SCÈNE XII
M. DUVERDIER, M BÉTASSIER.
Duver., (un fusil à la main, et un chapeau sur la tête. ) Mais voyez un peu ce vilain garde ! vouloir m'empêcher de tirer des moineaux ; encore je n'ai jamais pu trouver les deux que j'ai tués en trois heures de temps. Ah ! je ne crains pas son procès-verbal.
Betas. C'est encore Monsieur Gobergeau.
Duver. Serait-ce vous, Monsieur Bétassier?
Bétas. Eh ! vous le savez bien ; mais je ne vous crains pas, comme vous voyez.
Duver. Comment, vous ne me craignez pas ?
Bétas. Non ; et je ne m'en irai pas que je n'aie parlé à Monsieur Duverdier.
Duver. Eh-bien, c'est moi qui suis Monsieur Duverdier. -
Bétas. Ah ! qu'on ne m'attrape pas comme cela trois fois. Je ne vous parlerai seulement pas. Duver. Vous ne me parlerez pas ?
Bétas. Non, non, je vais attendre Monsieur Duverdier dans le jardin.
Duver. Mais je vous dis encore une fois que c'est moi.
Bétas. Bon, bon ; c'est pour me chasser encore que vous voulez me faire rester.
Duver. Je vous ai chassé, moi ?
Bétas. Mais sûrement.
Duver. Mais regardez-moi bien.
Bétas. Oui, pour voir encore Monsieur Gobergeau. Duver. Vous êtes bien obstiné.
Bétas. Mais vous l'êtes plus que moi ; puisque vous voulez toujours me faire croire que vous êtes Monsieur Duverdier.
Duver. Mais est-ce qu'on peut s'y tromper ? Bétas. Pardi, je vous le demande, avec tous ces diables d'habits verds.
Duver. Ah ? vous les désapprouvez ?
Bétas. Et j'ai raison.
Duver. Vous avez raison? Mais approchez-vous donc, et regardez-moi.
Bétas., (regardant.) Ah!
Duver. Quoi ?
Bétas. Il est vrai. Il me semble à présent que vous n'êtes pas Monsieur Gobergeau. Ah çà, dites
vrai ; êtes-vous bien Monsieu Duverdier ? là, ne me trompez pas.
Duver. Et pourquoi diable voulez-vous que je vous trompe ?
Bétas. C'est que vous m'avez déjà trompé plusieurs fois.
Duver. Moi ?
Bétas. Yous ... ou Monsieur Gobergeau.
Duver. Monsieur Gobergeau aime à plaisanter, et il se sera amusé . , .
Bétas. A se moquer de moi ?
Duver. Mais oui.
Bétas. Écoutez donc, je pense à présent que cela pourrait bien être.
Duver. Dites-moi d'abord pourquoi vous désapprouvez mon uniforme ?
Bétas. Je n'ai point désapprouvé votre uniforme, je ne sais pas ce que c'est.
Duver. Ce sont les habits verds que nous portons
Bétas. Dame, premièrement, c'est qu'ils sont bien
chers.
Duver. Ah ! vous êtes donc un avare ?
Bétas. Vous voyez bien que vous êtes Monsieur Gobergeau ; car il m'a déjà dit cela.
Duver. C'est-à-dire, qu'il vous connaît.
Bétas. Non, Monsieur ; car je ne suis pas un avare.
Duver. Qu'est-ce donc que vous êtes?
Bétas. Je suis économe.
Duver. Ce n'est pas trop le vice du temps ; mais j'aime mieux cela que de faire des dettes, en dépen-
sant plus que son revenu, comme font actuellement bien des gens dans ce pays-ci.
Bétas. Oh ! je ne serai sûrement pas comme cela.
Duver. Voilà ce que m'a mandé plusieurs fois votre père.
Bétas. Vous connaissez donc son écriture ?
Duver. Mais sûrement.
Bétas. (montrant la lettre.) Tenez, voyez un peu celle de cette lettre, de qui est-elle ?
Duver. De votre père.
Bétas. (donnant la lettre.) Ah! vous êtes donc le vrai Monsieur Duverdier ; j'en suis bien sûr à présent ; je suis bien votre très humble serviteur.
Duver. (lisant.) Il m'avait déjà mandé tout cela. Ah ! il vous avait recommandé de vous faire faire un habit verd ?
Bétas. Oui, vraiment ; et je vous ai dit combien j'en avais été fâché.
Duver. Sûrement, ma sœur assurera tout son bien à ma fille, lorsque vous l'épouserez.
Bétas. (se frottant les mains.) Cela sera une bonne affaire !
Duver. Vous paraissez bien aimer l'argent.
Bétas. Pas mal.
Duver. C'est votre affaire. Je vais vous mener chez ma sœur, et vous y verrez ma fille.
Bétas. Cela me fera grand plaisir.
Duver. Vous serez donc bien aise de vous marier ?
Bétas. Oui, Monsieur, avec Mademoiselle votre fille.
Du ver. Peut-être qu'elle ne paraîtra pas vous aimer beaucoup d'abord.
Bétas. Oh ! cela ne fait rien.
Duver. Mais, par la suite, cela viendra.
Bétas. Ou cela ne viendra pas ; mais je serai son mari toujours.
Duver. Je vois du moins que vous êtes franc.
Bétas. Oui, Monsieur, c'est ce que je suis.
Duver. Allons, venez, venez.