‹ Manuel de proverbes dramatiques (volume 2)Chapitre 37 sur 165 · LE MARQUIS, LÀ COMTESSE · texte numérisé non relu

LE MARQUIS, LÀ COMTESSE

Le MARCt. Je vous jure, Madame, que le Chevalier n'est point coupable.

La Comt. Non, Marquis, je ne veux plus entendre seulement parler de lui.

Le Mar^. Vous renvoyez ses lettres ; vous ne voulez plus le voir, et sans être sûre du tort que vous croyez qu'il a.

La Comt. Sans être sûre ?

' Le Mar^. Mais oui : j'avoue que les apparences sont contre lui • . .

La Comt. Quoi, un billet écrit de sa main î

Le Marq,. Il est vrai.

La Comt. Et vous croyez#pouvoir le justifier ? Non, Monsieur, ce serait en vain que vous l'entreprendriez.

Le Mar^. Mais qui vous a remis ce billet f

La Comt. Une femme masquée au bal.de l'Opéra.

Le Mar^. Assez grande f

La Comt. Oui.

Le MARCt. Et n'avez-vous pas reconnu la Baronne de Belleville ?

La Comt. Pardonnez-moi, et c'est ce qui m'a fait sentir la noirceur du procédé. Il a feint de m'aimer pour me sacri6er à elle. Le voilà, ce billet ; lisez pour voir comment vous pourrez le justifier. Vous connaissez son écriture ?

Le Mar^. Oui, c'est de lui. (iZ lit.) " Ne croyez donc pas, Madame, que je puisse aimer la Comtesse ; j'ai voulu m'amuser de ses prétentions, en feignant pour elle une passion, que vous seule êtes capable de m'inspirer toute ma vie."

La Comt. Eh bien. Monsieur, que direz-vous à cela?

Le Marc^* Que la Baronne a voulu se venger de ce que vous lui avez enlevé le Chevalier ! Elle l'a mandé elle-même à une femme de ses amies qu'elle croyait brouillée avec le Chevalier, et qui lui a montré sa lettre : et si vous vouliez, il vous l'apporterait ; car je lui ai conseillé de tâcher de l'avoir.

La Comt. Cette lettre prouvera-t-elle que ce billet n'est pas du Chevalier ï

Le Mar^. Non vraiment ; mais vous y verrez que la Baronne a retrouvé par hasard ce billet que lui écrivit un jour le Chevalier, qui dans un souper avait feint de l'amour, pour la Comtesse de Rénicart, cette femme de Province, si ridicule, que vous avez vue ici il y a un an.

La Comt. Quoi, Marquis, vous ne me trompez point ?

Le Marq. Vous verrez cette lettre, si vous permettez que le Chevalier vous l'apporte.

La Comt. Mais en vérité • • •

Le Mar^. Pouvez-vous hésiter, après tout ce qae vous lui avez fait souffrir aussi injustement ?

La Comt. Ai-je été plus tranquille que lui ?

Le Mar^. Je vais dire à votre porte qu'on le laissé entrer) n'est-ce pas f

La Comt. Il faut bien y consentir ; puisque vous le voulez.

Le Mar^. J'admire l'e£fort que vous faites.

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