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La C!omt., sèchement à M, Dumont. Eh bien, pourquoi donc êtes-vous entré ici ?
Dumont. Ah, Madame ! ... je ne puis pas parler • . .
La Comt; Mais, Monsieur, ce n'est pas ma faute si vouB n'avez pas réussi : vous demandez une chose impossible, Monsieur De la Bruyère doit vous Pavoir dit, je lui ai donné votre mémoire.
Dumont, étonné. Mais ...
La Comt. Je vous dis que j'ai fait l'impossible: vous direz à mon oncle, que ce n'est pas ma faute.
Dumont. Je n'y comprends rien : quoi, ce n'est pas à vous, Madame, que je dois le bonheur qui m'arrive ?
La Comt. Quel bonheur donc f je crains que la tête ne lui ait tourné : il faut le renvoyer. Allons, en voilà assez.
M°® De la Bru. Non, Madame, la tête ne lui a pas tourné ; mais il faut vous avouer ce qui est arrivé.
La Comt. Quoi, réellement lui auriez-vous donné l'emploi que je demandais pour, lui f j'en serais charmé ; c'est un très-honnête garçon à qui je m'intéresse vivement, et vous ne sauriez me faire un plus grand plaisir.
M°»« De la Bru. La manière dont vous vous y intéressez, Madame, m'a fait faire quelques réflexions, et c'est moi qui ai engagé M» De la Bruyère à le voir.
LA RECOBfMÂNDATION. 209
La Comt. Madame, je vous en fais tous mes remercimens.
M"*® De la Bru. Madame, vous ne nous en devez aucun, et c'est son mérite qui a déterminé M. De la* Bruyère en sa faveur.
La Comt., à Mi Delà Bruyère. Si je n'avais pas su ce qu'il valait, je ne vous en aurais pas parlé non plus. Mon oncle viendra sûrement vous remercier. Â propos, M. De la Bruyère, j'ai à vous solliciter pour moi-même.
De La Bru. Si vous sollicitez aussi bien que pour les autres, vous devez être sûre de réussir.
La Comt. Vous plaisantez toujours : mais je vous en prie, écoutez moi. J'ai un échange à proposer au Roi, d'une partie de terre qui pourrait lui convenir en me cédant une autre portion des domaines, qui m'agrandirait et rendrait ma terre bien plus agréable. Me ferez-vous ce plaisir-là ?
De la Bru. C'est une chose à examiner.
La Comt. Eh. bien, je vous apporterai tous mes papiers un de ces jours.
De la Bru. Ne vous donnez pas cette peine-là. Envoyez-les à Monsieur Dumont ; c'est lui qui a cette partie-là actuellement, et si ce que vous demandez est juste, je ne doute pas qu'il ne fasse valoir vos intérêts.
La Comt. Monsieur Dumont f je ne le connais pas.
M°** De la Bru. U est pourtant devant vous, Ma-, dame ; mon mari le prend pour secrétaire.
La Comt., surprise. Quoi, Monsieur f Ah ! mais j'en suis ravie ! Monsieur Dumont, je vous recommande mon affaire au moins ; j'espère qu'à la considération de mon onclO) vous voudrez bien la rapporter favorablement.
210 LA RECOBfMANDATION.
DuMONT. Madame, je serai trop heureux de pouvoir vous prouver combien je suis reconnaissant de toutes vos bontés.
La Cobtt. Ne 'parlons pas de cela. Madame, vous ne voulez donc pas de ma loge pour la pièce nouvelle ?
M*® De la Bru. Madame, sans mes engagemens, j'en profiterais avec grand plaisir.
La Comt. Je m'enfuis, j'ai tout plein de visites à faire ; je suis charmée d'avoir eu l'honneur de vous trouver. Où allez-vous donc ? je vous en prie.
M*"* De la Bru. Puisque vous me le défendez absolument ...
La Comt. Vous vous moquez de moi. Allons, Monsieur De la Bruyère, n'allez-vous pas encore vouloir me conduire aussi ?
De la Bru. Mais ...
La Comt. Non, je veux que vous restiez. Monsieur Dumont, je me recommande à vous. J'espère que vous viendrez nous voir f
DuMONT. Madame, j'aurai l'honneur de vous aller remercier.