‹ Manuel de proverbes dramatiques (volume 2)Chapitre 72 sur 165 · M. DU PONT, M. DU CROC, M. DU CORNET, M. DU · texte numérisé non relu

M. DU PONT, M. DU CROC, M. DU CORNET, M. DU

TROUILLET, LOUIS.

Du Trou., à la porte à Louis. Monsieur, est-ce ici que demeure Madame de la Tasse ?

Louis. Oui, Monsieur. .

Du Trou. Et Mademoiselle sa fille aussi ?

Louis. Oui, Monsieur.

Dtr Trou. Y sont-elles ?

Louis. Non, Monsieur; naais donnez-vous la peine d'entrer.

Du Trou. Oui, oui ; pouf les attendre, n'est-ce pas ? {Il entre.)

Louis. Oui, Monsieur ; parce que je vais les chercher.

Du Trou. Il ne faut pas les déranger ; je ne suis pas pressé ; je n'ai point d'affaires.

Louis. Mais je crois, si je ne me trompe, que Monsieur est le prétendu de Mademoiselle f

Du Trou. Oui, c'est vrai. Comment voyez-vous cela ?

Louis. C'est que Madame m'a dit de l'avertir quand vous arriveriez.

Du Trou. Ah ! ah ! elle le savait donc f

Louis. Apparemment.

Du Trou. Je ne comprends pas cela. Il faut que mon père lui ait mandé ; car. pour moi, je ne lui ai jamais écrit. .

Louis. Asseyez-vous là, s'il vous plaît.

Du Trou. Où.? •

Louis. Où vous voudrez.

Du Trou. Je vais me mettre ici ; serai-je bien f

Louis. Oui, oui; je m'en vais chercher Madame et Mademoiselle.

Du Trou, arrêtant Louis» Attendez donc.

Louis. Comment, est-ce que vous ne serez pas bien aise de voir notre Demoiselle f

Du Trou. Oh que si, sur-tout si elle est jolie; parce que j'aime les jolies fîUeSi moi.

Louis. Eh bien, c'est pour cela.

Du Trou, écoutez donc ; et ne bougez. Je suis malin, moi : je veux la voir sans, qu'elle sache qui je suis.

Louis. Ah, j'entends.

Du Trou. Vous voyez bieti qu'il ne faut pas lui dire : ainsi, je vous en prie, restez-là ; je vous payerai chopine.

Louis. Ah ! Monsieur, vous êtes bien bon ; il ne faut rien' pour cela. Je vous avertirai seulement quand elles reviendroryt.

Du Trou. Voilà ce que je veux. (// s^assied auprès cTuM table, Louis regarde à la porte.) ,

Du Croc. Il me paraît que nous tirerons ^parti de ce nigaud-là.

Du Corn. Il faut nous approcher.

Du Croc Monsieur arrive de Province à ce qu'il me parait.

Du Trou. Oui, Monsieur, de Poissy, tout-à-l'heure.

Du Corn. Ah ! c'est un beau pays. C'est apparemment pour être Mousquetaire que vous venez ici.

Du Trou. Ah ! mon Dieu, que nenni ; c'est bien tout au contraire.

Du Croc. Ah ! je vois bien ; c'est que Monsieur veut se faire Abbé»

Du Trou. Bon ; c'est encore bien plus au contraire.

Du Corn. Plus au contraire }

Du Trou. Oui, vous ne devinez pas f

Du Corn. Non.

Du Trou. Ah ! je suis bien aise de vous embarrasser l'esprit comme cela ; car on m'avait dit qu'à Paris tout. le monde en avait beaucoup plus que moi; et pourtant . • •

Du Corn. Vous en avez plus que nous ?

Du Trou. Ce n'est pas là ce que je veux dire ; je suis trop bien élevé pour cela.

Du Croc. Et comment êtes-vous venu ?

Du Trou. Dans une voiture de mon père.

Du Croc. Etiez vous seul f

Du Trou. Bon, seul 1 nous étions beaucoup.

Du Corn. Tant mieux ; on ne s'ennuye pas, parce qu'on cause.

Du Trou. Ah, oui, causer ! je ne pouvais pas parler ; parce qu'ils faisaient un tapage terrible.

Du Croc. Vous connaissez ces gens-là f

Du Trou. Oh ! beaucoup ; parce que je passe ma vie avec eux.

Du Croc. Eh bien, cela vous fera des connaissances à Paris.

Du Trou. Bon, des conoaissances ; ils sont peutêtre tous morts à présent. {Il rit.)

Du Corn. Comment morts !

Du Trou. Eh, mais sans doute, ils ne venaient que pour cela à Paris.

Du Croc. Est-ce que c'étaient des criminels f

Du Trou. Non, vous n'y êtes pas.

Du Corn. Qu'est-ce que c'était donc que ces gens-là.

Du Trou. Ces gens-là étaient des veaux. {Il rit,)

Du Croc. Ah ! vous êtes venu dans une charrette avec des veaux ?

Du Trou. Oui, vous n'auriez jamais deviné ? {Il rit.)

Du Corn. Cela fait une bonne compagnie.

Du Trou. Oh, moi, je les aime fort, parce qu'ils ne mordent jamais ; ils sont doux comme des moutons.

Du Croc. Ah, c'est vrai ; mais si vous aimez aussi les moutons, vous auriez pu venir avec eux.

Du Trou. Oui-da, ils viennent à pied, eux.

Du Croc. Ah, c'est vrai.

Du Trou. Oh, mon voyage était bien arrangé comme cela ; mon père sait bien ce qu'il fait ; c'est un homme d'esprit.

Du Croc. Vous tenez bien de lui.

Du Trou. On dit que je tiens de ma mère ; mais elle ne parle pas si bien que moi, parce qu'elle bégaie.

Du Corn. Vous n'êtes pas comme cela vous ; vous parlez bien.

Du Trou. J'ai été jusqu'à sept ans, que l'on croyait que je serais muet.

Du Croc. Cela aurait été grand dommage.

Du Trou. Sans doute. Eh bien, j'ai parlé en six mois aussi-bien que je parle à présent.

Du Croc C'est bien heureux! Est-ce pour des affaires ou pour votre plaisir que vous êtes venu à Paris f

Du Trou. Pour l'un et pour l'autre.

Du Corn. Ah, ah.

Du Trou. Vous ne devinerez peut-être pas encore ?

Du Croc Cela me paraît bien difficile.

Du Trou. C'est que je me marie ; vous voyez bien que tous les deux s'y trouvent.

Du Croc. Oui, vous avez raison ; mais cela vous occasionnera bien de la dépense.

Du Trou. Oh, oui ; mais aussi mon cher père ra'at-il donné bien de l'argent.

Du Croc. Si vous n'en aviez pas assez, je vous en prêterais avec grand plaisir.

Du Trou. Monsieur, vous avez bien de la bonté : car vous ne me connaissez pas.

Du CoBN. On voit que vous avez la mine d'un honnête homme, et qu'avec vous il n'y a rien à perdre.

Du Trou. C'est bien vrai ; et je pense de même de vous, Messieurs ; aussi je vous confie que j'ai cinquante bons louis d'or, dans cette poche-là.

Du Croc. Il faut prendre garde de les perdre.

Du Trou. Oh, ils sont bien enveloppés dans du papier^

Du Corn. Le papier quelquefois se déchire ; cela n'est pas sûr.

Du Trou. Vous allez voir, vous allez voir.

Du Croc. J'en ai bien vu perdre comme cela, sans qu'il parût rien au papier. T'en souviens-tu. Du Cornet ?

Du Corn. Oh, pour cela oui.

Du Trou. Ma foi, écoutez donc ; je crois que vous avez raison, le papier est déchiré. {Il tire ses louisy et les compte,)

Du Croc, bas à Du Cornet. Prends tes dés ; je reviendrai quand j'entendrai du bruit.

Du Corn. Oui, oui.

Du Croc. Monsieur, je suis très-fâché d'être obligé de vous quitter. Je reviendrai dans l'instant.

Du Trou. Monsieur, il ne faut pas vous gêner ; et puis vous voyez bien que je compte mes louis, et que je les renveloppe.

Du Corn. Oui, oui ; je tiendrai compagnie à Mod* sieur.

Du Croc Je pe serai pas long-tems. (iZ s^en va.)

Du Pont, à Louis, qui s^approche de lui. Ne dis rien l je vais faire semblant de dormir. (iZ ronfle.)

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