SCÈNE XI I I
Mm* PAVARET, M«xe BATILDE, M. DUVERDIER, M. GOBERGEAU, M. LANDIER, M. BÉTASSIER, M. DE CLAIRVILLE.
Pavar. Mon frère, je viens vous faire part d'une résolution que j'ai prise.
Duver. Et moi, ma sœur, je viens vous présenter Monsieur Bétassier, qui sera mon gendre.
Pavar. Ah ! c'est Monsieur ?
Bétas. Oui, Madame, c'est moi qui aurai l'honneur . . .
Duver. Ma fille, saluez Monsieur.
Bétas. Ah ! Mademoiselle, ce n'est pas la peine de vous déranger.
Duver. Ma sœur, notre contrat sera bientôt fait, parceque nous sommes d'accord de tout.
Bétas. Oui, nous sommes d'accord; et Madame
doit être très sûre que son bien sera en très bonnes mains.
Pavab. Qu'est-ce qu'il dit donc Monsieur Bétassier ?
Bétas. Oh ! vous savez bien. Madame.
Pavar. Je ne comprends pas.
Gober. C'est qu'il est fort gai, à ce qu'il paraît, Monsieur Bétassier.
Bétas. Oui, Monsieur, c'est là mon défaut.
Gober. Cependant on n'a pas toujours envie de rire.
Bétas. Oh ! moi, quand je me marie, tout m'est égal.
Pavar. A propos de mariage, mon frère, nous pourrons faire nos deux noces le même jour.
Duver. Comment nos deux noces ?
Pavar. Oui, celle de ma nièce et la mienne.
Duver. Vous vous mariez ?
Pavar. Oui. Puisque vous ne voulez pas donner votre fille à Monsieur de Clairville qu'elle aime, je l'épouse, et je lui donne tout mon bien.
Duver. Et vous y consentez, vous, Monsieur Landier ?
Land. C'est leur affaire, pourquoi m'y opposeraisje?
Gober. Il a raison ; tout le monde est ici d'accord.
Duver. En ce cas, Monsieur Bétassier, vous êtes trop heureux.
Bétas. Comment, trop heureux ?
Duver. Oui, je craignais que ma sœur, qui protégeait Monsieur de Clairville, ne s'opposât à votre
mariage avec ma fille, et par ce moyen elle n'y met plus d'obstacle.
Bétas. Cependant, moi j'y en trouve un.
Duver. Vous êtes sans doute plus éclairé que nous.
Bétas. Mais cela pourrait bien être ; car vous ne voyez pas que si Madame donne son bien à Monsieur en l'épousant, Madamemoiselle n'aura ni le Monsieur, ni le bien.
Duver. Il est. vrai j mais elle vous aura.
Bétas. Oui, elle m'aurait, si Madame lui donnait son bien.
Pavar. Si je lui donne mon bien, ce sera à condition que Monsieur de Clairville l'épousera.
Bétas. Ah ! dans ce cas-là vous le lui donneriez ?
Pavar. Sûrement.
Bétas. Mais vous n'aviez donc pas besoin de moi ?
Pavar. Non, Monsieur.
Duver. Mais, ma sœur ...
Pavar. Voyez le parti que vous avez à prendre.
Duver. Vous voulez que ma fille épouse absolument Clairville ?
Pavar. Oui, mon frère.
Duver. Et vous, Monsieur ?
Bétas. Ce sera comme il vous plaira.
Duver. Vous êtes bien honnête. En ce cas, j'y consens de tout mon cœur.
Batil. Ah, ma tante, que je vous ai d'obligations !
Pavar. Soyez heureux, mes enfants, et je serai trop contente.
Bétas. Je ne vois pas pourquoi mon père m'a fait venir ici, pour être témoin de tout cela, moi.
Gober. Eh ! n'êtes-vous pas trop heureux de remporter l'uniforme de M. Duverdier à Troyes ?
Bétas. Je voudrais ne l'avoir jamais vu, ni porté de ma vie, et je repars tout de suite. (Il s'en va.)
Gober. Par la diligence, sans doute ?
Duver. Laissons-le aller ; je suis seulement fâché que ce soit un uniforme de moins que je verrai dans ma maison.