M. DUMONT
De la Bru. C'est de vous, Monsieur, que Madame de St. Léger m'a parlé ?
DuMONT. Oui, Monsieur,
M°*® De la Bru., à M. De la Bruyère. Il a l'air d'un honnête homme.
De la Bru. Oui. Mais, Monsieur, qu'est-ce que vous voudriez avoir ?
DuMONT. Est-ce que Madame la Comtesse de St.
Léger, Monsieur, ne vous a pas donné mon mémoire ?
De la Bru. Non vraiment ; elle l'avait oublié.
M"® De la Bru. Si vous en avez un. Monsieur, donnez-le, ou dites vous-même votre afiaire.
DuMONT. Si Monsieur veut se donner la peine de lire, voilà la copie du mémoire que j'avais fait.
De la Bru. Voyons. {Il lit) Quoi, c'est vous qui travaillez dans les domaines f
Dumont. Oui, Monsieur.
De La Bru. On vous avait desservi f
Dumont. Monsieur • . .
M^ De la Bru. Dites naturellement; il est tout simple de se plaindre : c'est une consolation qu'on ne doit pas se refuser.
Dumont. Si on le pouvait, sans faire tort à ceux dont on a à se plamdre, je crois que cela pourrait âtre permis.
a06 ' I^ RBCOBfBIANDATION.
M"** De lâ Bru. Voilà une» façon de penser trèabonnête. • • ' . •
De la Bru. Tenez, Monsieur Dumont ; vous aviez une si bonne réputation, que je vous ai fait chercher partout ; je vous ai demandé à Monsieur De la Bonde, il m'a dit qu'il ne savait ce que vous étiez devenu*
Dumont. Je le crois bien, Monsieur ; c'est lui qui m'a perdu.
M™ De la Bru. Et comment cela ^.
Dumont. J'avais eu le bonheur de plaire à M. De la Rondière, chez qui se tient le bureau • . •
De la Bru. 11 m'a beaucoup parlé de vous. Monsieur De la Rondière \ c'était ce qui m'avait donné envie de vous avoir,
M"*^ De la Bru. Laissez-le donc achever. Monsieur.
Ddmont. Eh, bien, Monsieur De la Bonde a profité de trois jours, que je n'ai pas pu quitter ma mère, qui était à toute extrémité, pour me faire ôter mon emploi.
M°* De la Bru. C'est affreux ! est-elle un peu à son aise, Madame votre mère 'i
Dumont. Âh, Madame : c'est là ce qui cause mon désespoir ! Avec mon emploi je l'aidais à vivre, et je comptais en augmentant d'appointmens pouvoir mieux la soulager encore, et l'on m'a ôté toutes mes ressources !
M™® De la Bru., à M. De la Bruyère. Monsieur, est-ce que cela ne vous touche pas ? {A M. Dumont^) Et est-elle guérie du moins f
Dumont. Non, Madame : de cette maladie elle est devenue aveugle, et mon malheur l'a accablée de chagrin. Je vous demande bien pardon de vous exposer tout cela ; mais je ne l'aurais jamais fait, si votre bonté ne m'avait rassuré, sans m'humilier.
LA RKCOMMANDATIOJI^; 2Qt
M"'* De la, Bru. J'aime beaucoup votre façon de sentir, et de penser, Monsieur Dumont.
De La Bru. Et moi aussi, et je vais vous le prouver.
M°^ De la Bru., à M. De la Bruyère, Ah, Monsieur, que je vous eo aurai d'obligation !
De la BRUr Vous êtes folle. Je suis trop heureux de pouvoir avoir Monsieur Dumont, s'il le veut bien.
DuMONT. Monsieur, je suis pénétré de reconnais^ sance . . .
M^ De la Bru. Vous lui donnez donc la place que vous avez ?
De la Bru. Non.
M*™* De la Bru. Ah, pourquoi ? •
De La Bru. Parce qu'elle n'est pas assez bonne ;
mais comme mon secrétaire est vieux et qu'il a besoin de
se reposer, voilà la place que je lui offire : il me faut
quelqu'un de confiance, et je crois que je ne peux pas
^ mieux choisir*
M"^ De la Bru. Ah, Monsieur, vous me faites un plaisir ! . • •
De la Bru* Et je pense même, que pour qu'il puisse continuer de rendre à sa mère tous ses soins, sans se détourner, nous pourrions lui donner ici un logement.
M°^ De la Bru. Assurément, j'allais vous le proposer : vous m'avez prévenue.
De la Bru. Je suis charmé que nous ayons eu la même idée.
M°^ De la Bru., à M. Dumont qui iappuie sur une chaise. Monsieur Dumont, qu'avez-vous f
Dumont. Madame, je suis si saisi d'étonnement, d'admiration, que tout mon regret est de ne pouvoir pas vous témoigner ma reconnaissance, comme je le désire • • •
^08 LA RECOMBiANDATION.