SCÈNE
Mmb PAVARET, M".» BATILDE.
Batil. Eh-bien, ma tante, que dites-vous de Monsieur de Clairville, avec le nouvel uniforme ?
Pavar. Je dis qu'il est bien bon de l'avoir fait faire.
Batil. Moi, je suis fort aise qu'il s'occupe de plaire à mon père.
Pavar. Et vous avez raison, puisque vous l'aimez ; mais je n'en trouve pas moins ridicule votre père, de vouloir avoir un uniforme à sa campagne.
Batil. Mais on dit que tout le monde en a.
Pavar. Parce que tout le monde veut faire comme les grands ; et qui est-ce qui a commencé ? c'est le Roi d'abord, et puis les Princes. Je me suis fait
expliquer tout cela, encore c'était des uniformes de chasse ; et mon frère n'avait pas besoin de faire des habits verds à tous ses amis, pour tuer des lapins dans sa basse-cour.
Batil. Il tire quelquefois des moineaux. ,
Pavar. Oui, et il manque toujours les hirondelles.
Batil. Ma tante, permettez-moi d'aimer les habits verds.
Pavar. Vous êtes peut-être comme mon frère, qui a choisi cette couleur-là, parce qu'il s'appelle Monsieur Duverdier. Est-ce qu'il ne voulait pas que les femmes fussent aussi habillés de verd ?
Batil. Cela m'aurait été fort égal.
Pavar. Moi, je ne l'ai pas voulu ; on aurait cru que j'y aurais applaudi, pendant que je suis très-fâchée qu'il ait cette fantaisie-là. Il me semble que j'entends dire ; " Voyez donc les airs que se donne Monsieur Duverdier, pour un auditeur des comptes ; encore s'il était Président, à la bonne heure." Et feu mon mari, qui avait pensé l'être, n'aurait jamais fait une chose pareille.
Batil. En vérité, ma tante ... '
Pavar. Et puis les femmes ont déjà dit qu'elles ne porteraient jamais la livrée de Monsieur Duverdier ; enfin, cela fera que nous n'en aurons peut-être pas ici de long-temps.
Batil. Il est sûr que nous aurons des hommes.
Pavar. Moi, j'aime les femmes; parcequ'il faut bien quelqu'un à qui parler à la campagne, et que depuis qu'il y a un billard ici, vous voyez bien que nous restons toujours toutes seules.
Batil. Monsieur Landier nous tient quelquefois compagnie.
Pavar. Oui, et il ne dit pas un mot ; si vous l'aimez, c'est qu'il est le père de Monsieur de Clairville. Pour Monsieur Gobergeau, il se moque de tout le monde.
Batil. Il est l'ami de mon père ; et je crois qu'il faudrait le mettre dans nos intérêts.
Pavar. Pour déterminer votre mariage avec Monsieur de Clairville, n'est-ce pas ?
* Batil. Oui, ma tante.
Pavar. Et vous croyez qu'il sera fort empressé de vous servir ?
Batil. Pourquoi non ?
Pavar. Il est vrai qu'il pourrait avoir de là occasion de vous faire des mauvaises plaisanteries, et cela pourrait bien l'engager à se mêler de vos affaires.
Batil. Ah ! voilà Monsieur de Clairville.
Mme PAVARET, M**» BATILDE, M. DE CLAIRVILLE.
Pavar. Eh-bien, Monsieur, ma nièce est charmée de vous voir en habit verd ; et moi, je vous trouve bien bon d'avoir eu cette complaisance.
Clairv. Il n'y a pas grand mérite à cela, Madame ; d'ailleurs, vous savez ce qui m'occupe le plus ; ainsi tout ce qui peut y avoir rapport ne saurait être négligé.
Pavar. Je ne crois pas que vous soyez inquiet de votre sort.
Clairv. Mais, Madame . . .
Pavar. Vous avez de l'impatience ?
Clairv. Je l'avoue ; je compte sur vos bontés ; mais Monsieur Duverdier ne termine rien.
Pavar. Il n'avait que son uniforme dans la tête ; cela l'empêchait" de s'occuper d'autre chose ; et c'est ce qui faisait, quand je lui parlais de votre mariage, qu'il me répondait oui, nous verrons cela ; rien ne presse.
Batil. Mais s'il s'engageait avec un autre, ma tante ?
Pavar. Je n'y donnerais pas mon consentement, nièce.
Clairv. Et s'il allait en avant ?
Pavar. Ma nièce n'aurait pas mon bien.
Clairv. Et j'en serais la cause ! Ah ! Madame, j'en mourrais de douleur.
Batil. Que m'importerait d'être riche, si l'on me séparait de vous ?
Pavar. Votre père se tient tranquille à son ordinaire.
Clairv. Il m'a dit qu'il parlerait ; mais il ne pressera rien. Je n'ose parler moi-même, et je ne sais pas si je ne viens pas de me donner un petit tort visà-vis de Monsieur Duverdier.
Batil. Comment donc ?
Clairv. C'est que j'ai refusé de tirer des moineaux avec lui, pour venir ici.
Pavar. Il est donc sorti ?
Clairv. Oui, il se promène le long des haies.
Batil. Ah ! voilà un Monsieur que je ne connais pas. Ma tante, allons-nous-en.
Pavar. Je le veux bien. Il est aussi en uniforme ; il faut que ce soit un ami de votre père.
Batil. Cela ne fait rien. Restez ici, Monsieur de Clairville, pour savoir qui c'est.
Clairv. J'irai vous rejoindre tout de suite..