'a fait mon habit trop large ; et comme il avait pris trop de drap, à ce qu'il m'a dit, il m'a fait quatre culottes et un gilet pour l'hiver, et tout cela me coûte horriblement d'argent, qu'il a fallu payer encore.

Clairv. 11 me paraît que vous avez affaire à Monsieur Duverdier»*

Bêtas. Oui, Monsieur, et une affaire qui doit me rapporter beaucoup d'argent ; c'est ce qui me consolera de la dépense de mon habit verd.

Clairv. En ce cas. Monsieur, je vous laisse, cela ne me regarde pas.

Bétas. Quoi ! vous n'êtes pas Monsieur Duverdier ?

Clairv. Non, Monsieur.

Bétas. Il est singulier que vous lui ressembliez autant.

Clairv. Tenez, je crois que je l'entends ; je m'en vais. (Il sort.)

Bétas. J'ai bien fait de n'en pas dire davantage. Voilà ce que c'est que de savoir garder son secret. J'ai une grande obligation à mon père de m'avoir élevé à cela.

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