‹ Manuel de proverbes dramatiques (volume 2)Chapitre 75 sur 165 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

M" DE LA TASSE. M"-" CÉCILE, M. DU TROUILLET, M. DU CROC, M. DU CORNET, M. DU PONT, LOUIS»

La Tasse. Comment donc, Messieurs ! qu'est-ce que c'est que ce bruit-là ?

Du Corn. Madame, vous arrivez à propos pouf faire rendre à Du Croc une bague que cet homme-là lui a volé.

La Tasse. Quoi, Monsieur ! chez moi ? «

Du Trou. Madame, vous ne me connaissez pas; je viens' pour être votre gendre ; je m'appelle Du Trouillet.

Du Corn. Je vous dis, Madame, que c'est un voleur.

La Tasse. Comment ?

Du Corn. Oui, Madame, il ne voulait pas nie payer cinquante louis que je lui ai gagné.

La Tasse. Quand cela ?

Du Corn. Ici, tout-à-l'heure.

La Tasse. Quoi, Monsieur ! vous êtes joueur, et vous jouez si gros jeu encore ?

Du Trou. Non, Madame, ne croyez pas . . .

Du Corn. Comment, vous osez soutenir . . .

La Tasse. Un moment. Messieurs ; il peut être joueur ; mais je ne crois . pas qu'il soit un voleur. Comment est faite votre bague. Monsieur Du Croc f

Du Croc. C'est une pierre jaune, entourée.

La Tasse. Eh bien. Monsieur Du Trouillet n'a qu'à se fouUler.

Du Trou., désespéré. Ah ! il est bien traître celuilà!

La Tasse. Comment, vous ne le voulez pas ?

Du Trou. Pardônnez-moi, Madame.

Du Croc Cela n'est pas nécessaire ; je la lui ai vu mettre dans sa. bouche ; il n'a qu'à l'ouvrir.

Du Trou. Mais . • .

La Tasse. Allons, Monsieur, ouvrez la bouche.

l,E SOT ET LES FRIPONS. 151

Du Trou. Eh bien, oui, Madame, j'ai une bague ; mais c'est la mienne ; la voilà. {Il tire la bague de sa bouche.) Monsieur le sait bien.

La Tasse. C'est celle de Monsieur Du Croc. {EUe la donne à M. Du Croc.) Monsieur, je vous prie de ne le pas faire arrêter ; son père est un très-honnête honàme, qui ne mérite pas d'avoir pour fils iin coquin.

Du Croc. Madame, c'est à votre considération que je ne lui ferai rien.

Du Trou. Mais, Madame, pouvez-vous croire que votre gendre . . .

La Tasse. Mon gendre ! un voleur, mon gendre ! non, misérable, tu ne le seras jamais.

Du Trou. Si vous vouliez m'entendre . . .

Du Croc Madame, puisque Monsieur n'épouse pas Mademoiselle Cécile, vous savez les propositions que je vous ai faites.

La Tasse. Oui, Monsieur, je les accepte de tout mon cœur.

Du Pont, se levant. Ah ! Madame, arrêtez.

La Tasse. Quoi donc f

Du Croc Que voulez-vous dire, Monsieur f

Du Pont. Que je vais tout découvrir : oui. Messieurs, vous êtes deux fnpons.

Du Croc Monsieur !

Du Pont. Je ne crains pas de le dire, et Louis est téaioîn : vous avez cru qu'il ne vous entendait pas, et que je dormais ; vous avez forcé Monsieur Du Trouillet de ▼DUS donner cinquante louis, qu'il n'avait pas joué ; et la bague que vous venez de lui prendre est la sienne, qu'il avait dit à Monsieur Du Croc, 'qu'il cachait dans sa bouche, de peur que Monsieur Du Cornet ne la lui fît perdre en jouant.

Du Croc. Cela n'est pas vrai.

Du Pont. Vous avez eu affaire à un nigaud, et vous l'attendiez ponr cela.

Du Trou. Monsieur, je vous suis bien obligé de prendre mon parti.

Du Corn. Monsieur, savez-vous que vous risquez beaucoup ?

Du Pont. Messieurs, je vous connais, et vous risquez plus que moi ; car si vous ne rendez pas les cinquante louis et la bague, nous allons envoyer chercher un commissaire.

Du Croc. Monsieur, Monsieur, il ne faut pas faire tant de bruit ; tout ceci n'était qu'un jeu ; nous n'avions , pas envie de rien garder, et vous allez le voir.

Du Pont. A la bonne heure.

Du Trou. Quoi, on me rendra tout?

Du Croc. Sans doute. Voilà votre bague.

Du Corn. Et voilà vos cinquante louis.

Du Trou. Ah ! Messieurs, que je vous ai d'obligation !

Du Croc. Madame, nous ne reviendrons plus ici ; puis-qu'on n'y entend pas mieux la plaisanterie que cela. La Tasse. Tant mieux. Messieurs, tant mieux.

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