SCÈNE IL
la comtesse, le vicomte, le gris.
Le Gais, annonçant. Monsieur le Vicomte des Bornes*
La Comt. Pourquoi l'a-t-on laissé entrer? Dites que le Chevalier de Sourville doit venir.
Le Gris. Oui, Madame.
Le Vie. Madame la Comtesse veut bien que j'aie l'honneur de lui présenter mon respect.
La Comt. Asseyez-vous donc. Vous me paraissez en bonne santé.
Le Vie. Oui, Madame, assez, comme cela 5 c'est-à* dire, toujours goutteux, tantôt bien, tantôt mal.
La Comt. Et la Vicomtesse î
Le Vie. Mais comme à son ordinaire, pas mal ; c'està-dire, pourtant, avec ses vapeurs.
La Comt. La campagne l'a pas guérie ?
Le Vie. Pardonnez-moi, tout l'été elle n'en a pas eu ; c'est-à-dire, jusqu'à la S. Jean, qu'elles lui sont revenues.
T3 L'IMPOR'^UN.
La^ Comt. C'est un triste état que celui-là.
LtB Vi€. Ofa ! on ne peut pas plus triste, c'est-àrdire, quand je dis triste, c'est quand on est seule ; car quand on a du monde, et puis oioi surtout qui cherche à l'égayer,. cela su3pend sa douleur; et ce qui mêle prouyait, c'est qu'elle s'endormait l'aprés-dîner, presque toujours*
La Comt. Comment avez-vous pu la quitter f
Le Vie. Ce sont les affaires qui m'ont appelé ici, et . rien ne cède à cela, comme vous savez ; cependant quand je dis les aâaires, c'est-à-dire, que je n'en ai point, car je n'ai rien à demander, aucun procès à solliciter : j'ai ftn revenu fixe qui ne peut s'accroître ni diminuer ; mais il faut se mettre au courant de Paris, on se rouille dans la Province ; quand je dis on se rouille, c'est-à-dire, qu'on ne se rouille pas quand on a toujours vécu avec des gens compae soi, ou d'autres, cela est égal.
La Comt. bâiUant. Ce que vous dites là est bien vrai.
Le Vie. Quand on çst amusant, on a toujours des ^ressources; quand je dis des ressources, c'esi-à^dire, que hors Paris H n'y en a guères ; mais nous savons nous en faire, et c'est là-dessus que je voulais vous deoiander des conseils, et comment vous faites quand vous êtes à votre terre de Clérancy.