SCENE IIL
Ml*» DE L'ORME, M. DE MERVILLE, HENRIETTE.
MiRv. Oui, Mademoiselle ; c'est moi qui veut savoir de vous même, si vous m'a.bàDdonnez, si vous m'avez assez peu aimé pour consentir aujourd'hui à en épouser un autre ?
M"® De l'Or. Ah, Chevalier^ pouvez-vous avoir cette pensée ? mais si vous m'aimez epcore, à quoi ra'exposezvous par .celte imprudence? mon père peut nous sur* prendre ; fuyez promptement.
MiRv. Ne craignez rien, il ne me connaît pas, et il me sera facile de le tromper : mais dites«-moi donc, quel est votre dessein et comment parer ce mariage odieux ? Il n'y a rien que je ne fasse pour le rompre, si vous y consentez, et si vous m'aimez encore.
M"® De l'Or. Ah, Chevalier, si je vous aime ! . . . mais comment parvenir seulement à éloigner ce mariage f
MiKv. En ayant la fermeté de refuser celui qu^on vous propose.
M"® De l'Or. Mais, si mon père veut absolument me forcer ...
MiRv. Vous forcer ! le peut-il î est il maître de vous faire signer malgré vous ? Il vous mettra dans un coït* vent ; mais peut-il vous faire religieuse sans votre consentement ? Il est question du bonheur de votre vie, da mien ; vous dites que vous m'aimez, et vous croyez que je souffrirai ...
M^* De l'Or. Comment ? . . .
MiRV. Non, ne croyez pas que Dumont vous épouse tant que je vivrai.
Hekr. Mais, Mademoiselle, Monsieur le CheTalier a raisoQ ; qui peut engager Monsieur votre père à faire c# mariage ? Connait*ii seulement celui qu'on vous destine i c'est le fils d'un de ses anciens amis ; mais il ne l'a jamais vu. On marie ses enfans, comme on vends son cheval; on dit toujours que c'est la meilleure acquisition qu'on puisse proposer, et l'on ne chercbd qu'à s'en défaire et à se tromper l'un l'autre.
MiRv. Et l'on désunit deux cœurs, que le Ciel semblait avoir formé pour faire leur bonheur.
. Henr. J'entends quelqu'un. Ah, c'est Monsieur votre père, Mademoiselle !
Mi^v* Soyez tranquille et laissez-moi faire.